dimanche 9 avril 2017

Paris-Roubaix : Hinault-Parenthoën, coéquipiers…

Pourquoi le Paris-Roubaix, qui va se courir aujourd'hui m'évoque t-il plus spécialement celui de 1981 ? Parce que au-delà de la victoire de Bernard Hinault, le "Blaireau" de Quessoy, c'est la création radiophonique de Yann Paranthoën qui me résonne entre les oreilles. Pour évoquer ce "Paris-Roubaix"-là, j'ai été chez un pote, autant fan de vélo que de cette course pavée de difficultés. Et écouter le documentaire de Paranthoën qui donne plus d'images et d'émotions que n'en donnera jamais la télévision.
De Vlaeminck - Hinault - Moser, 13 avril 1981, 
© Fonds N&B Livre Paris/Roubaix, à paraître…




















Il y a trente-six ans, ce dimanche 12 avril 1981, je ne connaissais rien d'autre au cyclisme que d'avoir, sur les plages de mon enfance, avec des cyclistes en acier et des billes en verre, joué au "Tour de France", que sur notre grande boucle de sable nous avions mis des heures à façonner. Après des tours et des tours, avoir rivalisé avec les copains, pour tenter de finir avec le maillot de vainqueur. Mais en 1981, Déniel, mon voisin de L., petite commune du Finistère, était depuis longtemps un passionné, acharné de la petite reine. Et c'est chez lui, à la télévision, que nous avons regardé la victoire du "Blaireau". C'est lui qui m'a transmis sa passion pour les grandes compétitions cyclistes et surtout leur ferveur populaire. Mais ce jour d'avril-là on était à vingt-huit jours d'une élection qui allait "changer la vie". Enfin pendant deux ans !

En ces temps immémoriaux, je n'écoutais que France Inter. Et ne savais rien de l'inseigneur du son, Yann Paranthoën. Pays, des Côtes-du-Nord comme on disait encore à l'époque. Et puis un jour j'ai écouté "Lulu" (1) et, ça a encore changé ma façon d'écouter. Vendredi dernier le copain me fait écouter "Yvon, Maurice et les autres… et Alexandre ou la victoire de Bernard Hinault dans Paris-Roubaix 1981la version (réduite) de 45' qui remportera le Prix Italia 1982. Son enregistrement comporte 12' supplémentaires, produites par Claire Viret pour une émission de France Culture du 2 janvier 1987 au titre assez improbable de "Séries radiophoniques" (2).

Viret présente l'œuvre de Paranthoën établie aux premiers jours de 1987 et, avant de l'interviewer pendant quelques minutes, elle lit un extrait du long entretien que Paranthoën a donné à Alain Veinstein (3) à l'"Autre Journal" (4). J'avais beau l'acheter tous les mois, puis toutes les semaines, cet article m'est passé au-dessus. Il faut dire que je n'étais pas encore entré en religion à "France Culture" (1986). Cet article en dit long sur le fils du tailleur de pierre de l'Île Grande. "Yann Paranthoën est un hors-la-loi de la radio de création" dit le chapeau de l'article. Ça commence bien !


©Marc Enguerand 




















"La radio occupe complètement ma vie" 
"C'est à cause d'une infirmité, en fait, que j'en suis arrivé là. Né en Bretagne, j'ai été coupé de ma culture, qui ne m'a jamais été enseignée, sans avoir pu en acquérir une autre. Et quand je suis arrivé à Paris, il y a vingt-cinq ans, j'étais incapable de communiquer, d'échanger avec qui que ce soit. J'avais l'impression de ne pas pouvoir entrer dans une conversation, car je n'en avais pas le code. Or, à cette époque-là, j'ai découvert la radio par le montage. Progressivement, en faisant du montage, j'ai découvert que la radio était un moyen d'expression comme un autre. C'est donc pour pallier mon manque de culture que je me suis mis à fabriquer des éléments sonores. J'ai compris que le son est un vrai langage, qui se suffisait à lui-même, sans avoir besoin de se référer aux autres langages, - littéraire, musical, dramatique… auxquels il était le plus souvent, à tort, subordonné…" (4) 

C'est émouvant à plus d'un titre. L'histoire commune du déracinement à Paris pour kyrielle de Bretonnes et de Bretons. Le choc culturel. Le renfermement sur soi à en devenir taiseux. Sublimer progressivement ces handicaps. Donner du son à défaut de donner de la voix. Bloc de granit soi-même, tailler sans relâche. Le son. Le pousser à l'extrême à en devenir art. Artiste, en croiser un autre qui taillait le vent. Le ruban routier comme Yann taillait le ruban magnétique. Prendre du Blaireau sa part créative. Le son avec et autour de lui. Le son qui filait, défilait, s'enfilait dans sa roue, son corps, son visage, ses yeux, ses pieds. Le son de la ferveur. Autour. Le son de tout le Saint-Frusquin.


14 avril 1996 ©Marc Enguerand 

   














"Et quand on enregistre, on dit qu'on "grave" une bande, on emploie encore un terme de sculpteur… C'est ce que j'ai eu du mal à faire comprendre à mon père : que la radio était un métier comme le sien, proche du sien… Pour lui ça ne pouvait être qu'un divertissement… Et pour le public ça n'est le plus souvent qu'un divertissement, quelque chose de léger, de futile… Il ne lui vient pas à l'idée de penser que ça peut être une expression… Je ne sais pas pourquoi." (4)

Merci à Claude Giovannetti, l'assistante de Paranthoën, de m'avoir fait parvenir l'article de l'Autre journal et d'avoir supporté le béotien supersonique que je suis (mais ça va changer !).


(1) "Le tour de France 1989 de Vincent Lavenu, dossard 157", "Un petit chariot pour la Grande Ourse", "Questionnaire pour Lesconil", "Le phare des Roches-Douvres", 
(2) Du lundi au vendredi, 14h30. L'émission durait 1/2 heure ! Mais comment alors avaient pu être diffusées 57' ? Je suis preneur de toutes précisions qui lèveraient cette équation,

(3) Producteur entres autres des Nuits magnétiques (1978-1997), France Culture,
(4) N°4, avril 1985.  

Extrait d'une émission de TV (Antenne 2) qui donne à tout voir et tout entendre (jusqu'à saturation des commentaires), mais pas les sons que savait entendre, mixer et monter Paranthoën…

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