lundi 16 octobre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… la gauche de la gauche (7/43)

En partenariat avec
Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Une du 28 mai 1970, la Gauche Prolétarienne
(GP) est dissoute





























Les étudiants (et quelques autres) n'ont pas attendu 1967 pour frétiller. En 1965, réélu après un premier tour qui l'a mis en ballotage face à François Mitterrand, le Général de Gaulle ne montre aucune attention particulière pour la jeunesse, qui commence à trouver étouffante une société cadenassée et réactionnaire à tous les étages du pouvoir. Avant que le même Mitterrand ne clame dans quelques mois "Dix ans ça suffit", d'aucuns pensent qu'un seul septennat aurait lui-même suffit. Las, de Gaulle à toujours le destin de la France en ligne de mire. Mais la France ne semble plus avoir de Gaulle en ligne de cœur et d'esprit.

Les étudiants pensent, théorisent, s'agitent à l'idée d'un "grand soir" qui verrait d'autres modèles de société "gouverner" la France. Les maoïstes sont sur le pont. Les communistes sur le front. Les socialistes divisés. Les gauchistes en embuscade. "Occident" casse la joie (1). 

La radio nationale appelée "Radio d'État" file doux (2). C'est une administration dirigée par des… administrateurs. Le ministre de l'Information (3) Alain Peyrefitte donne ses ordres à ces messieurs bien mis, bien gris et serviles à souhait. Le ministre redouble de zèle pour contenir tout ce qui pourrait laisser accroire que le Général s'est engagé dans une impasse. La France glorieuse ne fait (presque) pas grève, consomme les yeux fermés et s'enrichit à "vue d'œil". Ouvriers et paysans sont au coin du bois. Les étudiants étudient, les chercheurs cherchent, les femmes obéissent à leur mari et peuvent ouvrir un compte en banque (1965) sans leur autorisation. Le progrès est en marche et Macron n'est pas encore né. E la nave va....

Deux émissions de radio retracent l'histoire de la "Gauche prolétarienne".

France Culture, Nuits magnétiques : La gauche prolétarienne, 2 août 1986,



France Inter, Rendez-vous avec X, "Les Maos français", 7 juin 2008




(1) Mouvement politique d'extrême droite fondé en 1964. Qui sera remplacé en 1969 poar "Ordre nouveau". Formule pratique pour fustiger la réaction d'extrême droite contre l'extrême gauche, pour ne pas dire contre toutes les gauches...
(2) ORTF, Office de Radio et Télévision Française, section radio et France Inter en particulier, 
(3) Du 6 décembre 1962 au 8 janvier 1966, son seul titre de "Ministre de l'information" vaut toutes les analyses et, sa détermination à établir le "conducteur" du journal télévisé de l'époque en dit long de la façon dont le pouvoir voulait fermement verrouiller l'info et… pas que l'info. 


samedi 14 octobre 2017

Motown… usine à hits (suite et fin)

"Pendant longtemps, Motown c'était l'esprit de camaraderie, un côté grande famille. Quand j'ai acheté ma première maison, le père de Gordy est venu s'assurer que la tuyauterie était bien en cuivre." (1) J'ai consacré quelques nuits de septembre à lire la bible d'Adam White sur Motown. Mais ne pouvais pas m'en tenir au seul billet d'hier. La matière est trop riche et l'aventure tellement extra-ordinaire. En lisant il m'a fallu quelquefois me remettre à l'oreille les chansons ou les hits évoqués dans le récit de White. Cette somme nous en apprend beaucoup sur la radio et j'ai hâte d'en parler avec Thierry-Paul Benizeau qui nous a fait rêver avec l'histoire d'Alison Steele… Au début des années 60, Motown doit absolument convaincre les D.J's. de passer leur musique sur les ondes d'un maximum de radio locales et/ou nationales…

Adam White

















"Au moment où Motown trouvait son rythme créatif, la radio du début du rock'n'roll, qui reposait sur la personnalité de présentateurs en roue libre, cédait le pas à des cadres beaucoup plus définis. La musique était désormais choisie par des directeurs de programme, et non plus individuellement par les animateurs. C'était une des conséquences du gros scandale des pots-de-vin révélé en 1959 : quand il devint illégal de payer les animateurs radio pour qu'ils diffusent tel ou tel disque… la quête d'audience prit d'avantage d'importance : désormais, les disques ayant fait leurs preuves sur les stations R'n'B étaient souvent repris par les radios du Top 40." (2)

Ci-dessous, la série complète des simples des Temptations entrés dans le Top 20 entre 1964 et 1973 dont leur n°1 avec Diana Ross & The Supremes (pages 108 et 109)



On est bien aux États-Unis. La machine économique est dans les pas de la création musicale. Pour que les teenagers (et les adultes) achètent les disques il faut une promotion colossale en plus des tournées. White montre en détail le "processus" Motown, de l'amont (écriture des chansons) à l'aval (la distribution). Pour ce qui concerne la fabrication d'un hit il écrit : "Dès les premières mesures "My guy" [1964] vous harponne. Une première ligne de cuivres aussi chatoyante qu'un lever de soleil mène droit à une explosion de percussions, puis Mary Wells glisse avec désinvolture sur les claquements de doigts pour raconter une histoire (3) toute d'attachement et de fidélité. "Tout vient de ce premier vers, de ce "rien ne peut m'arracher", expliquait Smokey Robinson, son auteur et producteur. Robinson a ciselé des paroles associant amour, lettres et timbre-poste, l'illustration même de la logique narrative apprise de Berry Gordy dès leur première rencontre." (4)



Ce souci du détail, White le développe tout au long des 400 pages de ce livre. Mais pour ce qui va suivre préparez vos mouchoirs, vous n'allez pas tarder à entendre siffler le train. "Le développement mondial de Motown alla de pair avec un nouvel intérêt porté aux imports, du moins au travail de la star française (sic) Richard Anthony. Quelqu'un de Detroit - peut-être Gordy en personne, selon Anthony - avait entendu une démo de sa chanson "I don't know what to do"… Quand il apprit qu'on s'intéressait à lui à Detroit, Anthony fut tout excité, d'autant plus quand on lui annonça que Schiffer avait pris l'avion pour Paris. Anthony envoya une Thunderbird de sa collection personnelle pour amener l'avocat chez lui… Berry Gordy annonça la signature [du contrat] lors du vin d'honneur qui suivit le concert de l'Olympia "(5)

L'épilogue (page 376) est titré "Motownopoly" et en sous-titre "Vous êtes nommé Président de Motown ! Payez 25 dollars à chaque joueur." Tout est dit. Il était tentant d'adapter le célèbre jeu Monopoly d'origine américaine à la compagnie Motown avec toutes les étapes de création d'un hit. La cerise (de la reconnaissance) sur le gâteau ! Vous trouverez ici l'interview qu'Alan White a donnée à RFI et le "Reach out" des Four Tops  que le magazine "Rolling stone" a classé parmi les 500 plus grands chansons de tous les temps. 



(1) Otis Williams des Temptations in "Motown" par Alan White, Textuel, 2016, 
(2) Page 32,
(3) C'est moi qui souligne,
(4) Page 131,
(5) Page 187.
Michael Jackson
Newsweek magazine
6 Juillet 2009
(après son décès) 

vendredi 13 octobre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Motown, l'usine à hit (6/44)

En partenariat avec
Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.


6. Motown, mythes et légendes…
Début 2009, la radio publique rend hommage à la maison de disques Motown, créée en janvier 1959 par Berry Gordy à Detroit dans le Michigan. Une "usine à hit" au milieu des usines automobiles les plus prestigieuses des États-Unis. Créée par un Noir qui se défendait de vouloir produire de la musique pour les Noirs, Motown a non seulement permis aux afro-américains de conquérir le marché de la musique, mais surtout d'entendre soul, R&B et pop sur quantités de radio dans l'ensemble des États-Unis. Ces radios locales, nationales qui, à l'époque, faisaient les carrières (et les ventes, bien sûr) des musiciens, chanteurs et autres groupes aux leaders charismatiques. Mais surtout Motown a été un acteur majeur de la déségrégation.

En France, en 1959, c'est surtout "Salut les copains" (1) qui va accompagner cette lame de fond, "exploitée" par les compagnies discographiques françaises qui proposaient aux chanteurs yéyé des textes français sur les musiques venues d'Angleterre et des États-Unis. La liste, ci-dessous, non-exhaustive, devrait vous faire rêver (2). Mais il y a un événement très grave qui a frappé "Motown" en 1967, ce sont les émeutes du 23 juillet qui ont plongé Detroit dans un apocalypse tragique.




en 2016, Adam White a publié , LA somme pour raconter l'épopée de Berry Gordy, Barney Ales et la myriade d'artistes Motown. Alors que "Detroit" le film de Kathryn Bigelow est sorti mercredi en France, White écrit dans le prologue de son livre (3) : "les flammes déchaînées qui s'élevaient de la 12ème Rue vers le ciel d'été, fournaise à 32°C, avaient exactement les mêmes couleurs que l'enseigne au néon surmontant le Chit Chat Lounge voisin. Seule la fumée noire s'élevant en spirales au-dessus du brasier rompait cet accord parfait entre flammes et électricité. Moins d'une dizaine de mètres les séparaient.

De l'autre côté de la rue, un autre incendie éventrait les devantures des boutiques. Celui-là était plus rageur, plus vif. Lui aussi gagna bientôt les toits. Au beau milieu de la rue, les gyrophares d'une voiture de police, seuls signes d'une quelquonque autorité à ce moment précis des émeutes de Detroit, en 1967".

Supplément spécial, demain, pour vous en dire 
un peu plus sur ce livre… 


(1) Émission de Daniel Filipacchi sur Europe n°1, 1959-1968,

(2) Les gendarmes, Claude François, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dalida, Régine,Françoise Hardy, Rika Zaraï, Richard Anthony, Sylvie Vartan, Lucky Blondo, Sheila, Hervé Villard, Line Renaud, Daniel Gérard, Les compagnons de la chanson, Nana Mouskouri, Nicoletta, Marie Laforêt, Hugues Aufray, Annie Cordy, Sacha Distel, Monty, Martin circus, Les chaussettes noires, Les chats sauvages, Dick Rivers, Patrick Topaloff, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Claude Nougaro, Franck Alamo, Dave, Annie Philippe, Michèle Richard, Corinne Sinclair, Petula Clark, Nancy Holloway, Les vautours, Burt Blanca, Les surfs, Dany Logan, André Claveau, Henri Salvador, Michel Pagliaro, Mireille Mathieu, Ginette Reno, Serge Gainsbourg, François Valéry,… et plus si affinités !

(3) Édité en France par Textuel, traduction de Christian Gauffre, octobre 2016. 400 pages. Sublime mise en page, iconographie somptueuse, histoire extraordinaire. Rien moins !

lundi 9 octobre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Che Guevara (6/43)

En partenariat avec
Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


3. Che Guevara : médecin, révolutionnaire, icône
Il y a juste cinquante ans, le 9 octobre 1967, Ernesto Rafael Guevara est tué par l'armée bolivienne à La Higuera (Bolivie). Il a 39 ans. Avant que le portrait qu'en a tiré Alberto Korda ne devienne un poster qui s'affichera dans bon nombre de chambres d'étudiants, la CIA et l'armée bolivienne ne savent pas que cet assassinat fera du Che une icône aussi définitive qu'Einstein, Marx ou Marilyn. En 67, pour un jeune adolescent, la Bolivie, l'Argentine où est né le Che, Cuba où il participa aux côtés de Fidel à la Révolution cubaine, sont très loin. On ne discute pas encore de politique internationale aux repas dominicaux et encore moins de communisme.


Éditions François Maspero



















Un témoin de l'époque, Régis Debray était en Bolivie avec le Che, quelques mois avant que ce dernier ne soit arrêté et exécuté. Le philosophe français n'a que vingt-six ans et est un ami de Fidel Castro. Il n'en faut pas plus pour que des rumeurs de trahison s'installent. C'est peu dire que la littérature et le cinéma n'en auront jamais fini d'épuiser le sujet (1). À la radio, vingt ans plus tard, Robert Arnaut dans ces "Chroniques sauvages", sur France Inter, raconte le Che avec plusieurs invités.

En intégralité et en exclusivité jusqu'au 30 octobre



Régis Debray à Camiri en Bolivie (29 août 1967)


En France, François Maspero libraire à Paris, puis éditeur a publié dès le début des années 60, les textes d'Ernesto Che Guevara.













13 juillet 1967 à Paris François Maspéro 
Conférence de presse retour de Bolivie  
Crédits : François Maspéro - AFP

(1) Deux références parmi l'abondance. Livre : Jean Cormier, "Che Guevara, compagnon de la Révolution", première parution en 1996, nouvelle édition en 2017, 
Collection Découvertes Gallimard (n° 272), Série Histoire, Gallimard, Parution : 14-09-2017. Au cinéma "Carnets de voyage" de Walter Salles, 2004.

vendredi 6 octobre 2017

Valero par ci, Valero par là… Chega de saudade

Oui, je sais, vous allez vous dire "Valero ? Mais Fañch t'en as pas déjà parlé tantôt ?". Bien, y'en a qui suivent. Et alors j'ai bien parlé mille fois de France Culture, non ? Je peux bien évoquer deux fois (ou trois) Laurent Valero, non ? C'est qui le rédac-chef hein ? Bon je vous explique il se trouve que lors d'un récent voyage en train, j'eus l'occasion de recommander à ma voisine de siège quelques bonnes choses à se mettre entre les oreilles. Alors que les médias se sont emparés d'une nouvelle tarte à la crème dite "syndrome du dimanche", j'évoque, avec elle, ce doux moment sur France Musique où l'on tend à l'universel, au tour du monde permanent, à l'ivresse, à la joie. Et à la paix assurément. Pas moins les bicquets, pas moins. Assez pour désirer. 



Comment raconter une histoire sans se raconter d'histoires ? Voilà le tour de force auquel Valero parvient quand le bruit ambiant des causeurs est devenu inaudible. Valero fait parler les conteurs qui, ici, s'appellent des chanteuses ou des musiciens. Il pose l'essentiel, donne deux trois clefs, ouvre le coffre et nous embarque dans l'aventure d'un standard qui démultiplie la richesse des interprétations, arrangements, chants et autres instrumentaux inédits. Benêts (ou incultes c'est selon) si nous connaissons trois, voire quatre interprétations d'un standard c'est bien le bout du monde. Avec ça, vaniteux, on biche et quelquefois même on pérore ! Là, plus de quoi fanfaronner les bicquets, Valero nous donne de très grandes "leçons" de standards et ceux-ci prennent une tournure extraordinaire. 

"Chega de saudade"… J'en suis à ma troisième écoute pour écrire ce billet. Antonio Carlos Jobim e Vinicius de Moraes, sont à l'honneur (1). La légèreté et la douceur d'Elli Medeiros posent le tempo de l'émission. Le ton est donné et Elizeth Cardoso de chanter le désir jusqu'à le magnifier. Je prends le rythme, tape en mesure sur l'ordi, claque des doigts, et essaye même de siffler. Si quelquefois j'ai pu entendre l'originale, j'ai tout appris du standard méconnu. ¡ Y viva bossa y nova ! Se présentent alors Joao Gilberto, Dizzy Gillespie, Lalo Shifrin, Jon Hendricks, Jacqueline Boyer, Jacob Do Bandolim, La Banda Tropicalista do Duprat, Helen Merrill, Gary Burton, Tania, Stan Getz, Rolando Faria, Vinicius De Moraes, Elis Prodon et Carmen McRae, et Zimbo trio…

N'en jetez plus la cour (des miracles) est pleine. Y'a plus de dimanche, plus de lundi. Valero tisse l'instant, la joie simple du moment. Émouvant, transportant, vibrant. Remettez deux thunes dans l'bastringue et réécoutez tout ça plusieurs fois. ¡ Caramba !

Ce dimanche ne loupez pas à 19h, "La rivière de la lune" dite aussi "Moon river", Oscar de la meilleure chanson en 1962… (Audrey Hepburn,  Johnny Mercer, Henry Mancini, Blake Edwards, Truman Capote,…)



(1) Diffusé dimanche 1 octobre, France Musique, 19h,

67/68 : une autre révolution culturelle… Woody Guthrie (5/44)

En partenariat avec
Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Woody Guthrie, 1912-1967

5. Cette machine tue les fascistes…
Pas sûr que Jacques Vassal, journaliste, spécialiste de musiques folk et populaire, ait en novembre 1967, dans Rock and Folk (1), écrit un papier sur le hobo solaire, merveilleux folk-singer américain de la première moitié du vingtième siècle qui, sur sa guitare, avait collé son credo "This machine kills fascists". Woody avait choisi son camp. Celui des déshérités, déplacés, exclus et autres abandonnés sur le bord de la route. Comme ceux décrit dans le livre de Steinbeck "Les raisins de la colère" et dans le film éponyme de John Ford (1940). La famille de Tom Joad (2) est contrainte de quitter l'Oklaoma (État d'où est originaire Guthrie) pour émigrer vers la Californie et tenter de retrouver travail et dignité.

Guthrie a écrit deux livres (3) qui racontent son parcours et ses engagements clairs contre la machine à broyer capitaliste. Dylan fera sa rencontre quelques semaines avant sa mort le 3 octobre 1967. On découvrira son fils, Arlo, dans le film du festival de Woodstock (août 1969) débarquant en hélicoptère (les routes sont bloquées) pour chanter "Coming into Los Angeles"… (4) Le 22 septembre 2000, "Surpris par… la nuit" d'Alain Veinstein sur France Culture, consacrait son émission au folksinger : "Le Protest Song : la révolte en chantant, de Woody Guthrie à Bob Dylan". Je guette quelle chaîne du service public rendra, ces jours-ci, hommage à Woody ?



(1) N°12 de novembre 1967. Je dis "pas sûr parce que, pour l'instant, je n'ai ni trouvé le sommaire de ce numéro, ni le n° ! Ce mensuel qui, en novembre 67, fête sa première année d'existence a été fondé par Philippe Koechlin (1938-1996). Son titre Rock&Folk donnait la garantie de rapprocher les aficionados de l'une et l'autre musique ou de les diviser à jamais et de les inciter à acheter… "Best",
(2) Bruce Springsteen en a fait une chanson, "The ghost of Tom Joad". Si vous aimez ce chanteur cette "Grande Traversée" de Judith Perrignon où il sera question de Tom Joad vous passionnera,

Réédition de 2012

(3) Ces deux livres ont été traduits par Vassal. Woodie Guthrie, En route pour la gloire : autobiographie, Albin Michel, 1973. Woodie GuthrieCette machine tue les fascistesAlbin Michel, 1978. "En route pour la gloire" a donné lieu à un film américain réalisé par Hal Ashby, sorti en 1976 et interprété dans le rôle de Guthrie par David Carradine (la ressemblance n'était pas frappante),

(4) J'ai choisi cette vidéo car on y voit Arlo à son arrivée à Woodstock, ensuite il y a d'autres extraits du festival. Août 69 : le mouvement hippie est presque mort. Le concert des Rolling Stones à Altamont (Californie) et le meurtre de Mérédith Hunter, fermera violemment la page de l'utopie du flower power.

mardi 3 octobre 2017

Krafft en quête… Quatre reportages sur les migrants

Raphaël Krafft n'en finira sans doute jamais de creuser ses sillons d'humanités surtout quand celles-ci persistent dans l'inhumanité. La série documentaire (1) sur France Culture cette semaine abordera quatre situations d'urgence de migrants : sur l'Aquarius, à Paris, au Pays Basque (nord) et chez Hubert à 25km de Nice. Des témoignages sensibles en contrepoint d'une mécanique de paroles qui superpose commentaires et analyses et oublie juste d'écouter les premières victimes de ces migrations sauvages. (Les players d'écoute seront disponibles sur cette page quelques minutes après la diffusion de lundi à vendredi des émissions en flux).

Sur l'Aquarius, photo @R. Krafft


















1. Reportage sur l'Aquarius*, 12 septembre 2017,
Au large des côtes lybiennes comme ailleurs dans le monde, Krafft aime toujours comprendre les mécaniques qui régissent les opérations humanitaires, civiles ou militaires qui s'incrustent depuis des années dans de nombreux pays de par le monde (Afghanistan, Mali, France,…). Pour ce reportage il lui fallait être en situation en Méditerranée pour appréhender, de visu, les opérations de sauvetage des migrants. On comprend l'organisation des secours, les enjeux géopolitiques et on reste édifiés des témoignages de ceux qui secourus trouvent encore la force de raconter les épreuves insurmontables qu'ils ont subies. Le monde a fini par s'habituer à ce désastre permanent et on continue encore à se demander pourquoi aucune solution collective internationale n'a pu être trouvée. Sauf à considérer que la misère soit le repoussoir absolu pour les pays riches. 

L' Aquarius, navire humanitaire est affrété par SOS Méditerranée et opère en partenariat avec Médecins Sans Frontières,


Rahman berger d'Afghanistan à Paris, photo ©R. Krafft


















2. Le Paris fragmenté des exilés 
Le télescopage permanent des Parisiens, de leur vie trépidante et celle apeurée des exilés qui résistent tant bien que mal à leurs conditions de survie, prend ici encore plus de sens puisqu'il nous faut bien entendre et mieux, écouter. Elles, ils ont beaucoup à dire. Krafft nous donne à entendre comment les communautés originelles de ces exilés tentent de se reconstituer sur le trottoir parisien. Être des points de contact visibles. Accueillir pour se soutenir, se retrouver, pour tenter de rompre le désespoir. On peut être surpris d'entendre le plus souvent des gens qui s'expriment très calmement. Même quand ils reconnaissent qu'ils ne sont plus rien, qu'ils se détestent et supportent, résignés, les insultes des riverains. Ceux qui jouent d'un instrument ou chantent gardent sans doute le lien ultime avec leur langue et leur pays d'origine.





Les réfugiés à la boucherie Petricorena,
St Etienne de Baïgorry ©R. Krafft



















3. L'accueil au village, l'exemple de Saint-Etienne de Baïgorry
Guillaume Baldy, réalisateur de ces quatre documentaires, découvre comment les cloches sonnent, plusieurs fois par heure, dans les villages de France. C'est selon mais, c'est quelque chose qui perdure et vient de loin. À Saint Etienne de Baïgorry (1) sans qu'il fût nécessaire de sonner les cloches, sans tambour ni trompette, sans effet d'annonce, les habitants de ce village du Pays Basque (nord) ont mis en acte leur solidarité pour accueillir, comme ils l'avaient déjà fait en 1993 pour des bosniaques et en 2015 pour des migrants de Calais. "C'est un village de militants, de gens qui s'engagent, qui s'organisent…"

Bernadette Mousques, conseillère municipal, lit la lettre envoyée aux habitants par le maire : "Après tout on peut se rappeler que des milliers de basques ont été les migrants des Américains, que nous avons accueilli dans notre histoire des migrants italiens, polonais, bosniaques et plus près de nous espagnols fuyants la guerre civile…" Les basques n'ont pas, semble-t-il, la mémoire courte ! Les témoignages des habitants et des migrants sont touchants de sensibilité et d'humanité. L'expérience montre qu'elle pourrait être reproductible dans tant de villages en France.

(1) Le mot "Baigorri", dans sa forme francisée "Baïgorry", vient du basque "ibai gorri" et signifie "rivière rouge".

Le player de l'émission sera disponible ici quelques minutes après la diffusion de l'émission



Haider, jeune Afghan photo @R. Krafft


















4. La liberté au prix d'un mensonge
L'histoire troublante d'Haider pour la liberté, l'accueil sur la longue durée d'Hubert et une explication du dédale administratif invraisemblable pour obtenir le statut de réfugié…

lundi 2 octobre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Paysans révoltés (5/43)

En partenariat avec
Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Alexis Gourvenec, leader paysan du Nord Finistère,
à sa sortie de la sous-préfecture de Morlaix, juin 1961

5. Paysans : révoltes et modernité
"Les jeunes agriculteurs veulent entrer dans la modernité, désirent ne plus être en marge et entendent peser sur les décisions politiques les concernant" (1), à l'instar de Michel Debatisse, leader paysan, issu des organisations catholiques agricoles (JAC, MRJC) et du syndicalisme agricole (CNJA, FNSEA) (2). En Bretagne, dès les années 50 ces mouvements et ces organisations sont en pointe (3). Elles tiennent l'agriculture et les paysans eux-mêmes. Le 2 octobre 1967, à Quimper (Finistère) une "gigantesque émeute paysanne se heurte violemment, très violemment même, à la police. 283 blessés, dont 2 grièvement, sont recensés. La préfecture est incendiée. C'est lourd. Cela préfigure ce qu'est la Bretagne révoltée." (4) Et à Redon dès juin 1967.

Jean-Philippe Martin dans "Les contestations paysannes autour de 1968" écrit "Dans les années 1968, certains [paysans] ne sont pas restés à l’écart du mouvement de contestation. Des luttes et des revendications paysannes ont contesté la politique agricole du gouvernement, voire la société dans son ensemble et la place des paysans dans celle-ci. Même si ces contestataires furent une minorité, il s’agit d’une minorité agissante et parfois influente. Certains d’entre eux s’affirmaient même de gauche, anticapitalistes, voire révolutionnaires, recourant parfois à un langage marxisant".(1)

La Bretagne en révolte (1965), en exclusivité et intégralité jusqu'au 31 octobre,



(1) Jean-Philippe Martin, "Les contestations paysannes autour de 1968. Des luttes novatrices mais isolées", Histoire & Sociétés Rurales 2014/1 (Vol. 41), p. 89-136
(2) Secrétaire général de la Jeunesse Agricole Chrétienne (JAC) en 1956, il a été secrétaire d’État aux Industries agricoles et alimentaires du troisième gouvernement Raymond Barre, du 22 octobre 1979 au 13 mai 1981.
(3) «Révoltes paysannes en Bretagne» par Fanch Elégoët, éditions du Léon à Plabennec, 1984,
(4) Ouest-France, 3 octobre 1967,

samedi 30 septembre 2017

De l'epectase à la luxure… (T'as le bon titre, coco)

Rien que ce titre hein, c'est du Chaumelle tout craché. J'y touche pas mais si vous m'écoutez bien vous attraperez mon histoire… particulière. Olivier Chaumelle est lui aussi particulier. Singulier même. Produire un doc sur le cardinal Daniélou lui va comme un gant. Ce sujet était pour lui. Et pour une fois je crois que je vais plus vous parler du producteur (que je connais un tout petit peu) que de son sujet que vous écouterez aujourd'hui et demain (1).

Jean Danielou


















De Daniélou, cardinal mort chez une prostituée en 1974 aux premiers jours de l'ère Giscard, Chaumelle aurait pu faire toute une histoire. Du point de vue du clergé. Du point de vue des prostituées. Il a choisi l'angle du fait divers sans l'alourdir de la morale religieuse ni, sans le moquer de la vindicte populaire ou de sa gauloiserie. Délicatement. Même si quelques chansonniers n'ont pu résiter. Chaumelle pose dans son récit quelques petits cailloux. Blancs. Subtil, il va jusqu'à camper Daniélou en quidam. Banal. Humain. Nu des oripeaux de son office. Pas besoin de forcer le trait. La vertu cardinale croise la luxure et l'epectase est proche. 

Chaumelle ne rit pas. Il a rassemblé tous les contempteurs. Avec François Teste, réalisateur, il "superpose" les observateurs patentés. Mais aussi Gainsbourg, Birkin, Daniélou et Chancel (2). Superposer, l'époque se prête à ça. Une morale religieuse prégnante, une libération sexuelle de plus en plus assumée, un président jeune et moderne, le déclin du prestige des élites, la fin des utopies, le scandale permanent. Ce mélange des genres devenu quarante ans plus tard l'alpha et l'oméga de la société tout entière. De tout ça Chaumelle tire une farce feutrée, calme, loin des moqueries faciles et des accusateurs de tout poil.

Sûr que le producteur aurait aimé confesser le prélat. La calotte et la luxure, voilà de quoi enfiler les perles de plusieurs chapelets chez Chancel (2). Chaumelle n'a pas besoin de l'emphase d'un Bellemare, de la gourmandise d'un Villers, ou de la tournure d'un Gougaud. Il lui suffit de susurrer l'événement et ce sont ses personnages qui racontent. Pour un samedi et un dimanche c'est parfait. J'arrive même à accepter qu'on ait pu couper l'heure en deux… sur deux jours. Chaumelle a désacralisé le cardinal qui, n'ayant pu aller au ciel n'est peut-être pas encore au Paradis.




(1) "Une histoire particulière", samedi et dimanche, 13h30, France Culture, 
(2) Journaliste, homme de radio et de télévision. A animé "Radioscopie" sur France Inter de la fin des années soixante au début des quatre-vingt-dix.

vendredi 29 septembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Les conteurs (4/44)

En partenariat avec
Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

1967, 45t "Béton armé"
4. Les conteurs
Avec ce titre je vais commencer par faire une toute petite "entorse" à la radio. "Les conteurs" a été une formidable émission de télévision (N&B) d'André Voisin (1), qui a enregistré plus de soixante-douze conteuses et conteurs, de 1964 à 1974. Je vous parle d'un temps… (2). À la radio, un conteur, a traversé les années 70 et 80 sur un petit nuage occitan, je veux parler d'Henri Gougaud. Avec Claude Villers (3), avec Jacques Pradel, il donne le ton, l'accent, doublés d'une écriture poétique et sensible.

Mais je n'aurais jamais imaginé que Gougaud ait pu être chanteur, car je ne l'avais jamais entendu chanter. En septembre 1967, il est l'invité de "L'heure d'Ile de France" (player ci-dessous). Pour ce billet, j'ai découvert, qu'avant son beau métier de conteur il avait non seulement poussé la chansonnette mais aussi "offert" à Reggiani "Paris ma rose"… Quant à l'émission son titre est succulent ! Comme si la plupart des émissions de l'époque n'étaient pas "D'Île de France" ?

En exclusivité et en intégralité



Le 1er février 2015, Jean Lebrun, producteur à France Inter recevait, dans le cadre du Festival Longueur d'Ondes à Brest, Henri Gougaud. Quand un conteur rencontre un autre conteur qu'est-ce qu'ils se racontent ? Les amoureux de radio noteront, en écoutant leur rencontre, que Gougaud évoque la maladie de Gérad Sire, autre conteur, scénariste et homme de radio. À la rentrée 1977, sur France Inter, Sire est contraint d'arrêter l'antenne et l'émission, "Nouvelles fraîches", que Pierre Wiehn, directeur de la chaîne lui a confié, à 13h30 en semaine. Il décèdera le 22 novembre 1977.

Pour le remplacer, Wiehn pense à Gougaud qui accepte de "raconter des histoires" à cette heure-là, tout en sachant qu'"en face" deux autres ténors captivent leurs auditeurs respectifs, Bellemare sur Europe 1 et Zitrone sur RTL. Sans assistante et sans bureau l'expérience s'avèrera concluante. Au point que, dès la rentrée de janvier 1978, Wiehn lui attribuera un bureau et une assistante : Marie-Christine Thomas.




En 2017, il n'y a pas besoin d'être un enfant pour (re)lire "Les contes de la rue Broca" de Pierre Gripari parus il y a… cinquante ans. Quelques titres de ces contes : La Sorcière de la rue Mouffetard, Le Géant aux chaussettes rouges, La Paire de chaussures, Scoubidou, la poupée qui sait tout, Roman d'amour d'une patate, Histoire de Lustucru… Toujours disponible en librairie.


(1) Ancien directeur des programmes de l'ORTF entre 1961 et 1968,
(2) Disponibles sur InaPremium (abonnement),
(3) Sur France Inter "Pas de panique" 1973-1976, "Marche ou rêve" 1976-1978, un feuilleton "Le voyageur immobile" 1979-1980, puis producteur de ses propres émissions sur la même chaîne "Le grand parler", "Ici l'ombre", "Tout finit par être vrai". Durant les étés 2016 et 2017, il co-présente l'émission "Les Aventuriers de l'inconnu" sur RTL aux côtés de Jacques Pradel, une émission consacrée aux phénomènes surnaturels, aux esprits, fantômes,…