mercredi 31 décembre 2014

Chancel, j'y reviens…



























Quelque chose a disparu. Le temps de prendre le temps. Jacques Chancel est mort il y a huit jours et déjà le rouleau compresseur de l'actualité a tout écrasé. Au fur et à mesure que le temps a passé. Méthodiquement, froidement, trivialement. Si France Inter s'est mobilisé et a ouvert largement son antenne aux Radioscopies et aux témoignages, c'est très vite passé. Trop. Car le quotidien, le flux radiophonique quotidien est tellement présent que le passé y a très peu sa place. Pour ce que Chancel a apporté à la radio on aurait pu imaginer qu'une chaîne (web) dédiée aux grandes voix ou à l'histoire de la radio ait proposé une programmation exceptionnelle.

Ce flux qui mettrait en lumière l'histoire d'un homme, d'une émission et d'une époque du XXème siècle a à voir avec l'histoire immédiate. Et c'est à force de la tenir loin de notre quotidien qu'elle prend les marques du passé. Alors que la mémoire est encore très vive et qu'elle ne demande qu'à se nourrir d'histoires ancrées, solides qui tiennent un peu plus longtemps que l'actu vouée de plus en plus à l'éphémère.

Il faut donc produire quelques efforts pour inverser la tendance de la fuite en avant. Se faire sa radio en cherchant les archives ou (ré)écoutant sa collection de Radioscopies. La mort, la mémoire, les souvenirs ne sont pas que des événements à mettre en scène, à alimenter le buzz et les gazettes pipoles. Tout ne vaut pas tout et inversement. La distinction devrait trouver sa place sur une chaîne du service publique quitte à en créer une dédiée… (1).

Prenez aujourd'hui ou demain quelques mesures de la symphonie Chancel. Ça calme et ça relativise les ardeurs médiatiques à ne vivre que pour demain.

(1) Vieille rengaine de Radio Fañch
Demain le billet "spécial" à 10h…

Pierre Desgraupes


Reiser


Dhordain

mardi 30 décembre 2014

Codou, la fabrication d'un instituteur en pays Cévenol…

Codou, Mermet, Garretto, Senaux

Emmanuel Den (1) a eu la bonne idée de faire se promener dans ses Cévennes le producteur radiophonique Pierre Codou (2). Et un Cévenol qui raconte sa terre et son pays c'est quelque chose. En cette période d'entre deux, entre deux fêtes, entre deux souvenirs, entre deux complicités, il me fallait bien vous trouver un sucre d'orge. À sucer tout le matin et que ça vous garde le goût jusqu'au coucher. Succulent Codou qui dans les chemins de traverse de son enfance (ou ceux de ses pairs) a observé, repéré, détaillé ce qui faisait ses vagabondages. Il y a mis son verbe, sa poésie et son accent.

Et là pour ceux qui connaissent la mécanique de "L'Oreille" c'est drôle d'imaginer la verve d'un Codou et la réserve janséniste d'un Garretto (3). Drôle d'imaginer Codou intervenant auprès des animateurs de "L'Oreille" avec sa petite musique qui fleure bon la rocaille. Savoureux d'imaginer l'instituteur, pédagogue, attentionné et tellement curieux des autres.

Ce moment de radio est un peu unique, car la parole radiophonique de Codou est très rare. Ni lui ni Garretto ne se mettaient en scène. Leur réserve, leur discrétion les renforçaient dans leur jeu d'artisans ou d'orfèvres. Au fond de leur atelier ils élaboraient de petits bijoux et c'était les "autres" qui brillaient avec. C'était des artistes à l'état pur. Au firmament de la radio.

(1) Le partenaire de Kriss quand ils ont fait leurs débuts à l'Oreille en Coin (France Inter 1968-1990). Dit aussi Michel Gonzales quand il travaillait pour France Culture,
(2) Comparse fidèle de Jean Garretto. Inventeur avec ce dernier du laboratoire radio "L'oreille en coin",
(3) Voir le point de vue de José Artur ici, 

lundi 29 décembre 2014

Charlène bidouille la radio… grave

Ça peut pas faire de mal… Charlène aime la radio au point de la parasiter avec talent…

vendredi 26 décembre 2014

Le roi Artur, son chien et sa radio…

Artur/Dutronc ©Pascucci, Bernard / INA, Janvier 1966


























J'ai rencontré José Artur à Paris, jeudi dernier, 18 décembre. À peine avais-je prononcé mon petit mot d'accueil que José embrayait pour 40' sans reprendre son souffle. Ces minutes si elles sont importantes, elles n'apparaîtront pas dans l'interview en écoute ci-dessous. Elles concernent l'activité théâtre et cinéma de José pré-époque radio. Bien que passionnantes et inattendues (sa rencontre décisive avec François Périer) j'ai préféré vous donner à entendre son histoire de la radio (1). Au cours de cet entretien il évoquera son collègue Chancel…

Je vous mets ci-dessous quelques petites balises des fois que vous ayez peur de vous perdre.

2'10" : Jean Chouquet
Se présente dans la loge de François Périer pour le rencontrer et s'adresse à son secrétaire José Artur. Où l'on verra que cette rencontre aussi a été décisive pour que José fasse de la radio, en commençant par être l'assistant de Chouquet,

4'15" : Jean Vincent-Bréchignac
Directeur de la radio (Paris Inter 1947-1954), privé de la collaboration de Robert Beauvais ("Dimanche dans un fauteuil"), acceptera de confier à Artur sans le connaitre et au pied-levé une émission "L"ingénue au pays du disque" en remplacement de Beauvais,

9' 10" : Dhordain (2) 
Avec Roland on s'est supporté dans les deux sens du terme,

10' 30" : le Pop-Club et le Bar-Noir,

14' 45" : Le Pop et les disques de Londres,

17' 50" : Lido-Musique

Le Pop a acquis sa renommée grâce aux disques anglais d'importation que cette maison célèbre des Champs-Élysées offrait au Pop en échange de citations opportunes et "discrètes"…

20' 45" : Jean-Marie Périer 
(le fils de François), photographe des "vedettes" du hit-parade,

23' : Jouvet (Louis), acteur de théâtre et de cinéma,
lui donne des conseils pour parler à la radio… "Passe-moi le sel",

26' 45" : dog
On entend bien le chien de José (qui est loin du micro),

28' 45" : retraite à 83 ans…

31' 04" : Jean Garretto (producteur)… protestant,

34' 10" : Pierre Wiehn (directeur d'Inter 1974-1981), un homme de radio,

35' 40" : Sallebert (journaliste et directeur de l'Ortf)
"Artur est débraillé",

36' 30" : la fille de Franco,

40' 27" : Gérard Sire (producteur à France Inter),

42' : les Ardugos (émission de Paris Inter),

43'40" : José écrase son chien (qui est sous le micro),

44' 25" : France Artur vs France Inter,

46' 13" : Chancel à l'Académie, 
Mais pas né en Indochine, l'ABC de la radio

54' 35" : Le dictionnaire de Jacques Monod,
`
57' : Le Lévitan de la radio (3) ,

58' : Chancel avait raison, c'est la référence absolue.

En conclusion José contextualise, contextualise même le contexte de celui dont il parle et s'il fait parler celui dont il parle il contextualise pour lui. Très vite l'intervieweur peut se perdre…



(1) À écouter de préférence au casque. Désolé si le son n'est pas optimum, mais une fois le "Zoom" posé sur la table nous n'avons plus bougé… José est juste au-dessus du micro. Il vous faudra baisser un peu le son quand je pose mes questions car c'est un peu plus fort. La vocation initiale de cet enregistrement est de le ranger dans ma "mémoire" radio. Profitez-en avec ses "faiblesses". Merci à Hervé Hist d'avoir "monté" le son,

(2) Auteur de la "réforme" qui donnera en 1963 les trois chaînes Inter,Culture, Musique et qui deviendra directeur de la radio au sein de l'Ortf,
(3) Un célèbre fabricant de meubles.

jeudi 25 décembre 2014

Bertrand Blier et Thierry Jousse en tenue de soirée…

Thierry Jousse









Thierry Jousse, producteur à France Musique, aime la musique et le cinéma. Il produit chaque semaine Cinéma Song (1). Pour les fêtes il nous propose deux séances avec Bertrand Blier. À l'occasion de mon passage à Paris je l'ai interviewé dans un bar de la Porte St Ouen (sans ingé-son). Je n'ai pas résisté à lui demander des nouvelles d'Easy Tempo…



(1) Chaque jeudi soir à 22h30,


Mermet met le feu au 125… ambiance torride assurée

Amanda Lear


















Je vous l'avais promis, voici l'intro du délire de Daniel Mermet qui, le 5 août 1979, est au studio 105 de la Maison de la Radio pour l"'Oreille en coin" du dimanche après-midi (1). J'ai publié ici la quasi totalité de sa création à partir d'une chanson d'Amanda Lear. Pour nous mettre dans la hot ambiance que suggère le personnage d'Amanda Lear, Mermet met en scène ceux qui derrière la vitre (en cabine) et à côté de lui (en studio) l'assistent pour son émission.

Sur un rythme disco connu (2) on ouvre son micro à Daniel Mermet : "Pierre Codou [producteur] dans sa robe en strass serre de très près Jean Garretto [producteur], déjà Hélène [Pommier] enlève sa gaine, Edouard [Camprasse] et Serge [Libert] à la sono mettent des paillettes dans le magnéto, les lasers tournent dans le studio, déjà Agnès [Gribes] n'a plus de maillot… Ça y est les mecs je suis disco… " (3)

Alors elle est pas belle la vie ?


Vous pouvez retrouver la fiction que j'avais écrite 
il y a trois ans sur le "Studio 125"…




(1) Mettez le nom de cette émission dans la case "recherche" ci-contre et vous saurez tout. France Inter, le samedi après-midi et le dimanche toute la journée, 13h d'"une radio dans la radio" de 1968-1990,
(2) "Let's All Chant", Michaël Zager Band,
(3) Codou et Garretto créateurs de l'émission, Hélène Pommier chargée de réalisation, Edouard Camprasse ingé-son, Serge Libert opérateur-son. Agnès Gribes fait ce jour-là les liaisons entre toutes les séquences de l'après-midi. Elle fait partie de l'équipe de l'"Oreille en coin" et produit à ce titre des émissions originales.

mercredi 24 décembre 2014

Alphonse : il était une voix…

Alphonse Arzel




















Au hasard des "Nuits de France Culture", un "Pays d'Ici" l'émission inventée par Jean-Marie Borzeix et coordonnée par Laurence Bloch (1). Un Pays d'Ici à Ploudalmezeau, nord-finistère. Mon fief et une bonne partie de ma propre histoire. Ce 17 février 1993, dans le cadre de mon activité professionnelle, je cours la campagne comme d'hab'. Et je ne suis pas à Ploudal (2). Les 4 jours de ce "Pays d'ici" m'échapperont. Écouter l'épisode 2 est donc important. Coïncidence, au pot de départ de Gilles Davidas la semaine dernière à la Maison de la radio, j'ai croisé Sylvie Andreu qui a produit cette série du Pays d'Ici.

J'écoute à la faveur d'un petit matin de solstice dont le jour tarde à se lever. Je guette les mots, les voix, les ambiances que je vais reconnaître. Et voilà qu'Alphonse Arzel (3), sénateur-maire de Ploudalmezeau, prend la parole. Le choc est terrible. Alphonse est décédé cette année. J'ai travaillé douze ans avec lui et j'ai même été son chauffeur quand nous allions ensemble en réunion dans l'un ou l'autre des départements bretons. Quand je dis "travaillé avec lui" je veux dire que lui en tant qu'élu siégeait dans les associations pour lesquelles je travaillais et nous étions souvent en lien.

À écouter ce reportage au pays de l'"Amoco Cadiz"… Mais voilà que j'interromps ma rédaction car l'annonce vient de tomber "Jacques Chancel est mort". Ça fait beaucoup d'émotion. Trop !… Et je passerai toute ma journée (d'hier) à raconter Chancel. Quand on aime…

… Le sujet de l'Amoco OK, ça va ici on est bien au jus, si je puis dire. Mais la voix d'Alphonse c'est quelque chose. Là voilà l'émotion. La voilà la vie. Le voilà son regard pétillant, sa gouaille, sa faconde et sa simplicité bonhomme de paysan du Bas-Léon (3). Fier d'être catholique, fier d'être centriste et bretonnant. Je me souviens d'une fois, où rentrant du sud Bretagne, on passe par Pontivy. On s'arrête dans le plus improbable des bistrots, et là, le seuil à peine franchi, deux gaillard du centre Bretagne l'apostrophent. "Alors Alphonse comment qu'c'est ?". Et lui de serrer des mains, de plaisanter et de raconter la dernière histoire politique courant au Sénat.

Alphonse était un personnage, je ne l'aimais ni pour ses opinions politiques, ni pour ses "qualités" de paysan. Je l'aimais car il était un personnage authentique, madré et populaire. Je souris encore quand après m'avoir entendu raconter un peu solennellement l'histoire d'une organisation locale, il m'avait dit "Tu aurais fait un bon recteur" (4). Je l'ai pris pour un compliment, lui le fabuleux conteur en breton comme en français.

Salut Alphonse, fier et heureux d'avoir croisé ton chemin d'homme aux convictions solides et à l'humanité chaleureuse. A c'hentañ gwell.

(1) Aujourd'hui directrice de France Inter, 
(2) J'habite à l'époque à 500 m de la mairie où se déroule l'émission,
(3) Dans sa commune, il était du "Menez" à Lestrehone,
(4) Le curé de la paroisse en langage de Basse-Bretagne catholique,

mardi 23 décembre 2014

France Info honore Chancel…

Chapeau à France Info pour sa réactivité et cette belle collection de témoignages émouvants (déplacer le curseur sur chaque photo). Et bravo aux chaînes de Radio France qui ont su tout mettre en œuvre pour rendre à la mesure du personnage hommage à Jacques Chancel. Vive la radio publique !
Voir aussi les billets précédents "Onde de choc", "Universel", "À la télévision", "Dans la comète"…



Chancel dans la comète…

Avec Juliette Gréco © Picard Radio France


















France Inter a très vite réagi au décès de son producteur emblématique, survenu dans la nuit du 22 au 23 décembre. Ici un florilège de témoignages… Et le communiqué de la Scam (Société civile des auteurs multimédia).
Voir aussi les billets précédents "Onde de choc", "Universel", "À la télévision"

Bernard Pivot


Henri Chapier


Guy Bedos


Le début de la Radioscopie du Père Noël-Gérard Sire, Sire conteur parmi les conteurs,


Le Générique de Radioscopie par Georges Delerue,


Marchais
Hervé (le Transistor) en a rêvé (d'interviewer Chancel) Georges lui, a été interviewé par Chancel une sorte de dieu radiophonique…

Radioscopie, 2 février 1978


Mathieu Gallet, 23 décembre 2014





Très beau boulot de France Info sur son site… avec entre autre l'interview de Christian Prudhomme



Et de Louis Bozon…




Chancel parle de lui… à la télévision

Dans l'émission "L'homme en question" sur France 3, Anne Sinclair recevait le 2 avril 1978, Jacques Chancel. Voir aussi les deux billets précédents avec l'interview de Joseph Rémiot et celui de Jacques Santamaria.

Intro de l'émission, 2 avril 1978


Différence entre radio et télévision, 2 avril 1978


L'interview  selon Chancel, 2 avril 1978


La musique pour tous à la télévision, 2 avril 1978


À propos de Radioscopie, 2 avril 1978


Chez lui,  2 avril 1978


Maurice Chapelan parle de Chancel, 2 avril 1978


Ses origines pyrénéennes, 2 avril 1978


Journalisme et média, 2 avril 1978


Vers 20h… du son radio… 

Chancel universel…

Avec Claude Lévis-Strauss, © Picard Radio France


















Non seulement l'onde de choc de la disparition de Chancel perturbe le quotidien de chacun mais en plus elle bouleverse les souvenirs, les témoignages et les émotions. J'ai demandé à Jacques Santamaria, ex-directeur de France Inter (1) de bien vouloir évoquer la figure majeure d'un homme de radio exceptionnel.

Radio Fañch : Jacques Chancel c'était qui ?
Jacques Santamaria : Un homme formidable car il a constamment innové, à la radio comme à la télévision. Il faisait toujours du "neuf". Il a surtout eu une nouvelle approche de l'entretien. Il n'aimait pas le mot "interview qui correspondait mieux aux journalistes et à l'actualité. Mais surtout avec ses "Radioscopies" il a replacé l'humain et son invité au centre de l'entretien. Aujourd'hui on a déplacé le sujet et l'objet. L'interviewé s'interviewe lui-même et l'intervieweur étant perpétuellement son propre invité. C'est la grand virage des années 80, l'interviewé ne compte plus c'est l'intervieweur qui a pris sa place. Chancel avait pris pris exactement le contrepied de ça. il jouait un parti contraire. À telle preuve qu'en intro de "Radioscopie" c'est l'invité qui se nomme avant que le producteur ne s'annonce lui-même.

R.F. : C'était la marque de fabrique de Chancel ?
J.S. : C'est révélateur de tout. Chancel laissait parler son invité. Surtout il savait installer les silences comme il fallait. Surtout le silence faisait partie de l'entretien. Comme Desgraupes et Dumayet (2) savaient eux aussi le faire être partie prenante du dialogue. Le silence peut être plus révélateur qu'un son ou qu'une parole.

R.F. : Dans le cadre de vos fonctions vous avez travaillé avec Chancel…
J.S. : Oui avec mes collègues de France Culture Jean-Marie Borzeix et et de France Musique Jean-Pierre Rousseau nous avons inventé "La règle de trois". En fin de semaine Jacques intervenait à tour de rôle sur les trois chaînes. À France Inter pour présenter son invité, à Culture pour le faire raconter ses choix et ses passions culturelles et à Musique pour ce qui concerne la musique. Avant l'heure nous montrions l'unité de Radio France et du service public et la complémentarité de ses chaînes radio. Chancel était un de ces grands hommes du service public justement.

R.F. : Qu'est-ce qui a pu faire l'énorme popularité de Jacques Chancel ?
J.S. : Il savait utiliser la parole pour faire se révéler une personne et c'est ce qui a fait le triomphe de Radioscopie. Mais surtout il n'a jamais perdu de vue l'auditeur. Il n'a jamais pratiqué l'entre-soi qui aujourd'hui tue la radio. Il veillait scrupuleusement à toujours être à la portée de l'auditeur. Il avait une formule formidable "Essayons toujours de donner à l'auditeur ce qu'il pourrait aimer". Quant aux "Grands" qu'il a reçus ils étaient touchés qu'on puisse aussi leur poser des questions simples et ainsi se faire connaître du plus grand nombre. Sans ce "système Radioscopie" des tas de personnalités ne seraient jamais venues à la radio.

R.F. : Vous avez un souvenir précis ?
J.S. : Oui la Radioscopie de Paul Morand qui ne se répandait pas dans les médias. il dit à Chancel : "Vous savez combien j'ai détesté De Gaulle, et pourtant quand je l'ai vu seul, abandonné de tous sur cette plage d'Irlande [après qu'il ait quitté le pouvoir en avril 1969, ndlr], j'ai été tout près de l'aimer". Aujourd'hui Jacques Brel (2) n'irait pas à la radio mais il venait à Radioscopie. Chancel ne cirait jamais les pompes de ses invités. Face à Yves Montand il interroge "Est-ce qu'on peut parler de Marilyn [Monroe] ?". Montand a éludé mais cette façon d'interpeller ses invités faisait partie du système Chancel. Chancel révélait ses invités au sens chimique du terme.

R.F. : Avait-il conscience de ce qu'il allait laisser, tant dans l'histoire de la radio que dans celle du XXème siècle ?
J.S. : Jacques travaillait pour la postérité pour l'éternité sans le savoir. On peut même parler d'universalité et d'intemporalité. Ce qu'il a fait a traversé et traversera les époques et le temps. Je regrette de ne pas avoir entendu une "Radioscopie" ou il aurait été l'invité. Il ne se révélait pas facilement. Pas sûr qu'on ait encore pleinement mesuré l'importance et la richesse de ses Radioscopies marqueurs précieux d'une longue période, de 68 au début des années 90.

R.F. : Il y a quelques années vous aviez échangé avec lui sur ses souvenirs de "Radioscopie" qu'est-ce qu'il avait à en dire ?
J.S. : Il m'a confié une des clefs de sa réussite : "On a tous, tout le monde la peau d'un personnage, et moi pour tous ceux que je recevais il fallait que j'enlève cette peau…"

Et à 18h du son…


(1) 1995-1997,
(2) Sa radioscopie est rediffusée sur Inter aujourd'hui à 16h,

Chancel : une onde de choc… radio

Guy Senaux et Chancel : Librairie Dialogues, Brest, déc 2011




















Peu importe la rapidité de l'information. Peu importe sa vitesse de propagation. Certaines infos plus que d'autres bouleversent votre vie. Et dans le petit monde de la radio la disparition d'une voix, d'un homme, d'une femme prend une telle ampleur que tout d'un coup le monde de la radio devient immense. Ce sont des voix qui vous parviennent à la vitesse du son. Des voix, des mots, des émotions, des souvenirs, un ton, un accent, une musique et au bout du compte une très forte complicité.

Chancel vient de mourir et le cœur s'affole. Partagé à capter le silence pour se recueillir dans le souvenir tellement présent de sa voix et le désir de parler avec ceux qui vibrent comme vous au tempo de la radio.

J'ai pu interviewer ce matin Joseph Rémiot, un des quatre mousquetaires de l'"Oreille en coin" (1) qui mieux que quiconque a pu observer Chancel de l'autre côté de la vitre.

Radio Fañch : Dans quelles conditions avez-vous fait la connaissance de Jacques Chancel ?
Joseph Rémiot : J'ai fait la connaissance de Jacques Chancel à Saïgon (je suis franco-vietnamien) à Radio France Asie en mars 1954. J'étais preneur de son et Chancel réalisait des émissions artistiques de jazz et de variétés musicales. Son émission la plus importante s'appelait "Paris-Saïgon". Il réunissait déjà des artistes, musiciens, écrivains, chanteurs. c'était un peu les prémices de ce qui allait devenir à la télévision "Le grand échiquier". Cette émission était très écoutée par les Européens d'Indochine et par l'armée. Chancel faisait le lien entre la métropole et l'Indochine. Pour l'anecdote Chancel était à mon mariage à Saïgon.

R. F. : Dans quelles conditions Chancel est arrivé en Indochine ?
J.R. : Il était là dans le cadre du "Service cinéma" de l'armée française, puis travaillait pour Radio France Asie et aussi pour la presse (dont Paris Match de 54 à 56). Je suis parti en 1956 quelques mois avant que la station ne ferme. Chancel est resté jusqu'à la fermeture. Il organisait beaucoup de concerts et faisait venir des artistes de France (via l'Alliance française). J'ai intégré à Paris la Radio Télévision Française (RTF) dès mon arrivée en France en 1956. Dès sa création (oct 1968) j'ai été l'un des ingénieurs du son de "Radioscopie" jusqu'à ma retraite en 1987.

R.F. : Quel souvenir gardez-vous de Chancel ?
J.R. : De quelqu'un de charmant, diplomate, érudit. Je ne l'ai jamais vu se fâcher avec quelqu'un. En Indochine, période post-décolonisation, il était proche des techniciens sans faire de différence entre les Blancs et les Asiatiques (2).

R.F : Et de l'Oreille en coin ?
J.R. : Avec Garretto et Codou on était des copains. Plus avec Codou qui était un méridional cordial et complice. Garretto était plus sévère, c'était lui le "chef". Les deux étaient complémentaires et formaient un formidable duo.


Vers 15h, je publierai l'interview d'une autre personnalité de Radio France…

Avec Pierre Desgraupes ©Picard/Radio France


















(1) Yann Paranthoën, Edouard Camprasse, Joseph Rémiot et Guy Senaux étaient les quatre ingé-son tournant, pendant les années "Oreilles en coin". Merci à Guy Senaux de m'avoir mis en relation avec Rémiot,
(2) Senaux dit exactement la même chose : "Chancel était enthousiaste avec une générosité méridionale et une belle simplicité avec toutes les métiers de la radio. Il venait très facilement en cabine",

* Voir aussi l'entretien en public d'Emmanuel Laurentin (France Culture) avec Chancel au Festival Longueur d'Ondes à Brest en décembre 2011. Et l'article de l'Humanité.

lundi 22 décembre 2014

La belle et splendide pop de Vincent (Théval)…



Y'a  Machin qui monte sur la table du studio à chaque fois qu'il prend le micro, l'arrive à peine à déplier ses plumes de paon tellement elles prennent de place, il caquète comme un vieux perroquet sur le retour. Y'a Truc qui se fait applaudir sur la scène du 104 comme s'il était chanteur alors qu'il est juste passeur. Il a une auréole autour de la tête et ça le rend dingue. Ces deux cas de maladie mentale existent et parasitent notre écoute de la musique. Ce sont des pipoles sur-actifs justes bons pour la ferraille.

Mais, il est un garçon discret, pointu, sensible et efficace dans sa programmation hebdomadaire, j'ai nommé le ci-devant Vincent Théval qui tous les lundis flirte avec la belle pop (1), celle qu'on entend nulle part ailleurs. Lundi dernier, comme ça sans en faire des tonnes, sans avoir convoqué la presse, un bijoutier de la place Vendôme, un découvreur de talents et cinq ratons-laveurs peroxydés, Théval nous offrait en écoute en première mondiale (vrai de vrai) "21" de The Apartments.

Ouaouuhh ça donne des frissons cette petite chose-là ! C'est assez noir, même si "la neige tombait sur Broadway", quelque chose s'élève et l'on se met en marche sous les flocons, convaincus. Ça c'est ma vision optimiste. Vous en saurez plus . Théval a réussi son coup. Un très joli coup. Cette diffusion au tournant du solstice tombe à pic. Je la réécoute en boucle sur le site de "Microcultures". Enfin de la musique non-entendue ailleurs à longueur de playlists tendance. Une vraie découverte dans un écrin, à l'abri des évidences.

Un peu comme, il y a un siècle, un certain Bernard Lenoir, quittant l'ombre de José Artur et de son Pop-Club, franchit le rubicon et se lance (craintif) au micro de Feedback encouragé par son directeur de l'époque (2) et par José lui-même. On sait le parcours qu'il fit à Inter et la chute un peu trop brutale de son émission "C'est Lenoir" à la fin de la saison 2010-2011. Lenoir aimait surprendre et choyer ses aficionados d'auditeurs. Théval est sur la même ligne. 

Dans une demi-heure on va pouvoir passer un bon moment de radio. Vous pouvez aussi retourner à l'émission de la semaine dernière et prendre quelques frissons. Théval a cette magie de donner une identité très forte à ses émissions. Et de fait, de donner une belle image à France Musique. Il est temps qu'il passe de l'hebdo à la quotidienne. Qu'en pense Marie-Pierre de Surville, directrice de la chaîne ? Nous lui poserons la question en janvier…

Rappel dans l'indicatif de "Label Pop" on entend Patrice Blanc Francard, (ex-directeur du Mouv' et comparse de Lenoir au Pop), traduire les propos en anglais d'un musicien qu'il interviewe pour une de ses émissions de la radio ou de la TV.

(1) "Label Pop", France Musique, le lundi 22h30-minuit, 
(2) Pierre Wiehn, directeur d'Inter 1974-1981, "donne" le micro à Bernard Lenoir le 29 mai 1978, à 21h du lundi au vendredi. Les premiers mots de Lenoir avant de lancer le générique auront été pour Artur qu'il remercie de lui avoir fait confiance (il était son programmateur au Pop) et de l'avoir encouragé à "faire le pas",

Flippe pas Fip : la story…

On notera le sigle ORTF à gauche













Bon, pour une fois je vais écrire ce billet un peu dans le désordre. Après tout, vu le mouvement médiatique autour de l'annoncé tsunami de Radio France par les cartomanciennes - très anciennes de la presse - (1), pas de raison que je n'y aille pas moi aussi de mes supputations. Sauf que les miennes peuvent s'appuyer sur des années d'écoute et une certaine connaissance de la maison FIP. Oh yeah !

Comme Davidas vient de quitter Radio France à pas de velours, j'en profite pour demander à Anne Sérode, directrice de Fip, de bien vouloir remettre en ligne le feuilleton en 20 épisodes que Gilles avait produit pour les 40 ans de la chaîne. Voulue par Roland Dhordain et propulsée dans la comète par les ténors Garretto &Codou (2). Dans ce feuilleton "Vous avez loupé Marie-Martine" il y a toute la quintessence de France Inter Paris et de ce qui lui permet de se targuer être une "pépite." Au point que Mathieu Gallet, Pdg de Radio France, l'a nomme ainsi.

Si Fip est une marge, une niche, un gros câlin, une université populaire, une madeleine, une exception culturelle et la meilleure antidote à la morosité on le doit à la constance de ses directeurs successifs, au ton de ses animatrices dites aussi Fipettes, aux innovations "pincées de sucre" et à une programmation inimitable et inimitée (3)

Qui peut se permettre dans le dernier "Dites 33" d'enchaîner Diana Ross, Brassens et Patrick Juvet (4) ? Personne. Personne n'oserait. Mais quel programmateur/programmatrice dispose d'une culture au spectre musical aussi étendu et surtout de la discothèque qui va avec ? Personne non plus. Mais ça, les canards de la presse magazine ne risquent pas non plus de vous en parler. Pour deux raisons. La première, les journalistes chargés d'en parler n'écoutent pas Fip, la seconde, le spectre musical des dits-journalistes doit tourner avec une play-list de vingt titres dont dix-neuf ne passeront pas 2014. CQFD






Venons-en au fait. Annoncez que votre entreprise (publique) va accuser dans les trois ans à venir un déficit de vingt millions d'euros et la meute de la presse court aux basques du Pdg de Radio France pour lui demander les solutions qu'il va mettre en place pour "absorber" ce déficit. Le 16 décembre Mathieu Gallet répond à l'interview de Paris Match. Au cours de l'entretien il dit : "Et les deux petites [chaînes de Radio France, ndlr], Le Mouv’ comme Fip, ne représentent pas grand chose en termes de réseaux, mais elles sont utiles pour notre développement. Le Mouv’ c’est 32 fréquences, et Fip 10. Mais Fip est une pépite : il faut un an et demi pour entendre le même titre deux fois à l’antenne. Sur Paris, Fip, c’est 2,5 points d’audience alors qu’il y a 50 radios dans la capitale. Ça marche donc très bien. Mais, si nous n’avons plus d’argent, que faisons-nous ?" (5).

Dans la foulée l'Agence France Presse (AFP) reprend tout ou partie de l'entretien de Paris Match en tronquant une bonne partie des propos initiaux (6). Sauf que la directrice de Fip, Anne Sérode s'étonne puisque Gallet n'a jamais donné d'interview à l'AFP. S'étonne et dément "la fermeture de Fip" dans l'interview qu'elle a donné à "Web7radio" le 19 décembre. 



Ce n'est qu'un combat continuons le début (Coluche)
Que le personnel de Radio France et de Fip en particulier s'inquiète de l'interrogation de Gallet "Mais, si nous n’avons plus d’argent, que faisons-nous ?", rien d'anormal. Que l'AFP mette de l'huile sur le feu en ne s'intéressant qu'à une hypothétique solution radicale est désastreux et confirme la dérive d'une presse qui aime devancer voire provoquer l'événement. Que les auditeurs se mobilisent immédiatement rien de plus normal aussi (7). Attention on ne touche pas à une pépite, les auditeurs y tiennent comme à la prunelle de leurs… oreilles (8). Mathieu Gallet et Anne Sérode devront absolument en tenir compte.

Tout le monde est sur le pont et on guette. Je ferai un seul reproche à Fip. Ça me coûte une fortune ! Rien que samedi j'ai acheté six titres suite à l'écoute assidue du "Dites 33" évoqué ci-dessus. Plus, la semaine dernière, l'album d'Amansara "Chancha via Circuito". C'est insupportable (lol). Avec une playlist de 35 000 titres par an et 22 000 nouveautés je vais y laisser toutes mes économies. Je résiste, j'essaye de ne pas écouter mais j'y retourne souvent, toujours béat sur les enchaînements et la science des programmateurs. Faudrait leur élever un monument (Valley). Et pas question de ne pas être fidèle à cette petite qui a tout d'une grande. E la nave va…
(À suivre… de près)

Ajout du 2 mars 2015
• Une pétition à adresser à Fleur Pellerin,
• La page Facebook de Fip Toujours, (Twitter @FipToujours)
• Le compte Twitter de @fip514

Merci à Thomas Hercouët de nous proposer les points de vue de ceux qui font Fip…


(1) qui-ne-s'intéressent-jamais-à-la-radio-que-lorsqu'-il-faut-gloser-sur-audience-marketing-finance-pipole-tagada-et-tagada-tsoin-tsoin,
(2) Vous disposez ci-dessous de tous les liens qui racontent cette story,
(3) Playlist "top of the pop",
(4) Et le "mix" par S.Moss de : Supertramp "Gone Hollywood" à "Instant karma" de John Lennon en passant par William Sheller et Ella Fitzgerald (Goin' Out of my head) aura "permis" à Luc Frelon de supporter Supertramp qu'il abhorre,
(5) Paris-Match, 16 décembre 2014, 
(6) Repris par France 24,
(7) " menacée de disparition? Les auditeurs répondent: !" soit la création d'un compte Twitter dédié,
(8) En 2000 déjà pour les fréquences Fip de Lille, de Lyon et de Marseille une mobilisation d'auditeurs s'était engagée.









Les liens vers les billets précédents











vendredi 19 décembre 2014

De l'intimité du départ…

Gilles Davidas





















C'était comme un petit film en super 8. Sans les images. Ces gens du son, en accéléré, sont venus inscrire quelques mots sur la bande passante. Cette bande du son, ses potes, ses copains, ses consœurs, ses cheffes, ses alter-ego, son ex-directeur, les producteurs, les amis, les confrères, les complices. La bande passée par les lecteurs. Par l'émotion. Par les petits bouts de sons qui font sens. Par "ses" femmes. Par 40 ans, dont 30 à tourner en rond. Pas autour de la Maison ronde, autour d'une histoire. La même et dix mille différentes. La raconter dans tous les sens. Avec tous les sens. Et même les sens interdits.

Dans cette immense Maison de la radio, jeudi 18 décembre, un homme de radio venait fêter son départ et refaire le film (sans image, j'insiste) des complicités qui ont fait la radio, sa radio et sa bonne patte d'ours de la radio. D'ours tendre, bougon, volontaire, mono maniaque jazzistique, stéréo bien typé avec quelque chose entre les oreilles.

Gilles Davidas ne portait pas le chapeau hier soir mais nous a fait voir la jolie collection de casquettes qu'il a coiffées tout au long de son parcours qu'il n'appellerait pas une "carrière". Chacun a pu enregistrer les souvenirs, les anecdotes, les sons du Davidas. Sans appareil, sans preneur de son, sans technique. Avec juste ce qu'il faut d'émotion et d'amitié pour le tenir ce son. Le son de sa petite musique de nuits et de jours. Le tenir longtemps. Dans sa bande-son. Dans la mémoire et dans le cœur.