lundi 19 février 2018

68 : et si tout avait commencé avant… Les Jeux (Olympiques) de la diversion (25/43)

En partenariat avec
Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

J.C. Killy

24. Les Jeux Olympiques d'Hiver à Grenoble
La neige pouvait-elle tout purifier ? Pendant la durée des Jeux elle fera diversion. Imaginez la scène. Grenoble futur eldorado skiable. Grenoble vitrine du progrès architectural. Grenoble caisse de résonance de cocoricos sportifs sublimés par Jean-Claude Killy le triple médaillé d'or. Le pouvoir Gaulliste est aux anges. Les grèves, la colère étudiante attendront. Que pouvait-on attendre de médias inféodés et tétanisés par les résultats sportifs ? Pas grand chose d'autre que la litanie des pronostics inutiles et la glorification permanente de la réussite française.

Dans ce jeu de dupes quelle place pouvait prendre la radio publique ? France Inter commente les épreuves, France Culture va tenter d'aller voir autour. En cinq émissions (trois aujourd'hui, deux lundi prochain) la chaîne avec une certaine emphase (supporter l'indicatif pompier et grandiloquent) va sans joie (et sans empathie) s'essayer au reportage de "terrain". C'est grave et assez "triste". Ça plombe l'ambiance qui tout autour n'est qu'à la joie et à la fête. 

Plus que de dire quelque chose de l'époque ça dit surtout quelque chose de France Culture. Les deux producteurs, Robert Valette et Harold Portnoy, ont-ils été à Grenoble ou comment-ils depuis le studio. Je n'ai pas réussi à le savoir. Colette Garrigues, la productrice, elle, est sur place. Il n'empêche, on sent bien que le reportage in situ pour un grand événement n'est pas l'affaire de France Culture. Aucun son ne nous restitue l'ambiance olympique. On réfléchit, on pense mais on ne joue pas.

En exclusivité et intégralité jusque fin février

"Recherche de notre temps", France Culture, lundi 19 février 1968,
"Tous les jeux ne sont pas radiophoniques"



France Culture, mardi 20 février 1968,
"Le micro au village"



France Culture, mercredi 21 février 1968,
"Les plaisirs du ski et leur expression"


Effets d'annonce pour l'audiovisuel public : n'en jetez plus, ça déborde !

La grande tambouille des annonces successives et quelquefois contradictoires concernant l'audiovisuel public commence à largement déborder. Ça bout depuis trois mois et ça n'en finit pas de bouillir. Une annonce chasse l'autre précédée de son effet. Effet dévastateur, tragique, superfétatoire, et plus si affinités. L'Élysée, le Gouvernement et le Ministère de la Culture jouent une partition à trois bandes dans une partie interminable, juste propre à aiguiser les nerfs et à faire perdre leur sang-froid aux dirigeants, aux salariés comme aux usagers. Usagers qui assistent béats à une séance croquignolesque de grand guignol. 

Ernotte (FTV), Gallet (RF), Saragosse (FMM), Vallet (Ina)


















Dernier avatar en date, Le Monde dans son édition de dimanche nous apprend que pour l' "Audiovisuel public : Mme Nyssen veut une présidence commune". Ben ça alors, on s'en serait à peine douté ! L'exécutif en remet une couche alors que dans le même temps un groupe de travail parlementaire (1) a pour "objectif de formuler des propositions en bonne intelligence avec tous ceux qui travaillent sur ce dossier." L'opération de communication en plan très large est à l'œuvre. Quand le gouvernement et les parlementaires auraient pu choisir de travailler "en silence" sans passer leur temps à influencer ce qui pourrait participer du fameux big-band audiovisuel annoncé pour l'automne avec une loi à la clef !

L'effet d'annonce honni par MM. Mendès-France et Rocard (2) est ici à l'œuvre soit pour préparer les esprits, soit pour déstabiliser ou calmer les ardeurs des dirigeants publics en place - fortes têtes (comme Ernotte, Pdg de France Télévisions) ou radiés comme Gallet (3) - ou le remplaçant de ce dernier (4). D'autre part, Mesdames les Députées Frédérique Dumas et Aurore Bergé ont annoncé que les Français seraient consultés. Comment ? Via la presse spécialisée ? Internet ? La dernière fois que les Français ont pu se prononcer sur la radio publique ça a fait Pschiiitt (5) !

Mais alors c'est quoi cette stratégie de l'effet d'annonce permanent ? Giscard en 1974 a, sans complexe, joué le "Tonton flingueur" en éparpillant, façon puzzle, l'ORTF en sept sociétés autonomes (6), laissant sur le sable, en plein mois d'août un Office tout juste "vieux" de dix ans. Macron, lui, étire les préliminaires et ça ne manque pas de faire hurler. Ce long temps différé entre annonce et promulgation de la loi aurait pu être utile pour lancer une très grande consultation nationale participative. Au lieu de quoi ce sont de petits cercles politiques (auxquels sont associés de façon intermittente les responsables de l'audiovisuel) qui font bouillir la marmite et sans doute demain désespérer… Billancourt.

Ce Billancourt-là étant l'ensemble des personnels concernés qui devront s'adapter, au plus tard au 1er janvier 2019 à la nouvelle donne de l'audiovisuel public pour laquelle un seul homme, le Président de la République Emmanuel Macron, aura tranché. Sarkozy voulait ceci, Hollande cela, on peut craindre, une fois encore, que le fait du Prince ne tienne lieu de politique, de projet, ou de vision. Il n'y a plus d'autre alternative qu'attendre et voir au risque que l'usager soit désinvesti de penser l'audiovisuel nouveau et que les acteurs actuels (tous types de métier confondus) ne soient jamais consultés.

Ajout du 22 février,
Communication du 21 février de Mme Nyssen au Sénat : "Pas d'entreprise unique à ce stade" que nous rapprocherons de sa précédente déclaration évoquée ci-dessus : " Audiovisuel public : Mme Nyssen veut une présidence commune".






(1) Frédérique DUMAS, Bruno STUDER, Sandrine MÖRCH, Cathy RACON-BOUZON, Pascal BOIS, Pierre-Alain RAPHAN, Brigitte LISO, Céline CALVEZ, Fabienne COLBOC, Anne BRUGNERA, Aurore BERGE, Raphaël GERARD, Marie-Ange MAGNE, Sophie METTE, Gabriel ATTAL,
(2) Mendès-France, Président du Conseil (IVème République) qui a participé aux négociations pour la fin de la guerre d'Indochine (août 1954), Michel Rocard, 1er ministre de François Mitterand (1988-1991). Ces deux hommes n'utilisant jamais l'effet-d'annonce pour mener leur politique,

(3) Révoqué au 1er mars 2018 par le CSA de ses fonctions de Pdg de Radio France (2014-2018),
(4) Jean-Paul Vergne, administrateur le plus âgé du C.A. de Radio France assurera l'intérim jusqu'à la nomination d'un nouveau Pédégé/Pédégère par le CSA avant le 14 avril 2018,

(5) "Demain Radio France" enquête participative auprès des auditeurs, lancée par le Pdg de l'époque Jean-Paul Cluzel, janvier-mars 2009, dont les conclusions n'ont jamais été mises en œuvre, le nouveau Pdg Jean-Luc Hees ayant été nommé en mai 2009 par Nicolas Sarkozy,
(6) Radio France, France 2, France 3, TF1, Ina, SFP, TDF. "Oubliant" très volontairement le "Service de la recherche" de Pierre Schaeffer.

vendredi 16 février 2018

67/68 : une autre révolution culturelle… les Maisons de la Culture (24/43)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Maison de la Culture, Grenoble en 1968 © Geoffrey Aguiard

En plus des Jeux Olympiques d'Hiver, la cité grenobloise inaugure le 13 février 1968 la Maison de la culture. Son premier directeur, Didier Béraud aura l'occasion quelques années plus tard de prendre du service à Radio France (1). Les Maisons de la Culture sont les phares qu'André Malraux, Ministre de la Culture du Général de Gaulle (1959-1969) a fait briller sur la France hors Paris. En 68, elles sont au nombre de 7 (2). Mais surtout Grenoble va devenir un "mythe". Pas moins.

Dans un article de la revue d'histoire "Vingtième siècle" (3), Bernard Bruneteau introduit sa recherche par ces mots : " Pour changer la vie, fallait-il changer la vie ? Lieu symbole de l'expansion technicienne dans les années 1960 et 1970, Grenoble fut aussi l'incarnation de la modernité municipale, le lieu d'une "décolonisation" par rapport à l'État autoritaire de la Vème République. Mais Grenoble entretint un "mythe" durable que se disputèrent autant le gaullisme que la nouvelle gauche mendésiste."

En exclusivité et intégralité jusque fin février
Interviennent Didier Beraud, directeur de la Maison de la Culture de Grenoble et Michel Philibert, président du conseil d'administration : le rôle des Maisons de la Culture ; la position des responsables en France ; les activités de la Maison de Grenoble. - André Wogenscky, architecte de la Maison de la Culture de Grenoble : le souci qui l'a guidé dans la conception de l'édifice ; description des lieux.

Les matinées de France Culture, 27 décembre 1968,




(1) Le Président de Radio France, Jean-Noël Jeanneney nommé en octobre 1982, met en place une vraie politique régionale et crée le "Secrétariat général à la décentralisation" : Didier Béraud qui a refusé le titre de Direction parce que, dit-il "la décentralisation ne se dirige pas depuis Paris", l'animera jusqu'à fin 86. On notera que depuis, les recentralisateurs sont légion et ce n'est pas fini !!!!

(2) Le Havre, Bourges, Caen, Amiens, Grenoble, Reims, Rennes,
(3) "Le "mythe de Grenoble" des années 60 et 70", un usage politique de la modernité, Bernard Bruneteau, 1998, pages 111-126, 


lundi 12 février 2018

68 : et si tout avait commencé avant… La Gauche Prolétarienne (24/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

François Truffaut
23. La Gauche Prolétarienne (GP)
Si la Gauche Prolétarienne n'a été fondée qu'en septembre 1968, elle trouve ses ferments dans les "événements" de la même année et s'appuie sur le "Mouvement du 22 mars" (1). Avec le recul de dix-huit ans proposé par l'émission ci-dessous (2) il est intéressant d'entendre quatre acteurs de l'époque qui, de fait, analysent la montée en puissance depuis le début des années 60 du contexte insurrectionnel étudiant et ouvrier. Avec en trame les pensées du Grand Timonier Mao Zedong.

En intégralité et exclusivité jusqu'au 28 février 



(1) Le mouvement du 22 Mars est un mouvement étudiant français, antiautoritaire et d'inspiration libertaire, fondé dans la nuit du vendredi  à la faculté de Nanterre. Il réunit des anarchistes, des situationnistes, des trotskistes et des futurs mao-spontexDaniel Cohn-Bendit en est la personnalité la plus médiatisée (source Wikipédia),

2) "Nuits magnétiques", France Culture, 2 décembre 1986. Avec la participation de Nicole Linhart, Gérard Miller, Christian Jambet et Benny Levy.

vendredi 9 février 2018

67/68 : une autre révolution culturelle… Langlois limogé de la Cinémathèque (23/43)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Henri Langlois
En février 1968 éclate l'affaire Henri Langlois : André Malraux, ministre de la culture, veut priver Henri Langlois de la direction administrative de la Cinémathèque française. Un comité de défense se monte. Ce "détail" a le mérite de mobiliser les cinéastes. Cette faute politique majeure sera aussi le déclencheur des "événements". Emmenés par Jean-Luc Godard les cinéastes vont s'inscrire dans la lutte politique du momentet dans certains cas soutenir étudiants et ouvriers.

En intégralité et exclusivité jusqu'au 28 février
Extrait d'une réunion du Comité à laquelle participent Jean Luc Godard, Jean Renoir, Claude Chabrol et Alexandre Astruc.


mardi 6 février 2018

68 : et si tout avait commencé avant… Le Printemps de Prague (23/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Alexandre Dubcek

















22. Le Printemps de Prague ou le "socialisme à visage humain"
Il y aurait donc, derrière le rideau de fer, un "socialisme à visage inhumain" quand le Président Tchèque, Alexandre Dubcek, propose dès janvier 1968 quelques réformes, comme la liberté de la presse, validées par le Parti Communiste (PC) tchèque. Très courte période de libéralisation qui sera réprimée par le PC soviétique et l'invasion de la Tchécoslovaquie, le 21 août 1968, par les troupes soviétiques.

Documentaire d'été de France Culture produit par Antoine Spire qui en août 1988 revient sur ces "sept mois de rêves".

En intégralité et exclusivité jusque fin février… 


vendredi 2 février 2018

67/68 : une autre révolution culturelle… Les J.O. de Grenoble (22/43)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Quelle plus formidable piste d'essai que celle d'une compétition sportive internationale pour tester grandeur nature, les matériels, les techniques, les dispositifs, les équipes qui permettront de retransmettre en direct les épreuves sportives d'un événement mondial ? En février 68, l'Office de Radio et Télévision française (ORTF) dispose d'un formidable terrain de jeux pour permettre à la télévision et à la radio de rentrer dans l'ère du direct "permanent" et des retransmissions en simultanée. Les deux reportages vidéos ci-dessous le prouvent. 

Les moyens humains détachés sur place sont impressionnants (1000 femmes et hommes). À la mesure de l'obligation de fournir au monde entier les images et les sons des compétitions. Les skieurs français deviennent immédiatement des vedettes et Jean-Claude Killy se taille la part du lion avec ses trois médailles d'or. La France est sur un petit nuage. Le ciel est dégagé. Le progrès technique est flamboyant, le progrès social est en berne. On se demande bien ce qui pourrait venir noircir le tableau ?  C'est sans compter sur la fougue de la jeunesse qui dans quelques semaines sera elle aussi "tout schuss".

Les J.O. de Grenoble, 20 et 27 janvier 1968,