jeudi 16 juin 2016

Place de la République… Place à prendre

Place de la République, Paris, juin 2016 ©Gilles Davidas
















Ça démarre, ça commence… Quelques traces, quelques mots pour tourner autour. Et puis cette façon de dire "République, Place de". Clémence Gross et Julie Beressi ont refait l'histoire de cette place parisienne qui, depuis le 31 mars vibre. "Comme une sœur que l'on aime", "Place à prendre" (1). 280m x 120m.

Un architecte décrit la situation physique de la place, ses fonctions, sa localisation dans "trois arrondissements aux sociologies particulières". Clémence et Julie nous installent dans la Place. A place to be. Pourquoi elle est devenue, focale, vivante, rassembleuse ? Pourquoi elle vit de ses passages, déambulations, traversées ? Clémence et Julie tissent et métissent le lieu d'autant mieux qu'on en a une représentation physique. On marche avec. Et on se prend en pleine poire, comme si on y était, ce slogan d'un SDF "Ils nous ont promis la lune, on a même pas vu une étoile".

On monte en tension, en humanité, en rage. Latente et étouffée. En cris. En foule. En manifestations. En slams. En poésie. (Tous poètes, Léo. Tu serais fier.) La statue de la République des frères Maurice est dans l'axe du boulevard Voltaire. Mais comment s'y taire ? "Liberté, Égalité, Fraternité". Lila nous explique le sens de ces trois mots. La vérité sort de la bouche des enfants! (Si les adultes voulaient bien les écouter).


Place de la République, Paris, juin 2016 ©Gilles Davidas

















Après 76 jours de #NuitDebout, sur la Place (2), Gross et Beressi ont su prendre de la hauteur (et de la profondeur) pour nous dire ce lieu. Nous le dire c'est, une fois encore, bien mieux que le montrer. Nous le dire c'est raconter par l'événement comme par les traverses, les histoires, les strates, les mémoires. Populaires et académiques. Ensemble. Croisées (3). Tricotées. Détricotées.

Le doc de Clémence Gross et Julie Beressi est émouvant, parce qu'à l'écoute de la Place depuis 76 jours, il nous manquait ce regard (cette écoute) dans tous les sens de l'histoire. Ce regard aiguë, curieux, global et détaillé. Ce regard qui fait le sel d'un documentaire. En fait un écrin précieux pour la mémoire. Pour l'histoire. Pour y revenir avec la certitude d'y retrouver un peu de sa propre histoire. Avec ses joies, ses peines, ses histoires, ses illusions, ses désillusions. 

Un documentaire à la radio c'est bien plus qu'une émission de radio. C'est un objet sensible. C'est précieux et indispensable. Comme un livre. Comme un film. Comme un journal intime. Où l'on écrit comment on est bouleversé. Merci alors, Clémence et Julie, d'avoir réussi ce bouleversement-là. Avec autant de tact et de tendresse.


Place de la République, Paris, juin 2016 ©Gilles Davidas
















(1) France Culture, "Sur les docks", ce soir 16 juin 2016, 17h
(2) Du 1er avril au 15 juin 2016,
(3) "Le Lion représentant le peuple" d'accord. Mais, j'ai envie de dire "C'est pas des lions qui nous représentent".



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