samedi 12 août 2017

Le temps d'une chanson…

Fallait pas, Fañch, fallait pas "mettre deux tunes dans le bastringue" et refaire le chemin à l'envers. Appeler Gilles Davidas et lui dire "C'était comment "Avec tambours et trompettes" ?", et au débotté, Janine Marc-Pezet, "Allez Janine, hop ! "En avant la zizique", raconte". Mais j'pouvais plus appeler François-Régis Barbry "La mémoire en chantant", Jean-Louis Foulquier "Y'a d'la chanson dans l'air"… (1) La chanson m'est entrée dans l'cigare en même temps qu'la radio. Un jeudi. Avant-hier. Depuis je chante et j'écoute chanter. Alors quand la chanson entre en ondes je tends encore plus l'oreille. Mais faut pas m'raconter d'sornettes. Faut pas. Faut juste (me) raconter une histoire et surtout savoir la raconter… Avec grâce et talent.

À Céline L., fidèle auditrice de radio et lectrice de ce blog *

Par Alain Poulanges





















"Avec tambours et trompettes" Jean-François Kahn (producteur) et Gilles Davidas (co-producteur et réalisateur), c'était le samedi matin à France Inter. La verve et la fougue de Kahn, la passion de Davidas. Un fait d'actualité au tamis de chansons. Ça virevoltait. L'érudition était là. Pas matraquée. Juste présente. Et l'Histoire prenait une autre tournure.

Quant à "En avant la zizique" le duo Poulanges/Pezet faisait des miracles avec une production au zénith. Alain à l'écriture et au micro, aux archives Janine butine. Et que ça swingue, troubadours. Et ça swinguait grave, léger, joyeux, nostalgique, vivant, enchanté. Il y a quelques semaines j'ai acheté à une amie une petite machine-à-laver-radio-cassettes-Cd-aspirateur. J'utilise pas encore la première et la dernière fonction, mais après avoir entendu Janine et son bel accent cévenol, j'ai fouillé dans le grenier de ma mémoire (2) et surtout dans ma malle radiophonique. J'ai (re)trouvé les neuf cassettes-émissions spéciales Léo Ferré. 1993 (3). Presque vingt-cinq ans. 

Vas-y mets la cassette en place. Attends quelques secondes avant d'enfoncer "Play". Vite fait le compte à rebours. Défilent les années. En mai 93, tu faisais le beau sur les quais Fañch, (sans Kazan, ça c'est pour Marc Voinchet !), tu chantais presque chaque jour "La mémoire et la mer". Chaque jour devant le Phare du Four qui sépare la Manche de l'Océan. Allez "En avant la zizique"… Et d'abord l'indicatif merveilleux d'Hugues Le Bars (4).



Cette émission c'était tout sauf les artistes en promo. Juste le temps d'une chanson. Et m'enquiller neuf heures de Ferré sur tous les tons (5). Cette nuit, ce matin j'y suis encore. La chanson c'est aussi la grande lessiveuse. Ça permet de raviver les souvenirs, d'en enterrer d'autres. Ça permet des images en sépia, en N&B et en couleurs. Ça permet de prendre un vers ou deux et d'y boire doucement. Pour voir. Pour voir si ça marche ou se convaincre que ça va marcher. Ça permet de s'envoler. Loin, haut. Très haut…

"La marée je l'ai dans le cœur qui me remonte comme un signe…" (Ferré)
 


* Céline me fit remarquer il y a quelques jours que "malgré tout" je n'avais pas trop lâché l'écriture cet été ! Ben si, un peu quand même.

(1) "Avec tambours et trompettes" 1978-1981 (Davidas n'a pas réalisé les 4 saisons de l'émission, ni celles de Vivaldi d'ailleurs), "En avant la zizique" 1992-1995, ces deux émissions sur France Inter, ainsi que "Y'a d'la chanson dans l'air" 1978-1982. "La mémoire en chantant", France Culture, le samedi matin, 1982-1995, 

(2) Clin d'œil à Karine Le Bail, "Les greniers de la mémoire", France Musique,
(3) Ferré mourra 2 mois plus tard, le 14 juillet…
(4) Un peu raboté à la fin, "Le temps d'une chanson", chanté par Gainsbourg, est ici cuté !
(5) Du 11 au 21 mai 1993, France Inter, 0h15-1h,

vendredi 11 août 2017

Summer of love… (5/5)

The end. Pas celle des Doors dans "Apocalypse now" de Coppola. Pas celle du "flower power" qui s'est éteint tragiquement à Altamont (E.U.) en décembre 69 au concert gratuit des Stones, avec la mort de Meredith Hunter, poignardé par un des membres du "service d'ordre" (Hells Angels). The end. La fin, aujourd'hui, du récit de Simon Rico sur le phénomène hippie. 14h59… On air… (1)


Janis sur l'affiche du film de Pennbaker…


















En introduction de ce dernier épisode, Simon Rico nous fait entendre le journal de France Inter du 7 décembre et constate que la mort d'Hunter est ignorée par les journalistes du journal. Il est bon de rappeler qu'en ces années-là la musique de "sauvageons" était enfermée dans le Pop-Club de José Artur. Il avait fallu la détermination de Claude Villers (2), en poste au bureau de l'ORTF (Office de Radio et Télévision Française) de New-York pour défier l'ordre de son chef Jacques Sallebert et se rendre en loucedé au festival de Woodstock (15-17 août 69). Ce que Sallebert appréciera le lundi suivant quand "Paris" attendra de pied ferme des reportages "live" de ce festival.

The dream is over et le "Sugar man" (Sixto Rodriguez) a beau faire le "bilan" de la désillusion de l'utopie libertaire des sixties, la descente sera dure à supporter. Les vieux démons n'étaient pas morts. L'impérialisme dominant raye de la carte les freaks, et autres babas-cools avachis, et se prépare à remettre le fric au-dessus de tout. En France, les communautés ont encore quelques beaux jours devant elles. Actuel, le mensuel de Jean-François Bizot, tiendra haut le flambeau de la free-press inspirée du modèle américain. En même temps, le folk et le revival de la musique bretonne (3), prolongeront quelques années l'utopie d'une nouvelle société. Pas tout à fait celle que Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre du Président Georges Pompidou, veut en 1969, mettre en place et qui restera une idée politique sans lendemain. "She's a rainbow" (Rolling stones).


Amougies (Belgique), oct 1969, par "Actuel"















Maintenant quelques mots sur le principe de l'émission. Mais qu'est-ce que c'est cette "Série musicale d'été" sur France Culture ? Une séquence musique entrecoupé d'un récit ? Un récit sur des histoires de musique ? Je dirais après écoute attentive que le prétexte est de proposer cinq fois une heure de musique. De proposer un thème ou un sujet. Et de raconter une histoire. Il y a beaucoup de musique, qui s'en plaindrait ? Mais le récit paraît "court". "On" reste souvent sur sa faim. On voudrait en savoir plus. Si les musiques ont toute leurs place, elles sont connues et justifieraient, peut-être, d'apparaître en "fond sonore", en illustration. Faut-il les entendre toutes en intégralité au risque de noyer le récit ?

La musique "on" la connait, l'histoire un peu moins. Ou pas assez. Ou pas complètement. Alors pourquoi le récit ne prime t-il pas sur la musique ? Pourquoi quelquefois apparait-il "minuscule", trop à la surface de l'histoire connue quand il s'agit d'évoquer Billie Holiday ? Comment écrire encore sur un tel personnage sans friser la "banalité" ? C'est quoi ce "partage" entre "Grande traversée" et "Série musicale" ? Dans le premier cas une écriture (souvent) incarnée, dans l'autre un récit plus "léger", plus "facile", moins "fouillé" ? Je mets beaucoup de guillemets parce que mes points de vue ne sont pas tranchés. "Mes chers auditeurs", qu'en pensez-vous ?

Demain billet spécial "Summer of music" à 9h…



(1) J'avais écrit mon chapeau avant d'écouter l'émission en direct !
(2) Producteur à France Inter des années 60 aux années 2000,
(3) Alan Stivell participe aux "Hootenanny" de Lionel Rochman, à Paris (Boulevard Raspail si je me souviens bien !)

En 1991, "Rétro" proposait une émission de 25' sur "le mouvement hyppi", rediffusée le 26 juin dans les "Nuits de France Culture"…

jeudi 10 août 2017

Summer of love… (4/5)

L'histoire continue… Le "Summer of love" raconté par Simon Rico sur France Culture, depuis lundi, nous fait plonger dans la contre-culture qui a bouleversé la culture établie, rangée, esthétique, bourgeoise et officielle. En France, il faudra la prise en main d'"Actuel" par Jean-François Bizot en 1970 pour qu'on "commence à comprendre" ce qui s'annonce comme une révolution culturelle (sans Mao !) 14h59… on air.

Mai 1972






















Prendre, même à petite dose, du "Teenie Weenie Boppie" de France Gall et, le risque était grand de finir en H.P. (hôpital psychiatrique). "Ça se vend ça ?", aurait dit Coluche. Ce que la variétoche pouvait être con dans les années 60 (et 70) ! Cette façon de ridiculiser le LSD… ridiculisait les écervelés qui torchaient des paroles pour yé-yé ligotés par leurs maisons de disques, juste hallucinées par le fric facile qui dégoulinait à flot. Pas donné à tout le monde de poétiser avec "Lucy in the sky with diamonds" (Beatles).

Simon Rico reprend les origines de l'histoire des drogues dures qui finiront par installer une économie "parallèle" exponentielle et florissante. Le cannabis excite "Actuel" et va donner l'occasion d'un formidable mouvement de "retour à la terre" (en Ardèche et ailleurs) pour cultiver la petite plante d'ornement… psychique. Ferré, lui qui ne fume que des "Celtiques" chante "C'est extra". Il demande à son orchestrateur Jean-Michel Defaye "Compose moi quelque chose dans le style des Moody Blues, tu sais « Nights in white satin» ("Les moody blues qui chantent la nuit comme un satin de blanc marié"). Des bonnes influences du rock anglais, sans forcément avoir besoin de "Sister morphine" (Rolling stones).

Demain, pour le dernier épisode de la série "Hippie, hippie shake", je m'attacherai un peu plus à parler de la production de ces "Séries musicales d'été".
(À suivre)

mercredi 9 août 2017

Summer of love… (3/5)

Tiens j'entends une Harley-Davidson qui démarre (coucou Daniel Mermet, Là-bas si j'y suis) dans l'indicatif de "Summer of love" le troisième épisode d'"Hippie Hippie shake" dont Simon Rico a tissé le récit pour ce feedback sur les sixties, chaque jour sur France Culture… 14H59… on air.


Alain Dister


















Un peu "Break on Through (To the Other Side)des Doors ne peut pas faire de mal à notre "jeunesse" en lutte contre la traduction en français des meilleurs titres de la musique anglaise et américaine. Anthony, Dassin, Hallyday, Rivers, Gall et autres Vartan épuisaient notre patience à traverser la Manche ou l'Atlantique pour l'île de Wight ou pour Monterey ! Le "Summertime Blues" d' Eddie Cochrane nous permettait d'approcher les filles de très près, bien mieux qu'"en allant siffler sur la colline" au risque de laisser passer l'assassinat de Martin Luther King en avril 68. Même si les organisations d'éducation populaire nous tiraient par la manche.

Avec "We shall over come" (Joan Baez) on sentait bien qu'il allait falloir passer du seating baba à un peu plus de conscience politique. Mais au moins notre musique envoyait valdinguer la musique has been de nos parents même s'il y avait parmi de grands noms du jazz. On était mûrs pour changer le monde, une tonne d'utopies dans nos sacs à dos d'apprentis routards. La Californie et San Francisco étaient très très loin même si Maxime Le Forestier faisait de son mieux pour nous projeter dans sa "Maison bleue adossée à la colline…" Et on se fiche bien que Dylan ait abandonné sa gratte sèche pour une guitare électrique. Son "Subterranean Homesick Blues" est de la même veine.

Comment ne pas devenir anti-militariste avec un va-t-en guerre comme Johnson, Président des États-Unis "par défaut" qui, au Vietnam, envoie à la boucherie par "Phantom" entiers  la jeunesse américaine qui ne s'en remettra jamais. Alors l'hymne de Country Joe Mc Donald "I Feel Like I’m Fixin to die Rag" nous électrise quand au cinéma (octobre 1970) on découvre le Festival de Woodstock (août 69). Je l'ai écrit hieravec la musique, notre conscience s'aiguise mieux qu'avec tous les cours d'histoire poussiéreux de nos profs dépassés ou, avec la vision passive des "actualités télévisées" muselées par le gouvernement français de la France gaulliste.

"All together now", ce slogan, qui finira par se traduire en français dans les manifs, vient en écho du "Come togetherdes Beatles (Album "Abey road"), qu'à la rentrée 69 nous avons écouté mille et mille fois. La musique de ces années-là est non seulement le marqueur de l'émancipation des adolescents avec leurs parents, mais aussi celui d'un changement radical de modèle de société, même si le "changement" sera long, très long à venir à venir. "Soul sacrifice"
(À suivre)

mardi 8 août 2017

Summer of love… (2/5)

Hier j'ai ajouté une vidéo suggérée par le récit de Simon Rico pour le 1er épisode de "Summer of love" diffusé cette semaine sur France Culture à 15h. On y voit Philippe Labro, journaliste, directeur de RTL, parolier de Johnny et écrivain allant un peu vite en besogne en mettant à "la même sauce" beatnicks et hippies. Mais vu de France qu'importe. Cinquante ans après Rico revisite le phénomène. 14h59 : on air…


Barry Miles, Hachette, 2004




















Pas sûr qu'à l'instar de Steppenwolf, les hippies soient nés pour être sauvages (Born to be wild). Ou alors de doux sauvages. Pour juste remettre la nature au cœur de leurs errances communautaires et philosophiques. Du point de vue de l'époque le rock a déjà tout balayé. Le jazz garde sa place et ses aficionados. Sinatra est obligé de faire allégeance à Elvis. Quant aux garçons de plage (Beach boys) en tout genre ils sont bien obligés de se rendre à l'évidence, les Beatles sont dans le jeu mondial.

Simon Rico, le producteur de la série, nous raconte que, Rue de la huchette (Paris), chez "Popof", ce serait le lieu de "rassemblement" des beatnicks du monde entier. Beatnicks "précurseurs des hippies" qui courent après la liberté dans des sociétés occidentales verrouillées par la chape de plomb d'une morale conservatrice et réactionnaire. La musique "sans frontières" va, petit à petit, faire tomber les murs, les chapelles, la ségrégation raciale et… l'eau de rose. Mais la guerre du Vietnam plombe les finances des États-Unis et le moral des troupes, radicalise ses opposants, jeunes, qui refusent absolument d'approcher l'apocalypse infernal. Le combat pour les droits civiques aux États-Unis cristalise un conflit générationnel, résultat du baby boom d'après la deuxième guerre mondiale.

Au-delà des étymologies que brosse Rico, le mouvement hippie arrive au meilleur moment pour rejeter le consumérisme galopant, un capitalisme indécent, suggérer une prise de conscience écologiste et un regard émerveillé sur les philosophies orientales qui bouleversent les certitudes et les croyances… des Blancs. La beat generation est née. Chantée par Bob McFadden et Dor et racontée par Kerouac. Histoires croisées d'une Amérique (du nord) en pleine ébullition. Peace and love remplace God bless you. Et Dylan, un prophète, chante "The Times they are a Changin’… et les Byrds planent "Eight Miles High".
(À suivre)

Excepté l'adorateur français des "Ricains" retrouvez ici la play-list de l'émission…

lundi 7 août 2017

Summer of love… (1/5)

Je l'ai écrit il y a quelques jours pour la "Grande traversée" Springsteen. Quelquefois on se prépare pour écouter une émission de radio, comme on se prépare à voir un film ou à aller au concert. Pour cette série de cinq émissions (réalisées par Gislaine David) que diffuse France Culture jusqu'à vendredi, j'ai fait le pari que ça va me plaire et que j'aurais envie de vous en parler. J'ai échangé avec le producteur, Simon Rico, vendredi dernier. Il a eu beau naître au début des années 80, j'ai l'impression qu'il s'est emparé de son sujet avec l'attention et l'intention de comprendre un "phénomène" même sans l'avoir vécu. Il est 14h59. On air…



Pour me remettre dans le bain, outre la musique, j'avais le choix : relire "Je veux regarder Dieu en face" de Michel Lancelot ou "Oh Hippie day" d'Alain Dister (1). J'ai choisi le second. Dans les deux cas le décalage avec la France est énorme. En 1967, à 19h25, sur France Inter, on écoute Johnny (Halliday) au hit-parade présenté par Gérard Klein, à 22h30 sur la même chaîne on a toutes les chances d'écouter au Pop-Club (José Artur) "San Francisco" de Scott McKenzie. L'original et sa copie franchouille-tendance. Choisis ton camp camarade, la pop ou le hit !

Rico ne s'est pas trompé le "Summer of love… frenchy" c'est bien Johnny qui squatte les ondes de la radio (2) ! Le premier "reportage" d'archives de l'Ortf (vidéo ci-dessous) montre la caricature "vu de Paris" du chromo de San Francisco ! Tous les clichés sont là et bousculent surtout le bel ordre établi par la morale… bourgeoise et réactionnaire. Et l'on préfère le "California dreamin'" des Mama's and the Papa's à la "Terre promise" en sucre de Richard Anthony. Tout se tient à Haight-Ashbury quand, jeune adolescent pubère, nous imaginions que la Californie c'était juste le Far-west !

En clair, la guimauve de Johnny a balayé toute possibilité de comprendre l'émergence du "phénomène hippie" sauf à lire "Rock & Folk" (3) et "Actuel" (4) et à défaut de se rendre au festival de Monterey (16/18 juin 1967). Le "Cuckoo", que Rico a sélectionné pour sa programmation, chanté par Janis (Joplin), je crois bien que je l'ai d'abord entendu par… Steve Waring ! Dans cette émission on entend beaucoup de musique (trop ?) et vous ne serez pas surpris, mes chers auditeurs, que j'ai très envie qu'on m'en raconte un peu plus ! Mais c'est je crois le concept de l'émission, "De la musique avant toute chose" aurait dit Verlaine.

Et pour attendre demain, cette petite perle à écouter sur la page de l'émission : The Animals "San Franciscan Nights"…
(À suivre)







(1) Paru en avril 1968 chez Albin Michel. Lancelot reprendra, trois semaines après sa création par François Jouffa, début avril 68, "Campus" sur Europe n°1, du lundi au vendredi, 20h15/22h30. Le livre de Dister est paru en 2001, chez Fayard,
(2) À moins bien sûr d'écouter Radio Caroline en ondes moyennes. Mais en France Europe n°1, RTL et sans doute Radio Monte-Carlo matraquent "Johnny"…
(3) Mensuel créé en 1966 par Philippe Koechlin,

(4) Mensuel créé en 1967, et repris en 1970 par Jean-François Bizot qui en fera l'organe français de la free-press,

vendredi 4 août 2017

Radio France vs la représentation nationale : un soap-opéra (4/4)

Dernier épisode du soap-opéra tragi-comique de l'audition de Mathieu Gallet, Pdg de Radio France à la "Commission des affaires culturelles" de l'Assemblée nationale le 26 juillet. Quinze député-e-s s'interrogent sur l'avenir de la radio publique. On le verra, tous n'obtiendront pas de réponse. À quoi servent donc ces "Commissions" ? À des jeux de rôles ?


La commisison du 26 juillet 2017

















Mme M.P. Rixin (LREM) : Certaines émissions du groupe [Radio France, ndlr] que vous présidez font partie du patrimoine radiophonique (1) qui permettent de tisser un lien affectif avec votre audience. J'ai bien noté la nécessité de faire évoluer vos grilles. Comment comptez-vous conserver ce patrimoine radiophonique qui est le notre ? M. M. Minot (Les Républicains) : Quels moyens votre groupe va-t-il mettre en œuvre pour poursuivre sa mutation ? 

Mathieu Gallet : "J'ai une très mauvaise habitude, je réponds rarement sur les questions éditoriales parce que j'assume mon rôle de manager (2) et quand je suis venu à Radio France je l'avais dit au CSA je n'étais pas candidat à la Direction des programmes". Amen ! "Nous souhaitons promouvoir de nouvelles voix, de nouveaux visages, de nouveaux formats, de nouveaux talents, et qu'au bout d'un certain nombre d'années [plus de 60 ans pour "Le masque et la plume"] nous ayons besoin de renouveler ces incarnations qui portent les contenus de la maison (sic). 

Vous avez cité une émission ["L'esprit public", ndlr] qui sous sa forme à venir, vous verrez et, sur ses incarnations, sur ses voix vous donnera la conviction que le patrimoine est bien préservé et l'avenir s'ouvre de façon radieuse". Gallet utilise à nouveau la méthode Coué, regarde dans sa boule de cristal et ne donne pas la parole à Laurent Guimier qui nous aurait sûrement laissé entendre que journalistes + petite lucarne + esprit = "is good for you" !!!!


M. Michel Larive (LFI), député de l'Ariège














M. P. Berta (MD&A) : "L'auditeur d'Inter est malmené entre la perte de P. Meyer (2016) et celle de P. Cohen (2017). Un rapprochement Radio France et France Télévisions est envisagé… Après France Info avez-vous envisagé les prochaines synergies dans le cadre de ce rapprochement. L'exemple le plus abouti c'est la BBC bien sûr et ça laisse craindre au personnel devant cette fusion une baisse importante du nombre de postes". M. G. Attal (LREM) : "La réforme de l'audiovisuel public, la réforme de l'organisation et de la gouvernance et la question possible d'un rapprochement voir une fusion des sociétés de l'audiovisuel public". M.P.Y. Bournazel (Les Constructifs) : Au vu des bonnes audiences comment pouvez-vous justifier le départ de nombreux présentateurs pour d'autres groupes télévisuels, quel peut être l'impact pour Radio France ? (3)

Mathieu Gallet : "Pour la question de la BBC à la française, c'est le chemin contraire de ce qu'il faut faire (4). On a besoin de coordination et de renforcer nos synergies avec d'autres opérateurs [de l'audiovisuel public, ndlr], mais ce dont on a besoin c'est d'agilité (5), de capacité de réaction et face à Google, Facebook et tous ces gens-là on a tout sauf besoin d'une réforme de structure. À partir du moment où vous l'annoncerez cela gèlera complètement en interne tous les projets (6), tout ce qui fait pourquoi on est financé par la redevance. Nos concurrents ont tout à gagner à ce qu'on se lance dans un tel mécano institutionnel parce que pendant ce temps-là il ne se passera rien et avant qu'il se repasse quelque chose eux auront avancé". 

Mathieu Gallet













"Aujourd'hui on a besoin de petites structures agiles [bis repetita, ndlr], de pouvoir "désiloter" [jargon quand tu nous tiens, ndlr] nos organisations, c'est ce qu'on fait à travers des "modes-projets"… Aller vers des synergies FranceBleu/France3 où il y a dans des régions des projets qui pourraient se faire en commun. On peut travailler avec Arte sur une nouvelle offre autour des savoirs, de la connaissance et de la culture. Je crois qu'il y a quelque chose à inventer entre France Culture et Arte (7)."

Et voilà que dans le cadre de l'extansion de la couverture de France Bleu Toulouse, le management de Radio France réfléchit à un nouveau nom pour cette station ! De quoi sûrement faire un maximum d'insatisfaits ! "Les équipes de France Bleu Toulouse vont se rapprocher de France Bleu Nord", poursuit Gallet. Une fois encore, la méconnaissance du Pdg pour l'histoire de Radio France laisse pantois. En 1980, création de trois locales Radio France, avec pour "Fréquence Nord" l'objectif de couvrir une diffusion régionale. C'était il y a 37 ans, M. Gallet (8) !

On constate, dans la vidéo, que M. Gallet est beaucoup plus à l'aise à l'oral avec ses (centres d') intérêts qu'il défend âprement, sachant qu'à cet endroit les députés feront remonter ses positions. On regrette qu'il n'en soit pas ainsi pour défendre aussi âprement les métiers "historiques" de la radio, producteurs, réalisateurs, ingénieurs du son, ainsi que les moyens de production. Non M. Gallet, être manager ne se résume à vos choix stratégiques. La création et la diffusion radiophonique valent au moins autant que les futures organisations qui les géreront. 

Vous avez montré depuis trois ans votre peu d'intérêt pour la fabrique de la radio. Alors vos quelques envolées sur le "mécano institutionnel" ou votre crainte d'une "RAI à la française" montrent que le choix des sages de vous avoir nommé à la tête de Radio France était un choix circonstanciel et opportuniste. Comme vous devrez rendre compte globalement de votre mission, M. Schrameck, Président du CSA devra rendre compte des choix du conseil. 

À bon entendeur, salut ! 


Mme S. Morch (LREM), Haute-Garonne













(1) Le patrimoine radiophonique est une notion subjective, fluctuante et fonction de l'air du temps et du "fait du prince" ou de la princesse. "Le jeu d'Émile Franc" est au patrimoine mais "Là-bas si j'y suis" n'a pas eu l'heur' d'y être. "Le masque et la plume" semble être indépassable en terme de patrimoine quand "Le bon plaisir" (France Culture 1984-2001) passa à la trappe… Vous en voulez d'autres ?

(2) La représentation nationale ayant bien entendu le message, qu'elle sache que ces questions sont à poser à M. Laurent Guimier (chargé des antennes et de l'éditorial) et que Gallet ne nous réserve pas la prochaine fois sa ritournelle à deux balles !
(3) M. M. Larive (La France insoumise) regrette le départ de Daniel Mermet (La France insoumise), "Là-bas si j'y suis", 1989-2014, France Inter,
(4) C'est aussi l'avis de Delphine Ernotte, Pdg de France télévisions,

(5) Eh bien voilà le prestidigitateur sort de son chapeau un lapin… agile, nouvelle tarte à la crème des managers in the game,
(6) Sauf, Monsieur Galet, à vous appeler Giscard d'Estaing qui, en août 1974, balaya d'un revers de main et d'une loi d'"exception" l'Ortf, pour créer, au 1er janvier 1975, 7 sociétés indépendantes, dont Radio France,  
(7) Ça y est c'est parti ! Il faut aussi montrer au gouvernement et au Président de la République un maximum d'exemples qui mettront à mal une "BBC à la française" et qui valoriseront les Pdg des audiovisuels publics concernés,



(8) Radio-Mayenne (Départementale), Melun FM (Ville), Fréquence Nord, (Région),