dimanche 19 février 2017

Manège d'été à France Musique… (25/35)











Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Mardi 16 août. Pour ses "reprises en pagaille", l'annonce de Thierry Jousse attire mon attention : "
Shelly Manne and his Friends : Shelly Manne, batterie - André Previn, piano et Leroy Vinegar basse, interprètent "Ascot Gavotte". Diantre ! La gavotte qui n'est pas exclusivement une danse de chez moi, se dansait donc pour la comédie musicale "My fair lady" et me donne envie d'aller y regarder à nouveau car j'ai tout oublié de ce "passage là". 

Jousse envoie du jazz instrumental et ç'est pas trop ma tasse de thé quand à c't'heure je m'envoie un bon café du Mexique. C'est bon, ça swingue mais me manque la voix, l'histoire qui va avec. J'ai compris, à force d'écouter la radio, qu'une musique prend (pour moi) tout son sens quand elle raconte quelque chose, quitte à ce qu'en anglais ou en español je ne comprenne pas tout. Pour caricaturer, sans les paroles que chante Frankie (Sinatra), je n'accrocherais pas autant à sa musique.

Mais voilà, à l'approche, Lena Horne (et Gabor Szabo, à la guitare) "Watch what Happens !" et ça change tout absolument. Et la poursuite avec Rigmor Gustafson "You must Believe in Spring" donne d'autres couleurs à un set qui, exclusivement instrumental, risquait de me perdre dans les brumes de l'été ou de ce printemps qui approche. Maria de Medeiros (Dolce vita), Eva Cortes (Los Dias de Vino y Rosas), Nicki Parott (Moon river cha cha), Johny Hartman (A slow hot win) et Helen Merrill (Cavatina), terminent l'émission en donnant de la voix nous permettant de (re)découvrir des artistes qui ont à la fois l'air et la chanson.

S'il n'en était de sa voix et de son ton insupportables, Aurelie Sfez nous apprendra, dans sa chronique "Plages interdites", que deux ex-Beatles, Mc Cartney et son groupe Wings et Lennon, s'engageront en 1972 pour l'Irlande "assiégée" par l'Angleterre, et dénonceront l'agression du "Bloody Sunday" que l'Irlande du Nord vient de subir. Leurs chansons respectives seront censurées au Royaume-Uni (1).

(1) Wings "Give Ireland back to the Irish" et "Sunday Bloody Sunday"


N.B. : De façon temporaire, le nouveau site de France Musique ne permet plus l'export du player, donc il vous faudra aller là pour écouter l'émission du 16 août.

Et retrouvez les compères today á 18h 
sur France Musique pour un Easy tempo "Autour de Tom Jobim 3/3"

* Générique Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.

lundi 13 février 2017

Mali : théâtre des opérations vs théâtre des acronymes…

Si je ne connaissais pas Raphaël Krafft, le producteur de la nouvelle série documentaire sur France Culture (1) sûr que je n'aurais pas été trainer mes oreilles sur ces nouveaux docs consacrés à l'armée française. La chose militaire me rebute suffisamment pour n'avoir aucune envie de m'intéresser à la grande muette. Muette quand ça l'arrange bien évidemment. Mais voilà je connais le vélocipédiste en campagne, le "Captain teacher", le passeur… et plus si affinités.

Au Mali, décembre 2016, © Raphaël Krafft,


















J'ai écouté ses quatre documentaires, réalisés par Guillaume Baldy. Et, très vite, je crois avoir compris que Krafft, qu'on pourrait croire fasciné par l'armée, est surtout fasciné par les hommes. En Afghanistan, monter une radio locale fut le bon "prétexte" pour comprendre ceux qui se sont dévoués à une cause. Les Français et les Afghans. Allant jusqu'à intégrer (à l'époque) la Légion étrangère, Krafft se met en jeu pour côtoyer l'armée ailleurs que dans les salons où l'on cause à voix très basse, ailleurs surtout que dans les casernes.

À l'écoute du premier épisode de la série, la chose qui m'a beaucoup frappé c'est le jargon militaire. Cette "novlangue", absolument hermétique au profane, faite d'acronymes utilisés tous les cinq mots que même les intéressés ont quelquefois du mal à traduire. Heureusement le producteur impose à ses interlocuteurs de décoder. Ces sigles traduits, l'hermétisme ou la stupéfaction demeurent. Mais c'est sûrement le meilleur moyen, même sans uniforme, de se reconnaître d'une caste, d'un clan, d'une "famille". "On en est" et, si on en est, on devient vite accro aux acro…nymes. Quelquefois le producteur lui-même ne peut/sait plus faire autrement.

L'autre chose surprenante c'est l'emploi du mot théâtre. Auquel on accole celui d'opérations. S'il est évident que "sur le terrain" les acteurs sont bien là, de quel jeu peut-il s'agir ? Le jeu de la mort… qui tue ? Krafft l'évoque particulièrement avec ces jeunes engagés de 20 ans (2) à qui il fait raconter l'attaque du 27 novembre 2016 qui a failli être meurtrière pour un soldat de l'armée française, "blessé alpha", dont le véhicule sauta sur une mine.
Krafft, jeune renard du désert, creuse son sillon et, dans sa quête permanente, va chercher loin l'humanité même là où "on" ne la chercherait pas. Les hommes (et une femme) qu'il a fait parler n'apparaissent pas comme "des guerriers avides de sang et de vengeance" mais plutôt comme des missionnaires dans le sens de remplir une mission : servir la France. À cela je ne suis pas sûr que le titre de la série soit juste. Plus que l'armée ce sont les hommes de l'armée qui sont le sujet.

Krafft veut comprendre. Un pied dehors, un pied dedans. En être sans en être. Un peu comme quelqu'un qui, passionné de radio, creuserait son sillon, sans jamais passer de l'autre côté… du micro. Là, au Mali, Krafft était au feu au risque de sa propre vie (du 8 au 16 decembre 2016). Au plus près pour comprendre les ressorts de l'engagement militaire quand on quitte son confort quotidien. Et où l'essentiel, l'eau, demande aussi de mener des opérations dangereuses de ravitaillement.

Krafft est descendu au plus bas de l'échelle d'un conflit. Un groupe, une patrouille, une compagnie. Aurait-ce été possible à Verdun, sur la ligne Maginot, sur les plages du débarquement, au Vietnam ? L'armée aurait-elle laissé faire ? Là, Krafft a tutoyé l'armée et demandé à ses principaux interlocuteurs d'en faire autant. Plus proche, plus humain. Ce n'est pas un slogan.


Le CdG, depuis l'hélicoptère Lynx © Raphaël Krafft















Sur le Charles de Gaulle (fin novembre 2016), on sent et entend Krafft impressionné par le pacha, le commandant Éric Malbrunot. Mais le producteur veut surtout nous faire vivre la fonction essentielle du porte avion. Et de décrypter et décrire le décollage des Rafale. Une mécanique de précision. Ici comme au Mali, l'ordre, des ordres. Le désordre, lui, a très peu sa place dans l'armée sauf quand un soldat reconnait "aime(r) être dans sa crasse" dans des conditions d'hygiène très aléatoires. 

Pour le désordre je pense à Prévert. Le poète aurait sûrement fustigé les acronymes en un poème cinglant, un autre inventaire fait de VBL, d'OPEX, d'ENSOM, de BOAT, de GATS, d'IED, d'HPM, de PVP, de MCD, de FACQ, de VAB… (1) Et surtout de mots anglais qui, ici aussi, se sont imposés dans le langage courant : checker, blast, warning shot et le pathétique "Mae West" (3). Prévert, toutefois, aurait sans doute été attendri par ce piou-piou, soldat qui humblement se décrit physiquement et explique pourquoi ses camarades l'ont affublé d'un tel sobriquet.

Reconnaissons à Krafft d'avoir su faire sortir les hommes de l'uniforme pour ne pas dire de l'uniformité.










(1) "L'armée française : des rues de Paris au désert du Sahara", du lundi 13 au jeudi 16 février, 17h,
(2) Le deuxième documentaire "Au Mali faire la guerre à vingt ans",
(3) C'est l'occasion de suggérer à Perrine Kervran, coordinatrice des documentaires de 17h, de veiller à ce que les désannonces signent "La série documentaire" plutôt qu'un acronyme, un de plus, un chouïa dépassé,

(4) Du nom de l'actrice américaine, "en référence à sa généreuse poitrine, les aviateurs américains de la Seconde Guerre mondiale avaient surnommé Mae West leurs gilets de sauvetage" (source Wikipédia).

dimanche 12 février 2017

Manège d'été à France Musique… (24/35)















Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Lundi 15 août. Ce n'est pas un jour férié qui empêchera Thierry Jousse de plonger dans son cinéma. Et le noir plus précisément. Quand Jousse peut rapprocher ses deux passions il n'a pas l'ombre d'une hésitation. On est assez vite dans l'ambiance avec Buddy Morrow "San Francisco Blues"  et surtout avec le chouchou Henry Mancini interprété ici par Franco Ambrosetti pour "Theme from Peter Gunn". Jousse fait ses gammes et s'il nous venait la "bonne idée" de l'interroger sur les films évoqués par les musiques évoquées les seize jours qui restent au mois d'août ne seraient pas suffisant. 


Alors à défaut d'interroger le maître, je dois me rabattre sur la toile pour en savoir plus sur le film évoqué. Et art du lien et/ou de la transmission en désannonçant "Johnny Staccato" (Elmer Bernstein) par The Melody FourJousse signale que cette série interprétée par John Casavettes était diffusée fin à l'extraordinaire émission "Cinéma, Cinémas" (1) au milieu des années 80 sur la deuxième chaîne française. Alors pour garder sa place au soleil rien de mieux que Peggy Lee qui dans le film "Pete Kelly’s Blues"  chante "He Needs me" et "Sugar".

Du soleil au lounge il n'y a qu'un pas que Jousse sait nous inciter à faire au bon moment quand Cléo Laine interprète "The Servant : All Gone" (film magnifique de Joseph Losey). Là on est juste en émoi. Il faudra quand même garder un peu d'attention pour dans l'heure et demie restante, épouser le noir, quitte à fermer les yeux (sans s'endormir).

(1) De Michel Boujut, Anne Andreu et Claude Ventura, dont la musique du générique du début était celle de Frantz Waxmann pour une "Place au soleil" de George Stevens (1951). Les images étaient de Guy Pellaert qui avait dessiné des scènes cultes du cinéma mondial. Et pour ce qui concerne les portes ouvertes (de la Maison de la radio) par Lemy Caution, entre chaque séquence de l'émission, vous trouverez leur histoire ici.     


N.B. : De façon temporaire, le nouveau site de France Musique ne permet plus l'export du player, donc il vous faudra aller là pour écouter l'émission du 15 août.


Et retrouvez les compères today á 18h 
sur France Musique pour un Easy tempo "Autour de Tom Jobim 2/3"

* Générique Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.

samedi 11 février 2017

Kriss, pas là, pas loin…

Kriss, Chantal Pelletier (et ma pomme) © G. Hamon






















Ça fait pas sept jours que nous avons, Chantal Pelletier et moi, rendu hommage à Kriss à l'occasion du 14ème festival Longueur d'Ondes. Sur la petite scène du Vauban ce dimanche 5 février, Kriss est là. Bien présente. On la voit au micro de l'Oreille en coin. (1) Elle est entre Chantal et moi et je suis dans mes p'tits souliers (baskets). Le jour J est arrivé. Il y a juste un an le 10 février 2016, Chantal m'avait donné son accord pour que nous rendions, ensemble, hommage à cette femme de radio.

Pendant un an, à trois reprises, nous avons imaginé notre séance, écouté à l'Ina de nombreuses archives. Chantal a préparé et sélectionné les textes de Kriss qu'elle lirait devant le public. Chaque fois, le cœur battant, de l'entendre si près de notre oreille, si près de nos souvenirs, si près du cœur et de son humanité indéfectible. Notre idée était bien de dresser un portrait sensible de celle qui en fit tant et tant, à longueur d'ondes, pendant quatre ans sur France Inter (2).


Vous trouverez ci-dessous l'intégrale de notre séance. Merci à Fabrice Derval d'Oufipo et à son équipe d'avoir réagi si vite pour permettre à ceux qui n'étaient pas présents de partager ce moment intense et émouvant. Je suis sûr que Chantal Pelletier vous aura donné et vous donnera envie de (re)lire Kriss. Et aussi de lire leur histoire commune, écrit par Chantal dans "À cœur et à Kriss" (3).


Voilà, comme l'an passé Pierre Wiehn, Claude Villers et Patrice Blanc-Francard, Kriss avait toute sa place dans "Dimanche dans un fauteuil". Salut Kriss on t'aime for ever.


(1) Merci à l'Ina et plus particulièrement à Dies Blau de nous avoir prêté cette belle photo de Kriss en 1972, où elle intervient dans "L'oreille en coin" de Jean Garretto et Pierre Codou,

(2) 2000-2004,
(3) Vous pouvez aussi vous rendre sur le site d'Oufipo pour y découvrir d'autres trésors sonores.

mercredi 8 février 2017

69 : année historique…

Pas sûr que Gainsbourg ait eu envie en 69 d'échanger érotique par historique. Le flower power vivait ses derniers instants aux Etats-Unis et, le meurtre d'un jeune homme noir, Meredith Hunter, par les Hells Angels au concert des Rolling Stones à Altamont le 6 décembre de cette année-là, clôturait la décennie utopique d'une jeunesse "Peace and love" et vouait les illusions aux gémonies.



















Pas sûr que Jean Lebrun s'extasie (sic) à la lecture de ce chapeau. Pourtant après avoir fait un festival à Brest, le producteur historique (1) nous propose dans sa séance du Collège de France… Inter "La gauche divisée en quatre : la présidentielle de 1969". Dans cette émission pas d'invité. C'est assez rare pour le souligner. Mais il est possible, la preuve, de faire des émissions sans invité. Lebrun raconte une histoire, contextualise, donne la parole aux archives et en 30' synthétise l'élection du Président de la République provoquée par la démission de De Gaulle en avril 1969.

Si un invité permet de casser le ton d'un récit, sans, il convient de trouver le bon tempo pour tenir les auditeurs en haleine. Comme un conteur hausse ou baisse la voix, en change pour imiter celui ou celle dont il parle, et installe le suspens en se jouant du silence, Lebrun se met d'autant mieux en situation qu'en 1969, s'il n'était pas encore en âge de voter, il était sûrement déjà un observateur de la vie politique française (2) et de ses ferraillages partisans.

Lebrun raconte et c'est ça qui change tout. Conter c'est être dans le récit l'accompagner, le bousculer, le surprendre. S'en jouer. Raconter des histoires ce n'est pas les lire comme d'autres le font sur la chaîne. Et pire les lire sans les avoir écrites. Comme me le rappelait Gilles Davidas "la radio ça se pense, ça s'écrit et ça se dit". Mermet, Sire, Arnaud, Dominique, Villers, Chabrol, Ruggieri, Loubière étaient de formidables conteurs (3).

Et puis il y a une heure pour raconter des histoires (4). À celle de "La marche de l'histoire" il y a eu depuis les années 80, Pierre Miquel (Faiseurs d'histoire), Henri Amouroux (L'Histoire a 40 ans) et Michel Winock avec Claude Dominique (Le passé singulier)…




(1) Oui je sais c'est facile mais j'aime bien… Depuis sa création de "La marche de l'histoire", France Inter 2011, qui faisait suite aux "2000 ans d'histoire" de Patrice Gélinet, diffusée elle de 14h00 à 14h30,
(2) Il n'était pas majeur en 1969, 
(3) Liste non exhaustive. Ont officié sur France Inter,

(4) Les apprentis-sorciers d'Europe 1 pour pallier à l'absence de Morandini à la rentrée 2016, demandent à Christophe Hondelatte de raconter des histoires de crimes et de faits divers "Christophe Hondelatte" raconte de 10:30 à 11:30. À un horaire improbable et farfelu quand son grand devancier, Pierre Bellemare, a installé sur la chaîne le 13:30 dès le milieu des années 70. Preuve s'il en fallait de l'amateurisme d'Olivennes (Pdg de Lagardère Active) et de Namias (directeur d'antenne en août 2016), à la rentrée de janvier le programme est diffusé à partir de 13:15.

mardi 7 février 2017

Tom Jobim, Marc Voinchet et Spirou…

La gare de Brest




















Alors que nous finissions juste de palabrer au Vauban, à Brest, pour le 14ème Festival Longueurs d'ondes, Laurent Valero et Thierry Jousse entamaient, dimanche à 18h, une session de trois émissions sur Tom Jobim. Ce que bien sûr Marc Voinchet, directeur de France Musique, ne manqua pas de me rappeler quand, arpentant avec ses deux compères, Jean Lebrun et Emmanuel Laurentin, le quai de la gare ils s'apprêtaient tous trois à monter dans leur TGV, direction Panam'


Voinchet nous avait fait la surprise de venir assister au set des deux historiens au Vauban où Anne-Claire Lainé (coordinatrice du Festival) et moi-même avions essayé de faire raconter les transmissions - historiques et humaines - qui avaient jalonné les parcours des deux hommes de radio.


Avant de quitter le bout du monde, Marc Voinchet n'avait pas manqué de photographier, au-dessus de la rade, un ciel extraordinaire fait de soleil couchant, d'un peu de gris chargé et d'une lumière étincelante. S'approchant de la gare, il s'exclama devant son architecture en rotonde ponctuée des lettres bâton Gare de Brest : "On se croirait chez Spirou". Bien vu Lulu ! Voilà ce qui pourrait enfin me faire aimer cette gare sans âme qui ne ressemblera plus donc jamais à rien.


Voinchet avait le matin-même quitté Nantes et sa Folle Journée. Le directeur de France Musique avant de témoigner, devant le public du Vauban, de son passage à Culture Matin (1) apprécia d'entendre "Escale" par Susy Solidor qui s'était plusieurs fois "incrustée" dans la matinale enlevée par Jean Lebrun. Suzy dont le malouin ne manqua pas de nous conter l'histoire.  


J'aurais bien aimé faire le voyage de retour avec ces trois mousquetaires. J'aurais pu remplir mon sac d'histoires passionnantes que plus tard j'aurais distillées devant quelques petites bandes de coquins, fascinées par la petite histoire de la radio. Las, puisque nous avions déclaré Anne-Claire et moi, en ouvrant notre set au Vauban que c'était "Le jour des seigneurs", je laissais les seigneurs rejoindre leur paradis radiophonique et me mis sur écoute de Jobim.


Pas sûr de croiser La fille d'Ipanema mais sûr de trouver l'easy tempo pour y prendre les bonnes ondes.




(1) Matinale de France Culture créée en 1984 par Claude Risac et animée ensuite par Jean Lebrun de 1987 à 1999,

lundi 6 février 2017

Autrement la Radio...
















Dans cette bulle immense qui flotte au-dessus de Brest qui éclate en milliers de bulles qui éclatent elle-mêmes en milliers d'ondes la parole tourne-tourne et les voix se posent, s'interposent et s'exposent à la mémoire. Celle qu'on ranime avec des archives. Celle immédiate qui s'imprime. Celle qui s'inscrira dans la durée.

Pendant ces longueurs d'ondes, de festivals en festivals, on est la radio. Autrement. En palabres magnifiques, en rencontres farfelues (1), en joutes à fleuret moucheté, en tâtonnements expérimentaux, en tentatives d'épuisement de modèles dépassés, en recherche de nouvelles formes pour raconter, pour solliciter l'écoute, pour sortir des carcans institutionnalisés, ou de normes qui ont tué la folie, l'imaginaire débridé, l'inattendu au coin de l'oreille.

Et alors, peut-être plus qu'un festival de passionnés, le voilà peut-être le nouveau laboratoire de Schaeffer (2). Ça bidouille, ça cherchouille, ça dépouille. Mais surtout à peine entrouvertes, ne fermons aucune porte, ni aucune fenêtre. De l'air plise, de l'air. Et à Brest de l'air, mine de rien, y'en a. Ne déclarons pas, péremptoires, en faisant des sauts de cabri "le podcast, le podcast, le podcast". Car, comme l'a dit si bien Adila Bennedjaï-Zou (3) si le podcast apparaît comme "la nouvelle martingale céleste" il va falloir lui laisser prendre ses aises sans forcément lui asséner, "à peine né", des formes normatives et contraintes. De l'air, plise de l'air.

J'ai, au cours de ce quatorzième festival "Longueur d'ondes", vu et entendu quelques professionnels de la profession découvrir, émerveillés, ce festival qui, sans en avoir l'air, a depuis l'origine, la chanson. Professionnels qui, venant de la grande maison, regardaient ébahis des auditeurs comblés et, leurs propres collègues qui, au-delà de leur statut de "vedettes" se mettaient en danger, changeaient leur façon de dire (et d'être), jouaient le jeu d'inventer de nouvelles narrations pour aller jusque sur scène, s'interpeller entre eux sans que cela ne frise jamais l'entre-soi, quand bien même, entre eux, une immense complicité pouvait se jouer.



Au cours de ces journées festivalières on a cité sans vergogne les grands inventeurs de la radio. Ils sont là, ils nous accompagnent et nous portent à aller un peu plus loin que "tourner le bouton". Ils nous engagent à retrouver le souffle de la création, autrement qu'entre deux heures justes, autrement qu'avec un conducteur millimétré, autrement qu'avec la tyrannie des sondages au quart d'heure, pour ne pas dire "au garde à vous". 

Autrement, la radio. Le germe est là. Vivement l'année prochaine. Et d'ici là que "vive la radio nouvelle".

(1) Eva Bester "juge" sur Twitter sa rencontre avec Jean Lebrun,
(2) Pierre Schaeffer, ingénieur et chercheur. A créé le service de recherche de la radio au sein de l'ORTF, (Office de Radio et Télévision française)
(3) Table ronde autour du podcast.

dimanche 5 février 2017

Manège d'été à France Musique... (23/35)






Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Vendredi 12 août. En pleine grand-messe-sportivo-planétaire-opium-du-peuple-alea-jacta-est Thierry Jousse nous sort de cette torpeur pour plonger, une fois encore, dans un Brésil de musiques plus torrides les unes que les autres. Il commence par l'icône Pelé qui poussa la chansonnette "Meu Mondo é uma Bola" quand il ne poussait pas le ballon. En choisissant comme thème "Sport et divertissement" Jousse offre un champ si vaste que les deux heures de son set sont une toute petite pincée de sucre (et de miel) dans un océan... pacifique de voluptés diverses et variées.

Et de laisser la "parole" à Marcos Valle "Flamengo ate Morrer", "Paz e Futebol", "Freio Aerodinamico" qui, avec ces diverses chansons changera la lumière de ce dimanche pas tout à fait sûr encore de vouloir s'approcher du printemps. Mais là c'est l'été dans la radio et plutôt que de vous trémousser tout seul et d'endommager avec fourchettes et couteaux votre série de casseroles en inox dernier cri, vous appelerez à la rescousse voisins, voisines et organiserez au pied-levé (sic) un genre de boum sans qu'il soit besoin de fermer les volets, d'allumer trop baby-spots de couleur et de disposer sur la table quelques verres de Fanta très sucré. Amen. (J'ai presque réussi à faire un paragraphe avec une seule phrase).


Com' d'hab' Jousse ne lâchera rien et nous permettra de constater, une fois de plus, que notre culture musicale brésilienne a quelques lacunes pour ne pas dire qu'on a tout à apprendre (1). Vous voilà prévenus. À vos tablettes, à vos cassettes, à vos disque(ttes). Et à dimanche prochain... si vous le voulez bien.


(1) On va d'ailleurs pouvoir s'en donner à cœur joie sur France Musique du 12 au 17 février...


N.B. : De façon temporaire, le nouveau site de France Musique ne permet plus l'export du player, donc il vous faudra aller là pour écouter l'émission du 12 août.



Et retrouvez les compères today á 18h 
sur France Musique pour un Easy tempo "Autour de Tom Jobim"

* Générique Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.

jeudi 2 février 2017

Brest, au bout du monde de la radio…























Alors qu'après tant de belles journées d'hiver, ensoleillées et froides, le vent se lève à nouveau, on sent qu'ici, au bout du monde, nos ondes singulières vont devenir plurielles. Dans ce souffle qui annonce le printemps, on va les croiser en long, en large et en travers. Ensemble. À travers des voix, des personnages, des émissions, des souvenirs, des archives et des sons. Ensemble auditeurs, producteurs, ingénieurs (du son), écouteurs et critiqueurs même. Ensemble auditrices, productrices, ingénieuses (du son), écouteuses et critiqueuses même. Mêlé-es. Dans un joli métissage où la scène est autant dans la salle que la salle sur la scène.

Longueurs d'Ondes crée pour quelques jours les retrouvailles d'une famille. Éclatée, recomposée, dispersée. Une famille à plusieurs mères, plusieurs pères (spirituels quelquefois), quelques parrains et une kyrielle d'enfants plus turbulents les uns que les autres. Les forts en gueule, les cabots, les paons, les timides, les drôles, les rusés, les subtils, les lettrés, les un peu triste, les revenus, les jeunes gloires, les historiques, les sages, les taquins, les discrets, les aigris (qui ne sont pas venus), les absents (qui n'ont pas toujours tort), les joyeux et quelques ratons loveurs du plus bel effet. 

Actifs, radioactifs même, cela fait des heures et des heures que nous préparons ça. Comme d'autres préparent une noce, un pèlerinage ou un voyage extraordinaire. On a nos antennes déployées. Nos oreilles grandes ouvertes. Nous voilà médium. Avec, en bandoulière, pour faire notre radioscopie annuelle et essentielle, la ferveur des radios amateurs, allant chercher jusque dans le silence, et dans le vent, le Saint-Graal de la voix.