vendredi 29 décembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Bob Dylan, hobo magnifique (17/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Cette photo de la une de "The village voice"
 du 20 septembre 2017,
publiée sur le compte Twitter de Gregory Phillips 
17. John Wesley Harding…
Le 27 décembre 1967, Bob Dylan sort son huitième album studio. La France bégaye quelques ritournelles folk qui arrachent les oreilles et s'apprête à recevoir pour les vœux les oracles psalmodiés du Général-Président de Gaulle. Dylan/de Gaulle un océan… pacifique les sépare. De Gaulle fanfaronne au Québec mais ne prendra jamais la mesure du changement d'époque. Le vieux monde va s'écrouler et de Gaulle n'a pas d'autre posture que celle d'être martial et dépassé. Dylan, lui est dans le mouvement qui secoue l'Amérique depuis le début des années 60. Il n'a pas encore lâché sa gratte folk, et prend une nouvelle fois ses fans à contrepied en publiant un disque " Country and Western", plus tellement dans l'air du temps.

En cette fin d'année 67, décisive pour la révolution culturelle en marche, je crois qu'il a manqué (aux ados de l'époque) d'écouter à la radio "The ballad of Frankie Lee and Judas Priest". Mais où aurions-nous pu écouter ça ? Au pop-club de José Artur sur France Inter ? La chanson de 5'35" dépasse les standards de diffusion autour de 3' mais, le programmateur de l'émission, Pierre Lattes (1) la passait sûrement car "au Pop-Club il n'y avait pas d'interdit" m'assure Patrice Blanc-Francard (2). Toutefois, pour ce qui concerne la pop et le rock, l'industrie musicale française nous vendait de la guimauve et la copie, souvent bien pâle, de ce qui allait devenir des standards anglais et américains.



Hughes Auffray faisait les belles heures des feux de camp scout mais nous maintenait dans l'ignorance des temps qui changeaient à vue d'œil. Je n'avais ni l'âge ni l'argent pour m'offrir un 33 tours. Juste attendre des jours meilleurs pour être déniaisé question musique. Il s'en fallait de quelques mois qui, à l'époque, m'ont paru une éternité. Sur cet album avant qu'Hendrix en face un autre bijou, Dylan chantait All Along the Watchtower… 

(1) Pierre Lattès a été animateur au Pop Club de José Artur, puis pour sa propre émission "Boogie" (1973-1974),
(2) Programmateur du Pop-Club depuis 1969, a animé de nombreuses émissions de musique sur France Inter (Souvenirs, souvenirs, Bananas, Loup-Garou…).

jeudi 28 décembre 2017

Fip, avant, c'était une radio… maintenant c'est une marque !

Quand j'ai reçu le livre "La discothèque idéale de Fip" je frétillais à l'idée de retrouver sur papier la magie de l'éclectisme, la grande classe d'enchaînements subtils, une programmation inventive qui ont fait de cette radio une référence musicale absolue sur les ondes de Radio France depuis 1971. Le génie de Jean Garretto et Pierre Codou, ses créateurs, était d'avoir imaginé une antenne avec "60 minutes de musique par heure". Slogan intact, ponctué de quelques minutes d'infos et des indispensables "conseils" des animatrices. Mais voilà le monde change et malgré ses quarante-six ans vigoureux, quelques esprits chagrins ont décidé de faire "évoluer" la formule en même temps que celle des autres radios du service public au prétexte d'une modernité numérique imparable, dévastatrice de sens et d'esprit.



Je ne traiterai pas ici des inquiétudes qui pèsent sur les antennes régionales de Bordeaux, Nantes et Strasbourg, stations pour lesquelles l'animation en direct est menacée. Mais pour parler de ce livre paru en octobre je commencerai par dire ma stupéfaction rien qu'en regardant la couverture. Fip qu'est-ce que c'est pour quelqu'un qui n'en a jamais entendu parler ? Une radio ? Peu probable ! Le seul logo de Fip n'étant pas la meilleure façon de l'identifier à une radio. L'absence de celui de Radio France est plus problématique ! L'éditeur "Hors collection" (?) aurait pu se fendre du sous-titre "La radio éclectique" par exemple. Ben non. Et à moins de lire les crédits en page 2 qui mentionnent "www.fipradio.fr/discothèque-idéale" rien ne dit qu'il s'agit d'une radio et encore moins d'une radio publique.

Mais ce n'est malheureusement pas tout. En page 5 la préface de Bérénice Ravache, nouvelle directrice de la chaîne depuis août 2017, en trente lignes, ne mentionne jamais le mot radio. Bigre ! Coquille ou intention à dessein ? Page 6, sept animatrices en photos N&B. Qui sont-elles, de quelle année date la photo ? On ne saura pas, aucune légende ne permet de le préciser. Idem sur la même page pour un programmateur… "anonyme". Idem aussi page 322 où posent avec Garretto et Codou, six femmes (animatrices) et quatre hommes (programmateurs) dont Julien Delli-Fiori qui a dirigé l'antenne de 2010 à 2014 après en avoir été un des programmateurs. Aucun crédit, aucune mention nominative.



On ne trouvera le mot "radio" qu'en quatrième de couverture "Laissez-vous bercer par les bonnes ondes de Fip, la radio musicale éclectique de Radio France…" C'est un peu maigre pour l'identification. C'est à la marge et c'est le moins qu'on puisse dire. Donc j'en conclu qu'il y a une volonté de mettre en avant la "marque" et pas le support. Et ça c'est le leit-motiv absolu du Pdg Mathieu Gallet, qui a positionné, dès sa prise de fonction en mai 2014, les antennes du groupe Radio France comme des marques ! Quoi dire sinon se désespérer qu'on jette le bébé avec l'eau du bain ! Ignorées les animatrices et les programmateurs, les créateurs de l'antenne, l'objectif de "services", défendu et promu par Roland Dhordain, le directeur de la radio à l'ORTF, au cahier des charges de Fip 514 (France Inter Paris, 514 m, Ondes Moyennes) à sa création.

C'est une fois de plus une manière détournée pour imposer une nouvelle gouvernance et des objectifs qui feront table rase du passé. C'est une bien mauvaise nouvelle. La discothèque idéale prend un gros coup de blues et, le fait que le boss de Twitter, Jack Dorsey qualifie Fip de "meilleure radio du monde" semble bien dérisoire et pathétique. Et si, sous cet artifice de paillette, la direction de Radio France avait été jusqu'à imaginer faire de "Fip une discothèque idéale", désincarnée des femmes et des hommes qui l'animent ? J'ai peur que la question contienne la réponse ! CQFD. 

mardi 26 décembre 2017

Quelques prémices avant le big-bang audiovisuel (annoncé)…

Depuis juillet, moins de deux mois après l'élection du Sphinx à la législature suprême, quelques personnalités de l'audiovisuel gesticulent, se répandent en conjectures, ignorent que le monde a changé et qu'Emmanuel Macron entend bien porter le fer dans cette galaxie disparate qui, craignant grave pour son avenir, n'en finit pas d'imaginer des solutions opportunistes, contradictoires et superfétatoires. Forts de leur suffisance ces petits génies de la tambouille se sont répandus comme une trainée de poudre dans des médias complaisants pour envoyer des messages au gouvernement qui n'en a cure. Le boomerang est sur le chemin du retour et les canards ne vont pas manquer d'y laisser des plumes. Résumé des épisodes précédents (1).


La galaxie audiovisuelle publique. On a remplacé les noms de société
par des noms de codes scientifiques…


















Le 26 juillet : un feu d'artifice qui fait Pschittttt !
Ignorant qu'un nouveau Président vient d'être élu, Mathieu Gallet, Pdg de Radio France, compte bien en mettre plein la vue à la représentation nationale. Avec ses trois mots fétiches "média global" "agilité" "mode-projet" Gallet se pique d'avoir les solutions et défend, mal, son désir d'être le maître des horloges. Ce serait compter sans Macron et sans Marc Schwartz… (2)

30 août : bronzé l'inspecteur gadget persifle
Dès l'ouverture de la séance annuelle d'auto-congratulation et d'auto-promotion, soit la Conférence de Presse de rentrée de Radio France, le Pdg joue avec "OK Google… " et nous vend par paquet de dix, les assistants vocaux, pour lui l'alpha et l'oméga de la radio de demain. Ne comptez pas sur Gallet pour vous parler émissions, programmes, fabrique et savoirs-faire. Ce manageur de moins de 50 ans n'a à la bouche que des 1 et des 0. Le tout numérique c'est sa lubie au mépris de l'ADN de la radio : la voix et le son.

Septembre : l'audiovisuel public va devoir se serrer la ceinture
Une météorite pré-big-bang heurte les planètes Radio France et France Télévisions. Quatre vingt millions de sucré au budget 2018 par les tutelles Budget et Culture. Ça coince grave. Ça éructe, ça chouine, ça désespère Billancourt, ça fissure les associations de circonstance, ça coule le navire. Mais tout ça c'était avant le drame…

Octobre : et revoili, revoilou la "BBC à la française"
L'étau se resserre. Après les finances rabotées, la Ministre de la Culture présente les évolutions structurelles. Le spectre du rapprochement France Bleu/France 3 est agité au nez et à la barbe des dirigeants Ernotte et Gallet qui voulaient y aller moderato cantabile pour, en "mode-projet-agile", rapprocher au coup par coup ces entités "locales" qui ne demandent qu'à se compléter. Mon œil. Les professionnels de la profession concernés s'enrhument et commencent à tousser rauque.


La farce de Maître Pathelin





















Et puis le 16 novembre le Tribunal de Créteil résonna d'une affaire de favoritisme

Décembre : le big-bang vous l'aimez comment ? Saignant ou à point ?
Il semble bien que la patience du Président Macron ait été poussée à bout. Ne supportant plus d'entendre pérorer les deux principaux Pdg de l'audiovisuel, Ernotte et Gallet, il serait sur le point de lancer le big-bang de l'audiovisuel comme d'autres lancent une mode ou le javelot. Le Figaro version économie en tartine deux pleines pages. Tous aux abris ! C'est à point (nommé) et c'est saignant.

Décembre : c'est la honte finale, aujourd'hui et demain…
Macron n'a pas fait dans la dentelle en annonçant avec la délicatesse d'un éléphant dans un magasin de porcelaine que "l'audiovisuel public est la honte de la République". La formule fait mouche, touche chacun des 17 991 employés de l'audiovisuel public et accouche d'un plan de bataille que Madame Nyssen, Ministre de la Culture, se fait un plaisir de communiquer aux responsables de l'audiovisuel public, le 21 décembre. Un plan d'action structuré va calmer les ardeurs des protagonistes qui multiplient les effets d'annonce : France Musique se pacse avec Arte, France Culture coordonne les acteurs audiovisuels pour faire de cette chaîne un média global etc, etc…

On commençait à voir approcher la trêve des confiseurs quand, Laurence Bloch, directrice de France Inter, avant d'éteindre la lumière en quittant son bureau, vendredi dernier, envoya un petit tweet presque anodin : "Fière et heureuse d’accueillir à la tête de l’info la plus écoutée de France . Femme exceptionnelle, très grande professionnelle, passionnée d’actualité et qui a prouvé tout au long de sa carrière sa capacité à fédérer les équipes et à porter haut l’information !"


Catherine Nayl














Le même jour, Laurent Guimier, numéro 2 de Radio France (sympa comme titre !), pour ne pas être en reste annonça via Twitter "bienvenue à , nouvelle Directrice de l'information de ! Et bravo à , nommé Directeur de l'information internationale de " (3). On notera que Bloch n'a pas acté le départ de Four. Le SNJ ne tarda pas à communiquer. Pour les boules (de Noël) c'est fait, yapuka acheter le sapin !

Mais comment Laurence Bloch peut-elle annoncer récemment que "Radio France est à l'os…" et en même temps recruter quelqu'un qui ne doit pas être payé au prix d'un journaliste pour son premier emploi ? Il y aurait donc encore de l'argent pour recruter des "stars" ? La tutelle appréciera. Quant au titre de Four peut-on imaginer plus ronflant ? La prochaine fois ce sera quoi "Directeur de l'information mondiale" ? C'est quoi cette segmentation verticale ? Forcer la création de postes de dirigeants ? Pathétique et révélateur d'une organisation hiérarchique paternaliste qui favorise une fois de plus l'emploi d'hommes ! Derrière, on sait que Guimier est à la manœuvre pour rationaliser une seule rédaction pour Radio France. Oublié le mode-projet (à géométrie variable).

Ce n'est plus une mue, sire, c'est une révolution (4). Ce n'est qu'un début…

Ajout du 27 décembre 13h,
Alors que le bon peuple festoie et se distrait il semblerait bien que la nomination de Catherine Nayl à la direction de la rédaction d'Inter soit un marchepied ! De court-terme "si la situation l'exigeait", de moyen terme si la loi audiovisuelle…

(1) Alors que toute la presse vous abreuve des "meilleur truc de l'année" et des "meilleur machin de la rentrée", je revisite les événements qui vont procéder du big-bang attendu pour après demain…
(2) Directeur de Cabinet de Madame Nyssen, Ministre de la Culture, et auteur du rapport qui porte son nom,
(3) C'est Guimier qui a nommé Four à ce poste créé pour l'occasion. Donc le "bravo"…

(4) Vanessa Descouraux, journaliste à France Inter écrit sur sa page Facebook "Radio France est morte"

lundi 25 décembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Un drôle de Père Noël radiophonique (17/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Avec Charles Aznavour, devant des petites voitures…
symbole de l'enfance que ce Père Noël n'a jamais du quitter


















17. Un conteur, un scénariste, un poète, un formidable homme de radio,
Je ne vais pas tout de suite révéler qui, devant Jacques Chancel, joue au Père Noël dans une Radioscopie "improvisée" (1).




Cet homme à l'accent de l'Hérault a enchanté la radio des années 50 aux années 70 sur les trois chaînes généralistes : France Inter, Europe n°1, Radio-Luxembourg (future RTL). C'est un conteur, un scénariste pour plusieurs films de Jean Yanne, le réalisateur de scopitones (ancêtre des vidéo-clips), un touche à tout de génie. Sa voix : son charme absolu… Ses histoires racontées tous les jours sur les ondes d'Inter alternent douceur, humanisme, tendresse, joie et quelquefois fantastique.


À gauche, Jean Yanne

















Gérard Sire incarne la radio (2). Il est proche de ses auditeurs, attentionné, drôle, grave, délicat, avec toujours une petite touche de douce mélancolie. Dans l'exercice que lui a proposé Chancel il est à son affaire. Bien plus que Chancel qui a du mal à sortir de son propre jeu et de sa posture habituelle d'intervieweur. Décontenancé par la folie douce du conteur. Même si cette émission n'est pas de l'époque 67/68, j'ai voulu ici rendre hommage à Gérard Sire qui, à sa façon de conteur, a participé à m'apprendre à écouter.

Merci à son fils Antoine qui m'a fait parvenir les photos qui illustrent ce billet (3).  

Tournage de la série TV "Un taxi dans les nuages"

















(1) "Radioscopie", une heure d'entretien avec une personnalité, du lundi au vendredi, France Inter, 17h. 1968-1990,
(2) Pour la saison 1970-1971, Gérard Sire anime le soir sur France Inter (20h20/21h) "Conte à rebours",
(3) Antoine Sire, historien du cinéma, a publié "Hollywood, la cité des femmes. Histoire des actrices de l'âge d'or d'Hollywood, 1930-1955, Actes Sud, 2016.

vendredi 22 décembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… "Les risques du métier"… d'instituteur (16/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.



16. Les risques du métier… d'instituteur
Le 21 décembre 1967, sort en France le film d'André Cayatte "Les risques du métier" avec Jacques Brel et Emmanuelle Riva dans les rôles principaux. Ce film évoque sans détour les accusations de viol et de pédophilie proférées par des adolescentes à l'égard de leur instituteur. Sur France Culture, le 30 décembre dans l'émission "Cinéma vérité" (player ci-dessous), André Cayatte évoque le sujet de son film.

Le présentateur, Roger Régent, présente Cayatte comme "notre sociologue du cinéma" et dans les minutes qui précèdent l'entretien les extraits sonores du film révèlent tout ou presque de l'intrigue et, sans penser aux auditeurs susceptibles d'aller voir le film, dévoilent la fin. S'il n'est pas sûr que Cayatte soit sociologue, mettre à l'écran en 1967, un sujet qui a avoir avec les mœurs, avec les "risques" pour le corps enseignant dans ses relations avec les élèves, filles ou garçons, est audacieux et même courageux.

Le titre de l'émission "Cinéma vérité" porte bien son nom. la fiction s'empare du réel et interroge toute une société prompte, sur ces sujets, à fermer les yeux et les oreilles… Deux ans plus tard en 1969, Gabrielle Russier, professeur agrégée de lettres, dans une figure inversée du risque sera condamnée à un an de prison avec sursis pour détournement de mineur. Elle se suicidera le 1er septembre 1969. C'est d'ailleurs Cayatte qui réalisera le film "Mourir d'aimer" (1971) sur le sujet.


Lundi 25 décembre, une drôle d'archive audio 
avec le Père Noël…

En exclusivité et intégralité…




Extrait de la conférence de presse de Georges Pompidou, Président de la République, le 22 septembre 1969. À la fin de la conférence il réagit à l'"affaire Russier".


lundi 18 décembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… La loi Neuwirth, contraception (16/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.




16. La loi Neuwirth (19 décembre 1967)
Cette loi proposée par Lucien Neuwirth (gaulliste) autorise l’usage des contraceptifs, et notamment la contraception orale (1). Promulguée le 28 décembre 1967, elle va considérablement changer la vie des femmes. Une certaine "libération sexuelle" est en marche mais l'application de cette loi sera lente, les décrets ne paraissant qu’entre 1969 et 1972. 

Deux archives permettent de comprendre ce "changement d'époque". La première, extraite du journal d'"Inter-Actualités" de France Inter du 5 décembre 1967 donne à entendre "le docteur Marie-Andrée Lagroua-Weill-Halle interviewée sur la publication de son étude "La contraception et les français", après dix ans d'expériences. Elle parle de l'éducation du couple, du planning familial, de la loi Neuwirth."

En intégralité et exclusivité jusqu'au 31 décembre



La seconde, plus récente, évoque dans l'émission de Michel Winock et Claude Dominique "Le passé singulier" (2), l'histoire même de la contraception depuis 1920, la moralité autour de l'avortement et l'évocation des Mémoires de Just Benoît, chirurgien dans les années 60.



(1) Wikipédia,
(2) France Inter, 3 juillet 1984. Claude Dominique, formidable femme de radio, met ici tout son talent de conteuse au service de l'histoire (extraits d'archives privées ou d'autobiographies de 1920 à 1984). Michel Winock est historien.

vendredi 15 décembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Prenez garde à la poésie (15/44)

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15. Prenez garde à la poésie… (de la rue)
En 1967, la poésie qui percute c'est celle des Beatles avec la sortie de Sgt Pepper le 1er juin, celle d'Hendrix, celle d'Aragon que chante Ferré (1961), celle de Bernard Dimey et de tant d'autres poètes. De Luc Bérimont qui animait au début des années 60, sur France Inter, "La fine fleur de la chanson française"…

En 1967, Aragon est élu à l'académie Goncourt. France Culture en rend compte d'une façon un peu austère. Aragon lui même semble assez peu enthousiaste… Dans quelques mois pourtant la poésie et la parole vont s'afficher, s'écrire sur les murs de Paris et d'autres villes de France.

Le début de l'entretien avec Aragon commence à 27'50"


Dix ans auparavant, sur la chaîne nationale était diffusée l'émission "Prenez garde à la poésie". Voilà comment la présente Jean-François Remonté et Simone Depoux (1) : "Une grande première et sans doute une grande dernière, cette émission de variétés en public dont la vedette est la poésie. C'est Paul Gilson, directeur de la radio et poète lui-même, qui offre à Philippe Soupault et Jean Chouquet [producteur et réalisateur à la radio publique, ndlr] cette occasion de produire un vrai show poétique. Le titre est déjà un clin d'œil : … on va rire, on va être surpris et on découvrira que la poésie n'est pas nécessairement affaire de componction et de gravité."




Et puis puisque j'évoquais Luc Bérimont, voici une occasion d'entendre deux femmes de radio qui évoquent un homme de radio…




(1) "Les années radio", L'arpenteur/Gallimard, 1989.

jeudi 14 décembre 2017

"Messieurs les censeurs, bonsoir" ou la marche de l'histoire de la… télévision

Maurice Clavel
















Monsieur Lebrun, 
Il est à peine 14h02, ce 13 décembre 2017 et, je ne peux résister à prendre la plume (éléctronique), sans attendre, pour vous écrire à l'instar des spectateurs de télévision qui, nombreux le 13 décembre 1971, écrivaient à Maurice Clavel pour le soutenir aussitôt après sa sortie théâtrale sur le plateau télévisé de "À armes égales" qui l'avait vu clamer "Messieurs les censeurs, bonsoir". 

Avec cette façon si particulière que vous avez de télescoper l'histoire (ici 1971 et 2017), si nous n'étions pas en période audiovisuelle troublée, je n'aurais peut être pas entendu, dès la première écoute de votre dernier épisode de "La marche de l'histoire" (1), qu'en creux vous ne manquiez pas d'être assez circonspect sur les enjeux d'un big-bang annoncé. Il m'est arrivé d'écrire qu'à la façon des chats vous savez observer, patiemment. Donner des coups de griffe, légers. Et ronronner quand vous êtes satisfait d'un bon mot. De tout ça vous avez bien raison d'en faire votre affaire.

De quoi s'agit-il donc aujourd'hui, au point que différant mes propres recherches d'archives, je ne résiste pas au plaisir de réécouter votre hommage délicat à Maurice Clavel ? L'écrivain, le journaliste, le philosophe qui, en 1971, n'a pas supporté que la télévision française, sous l'égide de l'ORTF (Office de Radio et Télévision Française), censure ne serait-ce qu'un mot de son reportage, "Le soulèvement de la vie", prétexte à un débat avec le maire de Tours, Jean Royer, bien connu pour son conservatisme aigüe et sa morale réactionnaire en bandoulière.


Le plateau de "À armes égales"

















Votre émission quotidienne peut souvent s'écouter en stéréo. On écoute avec attention votre invité, mais, depuis les temps immémoriaux où vous officiiez à France Culture, vous nous avez habitué à ne pas relâcher l'écoute quand vous prenez la parole. Que ce soit pour votre chapeau que vous soulevez en début d'émission ou pour ces phrases de liaison qui vous permettent de rappeler à votre invité qu'il va devoir être à la hauteur, non seulement de votre érudition, mais de votre façon d'aimer la joute orale à fleurets mouchetés. Cette conversation de bonne compagnie que chaque jour vous entretenez, pas sûr que la galaxie audiovisuelle publique sache en savourer les propos, trop occupée à ferrailler à son propre avenir. 

"La brèche ouverte ce 13 décembre 1971 dans la télévision d’état - l’appareil idéologique d’état, disait le philosophe Althusser - ne sera pas aisément fermée. Trois ans après, Valéry Giscard d’Estaing, élu président, servira ses intérêts en faisant éclater le vieil ORTF qui avait placé l’ensemble de l’audiovisuel public sous le contrôle vétilleux du pouvoir.", dites-vous. 

Rappel historique essentiel pour qui veut comprendre les méandres de l'audiovisuel public depuis 50 ans. "Vétilleux" ? Voilà un coup de griffe, subtilement donné. J'en appelle à Robert (Le petit). Vous êtes bien clément, Monsieur Lebrun, non seulement l'État s'attachait à des détails mais surtout ne supportait pas que la télévision (et la radio) puissent devenir un contre-pouvoir, voire un État dans l'État.

"Rassurez-vous, dites-vous à votre invité, on n'a pas trouvé beaucoup de traces [de l'événement Clavel, ndlr] dans les journaux de France Inter. Ce sont les bienfaits de l'organisation unique de l'audiovisuel public où la radio et la télévision sont solidaires." Hum, ceci est bien dans le ton du moment alors que le grand Mamamouchi prône le rapprochement inéluctable de France Télévisions et de Radio France. Ce n'est plus un coup de griffe, c'est le bond du chat sur la souris. On est presque chez Cyrano. "Je vous préviens, cher Macron, Qu'à la fin de l'envoi je touche !"

Pas sûr, non plus, que le grand ordonnateur du futur audiovisuel public, Marc Schwartz , l'entende de cette oreille (2). On ne remerciera jamais assez M. Clavel d'avoir répliqué à la censure et, à vous, M. Lebrun d'avoir, en un exercice de style savoureux, esquissé ce qui vous interroge sur ce big-bang audiovisuel, au moins aussi attendu que le résultat des élections présidentielles de 1981 ou celui de la Coupe du Monde de football 1998… 

(1) France Inter, du lundi au vendredi, 13h30,
(2) Actuel directeur de cabinet de Madame Françoise Nyssen, Ministre de la Culture, auteur du rapport sur l'avenir de France Télévision intitulé "Le chemin de l'ambition", mars 2015. 



mardi 12 décembre 2017

Pierre, Luc et Régis : la sainte trinité pour Saint-Johnny…

Il ne sera pas dit qu'ad vitam aeternam je ne tende pas l'oreille quand j'écoute la radio. Dimanche soir, Martin Penet dans "Tour de chant" sur France Musique rend hommage à Johnny Hallyday. J'écoute attentivement et je souris avec les archives où l'on entend Claude Dufresne, animateur sur France Inter, spécialiste de l'opérette faire le grand écart pour interviewer Johnny. Puis l'émission touchant à sa fin, Penet raconte que pour son premier concert à l'Olympia, Pierre Bouteiller est en direct sur Europe n°1 pour interviewer le jeune artiste et assister à son concert. Bigre ! Bouteiller, jeune journaliste, est entré à Europe en 1958. Il n'a pas encore d'émission (1) mais sa passion pour la musique et le spectacle ont certainement eu raison de cette première où le "Tout-Paris" est présent.
@GettyImages





















Comment retrouver cette archive ? À Europe 1 rien n'est accessible, pas plus qu'à l'Ina. Je tente une recherche sur Magic-Internet avec une description complète des protagonistes de la date et tutti. Bingo l'archive est là. 15'20" de Bouteiller avec Johnny ou l'inverse c'est selon. Ce qui m'intéresse c'est d'entendre la voix du "jeune" Bouteiller. Le son est pourri mais qu'importe. La voix du journaliste est moins grave, le débit plus rapide mais le ton est là. Un peu perfide et taquin. Johnny est calme et joue le jeu de l'interview juste avant d'entrer en scène. Voilà pour Pierre.





Dans Libé hier matin, Luc (Le Vaillant) écrit un papier intitulé "Saint Johnny" (2). C'est Thierry-Paul Benizeau (3) qui me donne l'info, alors qu'on échange sur la littérature qui s'écrit depuis mercredi dernier. "Saint Johnny" commence par cette savoureuse intro : "L’enterrement de Johnny Hallyday à la Madeleine, samedi, raconte les retrouvailles impromptues de l’Etat français et de l’Eglise catholique. Cela témoigne également de la vampirisation salvatrice du show-biz le plus fatigué et du christianisme le plus chatoyant, l’un comme l’autre ayant besoin de cette transfusion d’émotions pour ragaillardir leur squelette décharné par la numérisation des affects." Le ton est donné.

Le Vaillant poursuit "Le plus intéressant dans cette cérémonie est qu’elle témoigne de la difficulté de la République à imaginer des codes et des rituels en matière funéraire. La mort reste la chasse gardée de la religion, même si on applaudit désormais la sortie du cercueil et si chacun joue sa partition éplorée au-delà des cantiques référencés." CQFD.

Et l'on termine avec Régis (Debray) qui dans Le Monde (4), ne se refusant rien ou se faisant plaisir, titre sa tribune "Une journée particulière". Doux euphémisme quand on sait la débauche de moyens qu'a nécessité la parade des Champs-Élysées pour le défunt chanteur. Debray, spécialiste des médias et de médiologie, enfile quelques jolies perles sur la façon moderne de rendre hommage à un chanteur, fusse-t-il estampillé rocker national. Et de nous aider à comprendre "pourquoi cette journée marquera nos annales, tel un point d'inflexion dans la courbe longue d'un changement de civilisation. Elle devrait mériter le manuel d'histoire pour trois raisons majeures." 

Arrêtons-nous sur la troisième. "Troisième titre, décisif, à des lettres d'or : l'institutionnalisation du show-biz, nouveau corps de l'Etat, sinon le premier d'entre eux."  De quoi Monsieur Debray, vous dateriez l'institutionnalisation du show-biz, à ce dernier show où la ferveur populaire a pu se répandre sur les Champs (Élysées) ? Ne pensez-vous pas que le show-bizness s'est institutionnalisé le 22 juin 1961, pour le concert de "Salut les copains", place de la Nation (Paris) ? La Nation (pas très) reconnaissante que ces hordes de jeunes n'aient pas su, sagement assises, écouter leurs idoles.

Le seul fait qu'Edgar Morin, sociologue, baptise dans une tribune au Monde, après le concert de la Nation, la génération des teenagers "génération yé-yé", "yé-yé" promut par le show-bizness naissant, n'est-ce-pas ce jour-là l'institutionnalisation même des adolescents, du rock et du show-bizness ? Dans un lieu hyper symbolique "La place de la nation". Johnny n'a sûrement pas fini de faire couler beaucoup d'encre, de mettre le feu à des analyses savantes diverses et variées. Saint-Johnny étant depuis lurette canonisé on se demande bien qu'elle sera la prochaine étape du show et du bizness. Mais, ya pas d'erreur la meilleur des synthèses est définitivement celle de Libé… "Salut les copains".

(1) Il animera sur Europe n°1 "Je sors pour vous", à la rentrée 68, magazine dans la veine de ce qu'il adore par dessus tout le spectacle, le théâtre, le cinéma, les concerts, la musique,
(2) Libération, 11 décembre 2017, 
(3) Critique musical, ex-chroniqueur dans Easy Tempo de Valero et Jousse sur France Musique et producteur d'émissions de jazz sur la même chaîne,
(4) Daté 12 décembre.