lundi 31 octobre 2016

Le train de la nostalgie : la mémoire en chantant de F.R. Barbry






















Je  l'ai écrit combien de fois, la nuit, France Culture retrouve son lustre d'antan. Et quand Philippe Garbit, grand maître des Nuits, sélectionne un épisode de "La mémoire en chantant" de François Régis Barbry, on fond ou plutôt, on se love sous la couette. On suit ce poète sensible, ce ciseleur de chansons. On est tout ouïe. J'écris "sous la couette" car cette rediffusion a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche dernier. La nuit où on changeait d'heure. La nuit où il n'y a avait aucun risque qu'on prenne un train de nuit (ils n'existent plus). La nuit où Barbry pouvait nous faire rêver, au point de s'imaginer être dans  un sleeping du Train bleu....

Barbry sait si bien mettre en scène les chansons. Raconter une histoire. Et en vingt petites minutes nous donner à réentendre des chansons oubliées ou des chansons inscrites durablement dans la mémoire collective. Dans le train de Barbry, Gérard Manset chante "Le train du soir". Manset côtoie quelques illustres inconnus et Barbry de s'ingénier à mélanger les genres. Barbara virevolte Gare de Lyon... Et l'on chante le rail, comme on chante ce temps des chemins de fer où la vapeur nous transportait sur un petit nuage. Barbry évoque les écrivains que le Train bleu inspire, Kessel et son "Wagon-lit" ou Agatha Christie et "Le crime de Lorient-Express".

Chaque samedi matin Barbry ouvrait grand les fenêtres et, sans jamais se mettre en avant, nous faisait chanter. Et puifs Barbry nous a quitté beaucoup trop tôt, en août 98. Il reste dans ma mémoire comme une vraie petite madeleine, un moment simple, un repère radiophonique en complicité avec un producteur dont je ne savais rien. Barbry est mort un an après que Jean-Marie Borzeix ait tiré sa révérence de directeur, après treize ans de bons et loyaux services pour une radio qu'il avait portée à l'excellence. L'ensemble de ces émissions aurait toute sa place aujourd'hui à France Musique, qu'en pense le directeur de la chaîne, Marc Voinchet ?


dimanche 30 octobre 2016

Manège d'été à France Musique... (9/35)



Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo".

Une semaine d'absence de Retour de Plage et tout est dépeuplé. Ce lundi 25 juillet, Valero revient la joie au cœur avec un très gros gâteau d'anniversaire. Un immense gâteau avec les 50 bougies de Saravah et celles de ce label indépendant créé par Pierre Barouh (avec la complicité de Claude Lelouch et Francis Lai). La "Samba Saravah" (Baden Powell/de Moraes) qui ouvre son set dure, elle aussi, depuis autant d'années. Barouh, tout petits que nous étions, nous a fait plonger dans le Brésil et nous a ouvert grand les oreilles des scies françaises qui inondaient hit-parades et autres marchés... aux puces.  

La gaîté d'un été est revenue ou plutôt se réinstalle doucement. La musique des compères Valero/Jousse y est pour beaucoup. Notre sas (de l'oppression quotidienne de l'actu) s'ouvre chaque jour à 18h et ça, vaut vraiment le coup de tout arrêter pour ça. Tout arrêter pour se remettre dans l'oreille Higelin et Fontaine qui courent après "Cet enfant que je t'avais fait". Tout arrêter pour les rencontres de Pierre Barouh avec portes et fenêtres ouvertes, le swing, les mots déjantés, la verve poétique, les grains de folie, la samba sensuelle et tous les rituels de l'amitié et de la complicité pour le plus souvent possible faire le bœuf.

Higelin "Chope la soupape" ! On l'a chope aussi. On la réécoute, on l'apprend par cœur, on la recrache, on la déchenille, on l'a sourit. Et l'on se dit "J' savais tout du Jacquot, pis en fait j'savais rien de rien". C'est ça la méthode Valero (et Jousse). I s'trémoussent pas, i jubilent pas, i roucoulent pas. Ils cherchent, ils creusent et ils trouvent. Z'auraient été potes avec le Général de Gaulle qui trouvait aussi les bonnes formules. Donc ce 25 juillet, on glisse dans la félicité et la joie simple pour le cœur. On peut réécouter trois ou quatre fois de suite cette émission. Se faire sa nuit blanche. Sa nuit bleue. Son blues et sa chanson. Et se coucher au petit matin avec juste assez d'energie pour fermer les paupières.


Et retrouvez les compères today á 18h

sur France Musique pour Easy tempo


lundi 24 octobre 2016

J'écoute pu la radio...


Robert Arnaut, chroniqueur "sauvage"

















Enfin j'écoute pu la radio toute la journée. Du matin au soir. Et/ou du soir au matin. Finies les nuits magnétiques. Sauvages, éblouissantes, fantastiques. Finies aussi les journées accro où je gardais au cœur de grands moments d'humanité. Maintenant je suis moderne, j'écoute des émissions. Pas en podcast, non, en streaming. Pas en podcast puisque le podcast est devenu un féroce enjeu de comptabilité d'"auditeurs" supposés à l'écoute des émissions qu'ils ont podcastées. En effet, chaque mois, les radios plastronnent en affirmant qu'elles sont championnes du monde. Championnes du monde de quoi ? D'un clic d'abonnement qui très peu souvent se transforme en écoute (1).

Là c'est dimanche, je fais route vers deux lieux de reportage dont je vous reparlerai dans quelques semaines. Mais en voiture, depuis ce matin, je n'ai jamais eu envie d'écouter la radio. Rien de stimulant. La messe de la politique, stop (et pas encore !). Si France Musique voulait bien chanter je chanterais avec elle. La chanson, le dimanche matin, c'est aussi tendance que l'indicatif à l'accordéon de Marc Perrone pour "Culture Matin" de Jean Lebrun sur France Culture (1986-1999). C'était un très subtil clin d'œil proposé par Georges Kiosev, réalisateur à Radio France. Bon c'est vrai ce soir dimanche, sur France Musique, il y aura bien de la chanson dans l'air avec les duettistes Valero et Jousse (Easy Tempo) mais bon le dimanche on pourrait chanter un peu plus, non ? Alors je déchante un peu.

Les fins de semaine (samedi et dimanche) à la radio sont sans joie, sans âme et même sans fantaisie. Le décalage avec "l'Oreille en coin" (France Inter, 1968-1990) est abyssal. La radio ne tente, n'invente plus rien. Ne prend plus aucun risque. Il ne faut surtout pas surprendre l'auditeur des fois qu'il trouverait vite que la semaine (du lundi au vendredi) est bien pâle ou par trop mécanique. L'alternative viendra le jour où on pourra se faire une radio à la carte. Pas une radio de podcasts mais plutôt une radio de streaming, programmable en composant son programme à partir du flux. Et mieux encore en pouvant "mixer" radio publiques et privées, voire des sons venus d'arte radio et autres réenchanteurs de sons.

Les schémas radio inventés après 1945, s'"essoufflent". Les auditeurs zappent, fouillent, composent et recomposent leur écoute. Et l'incongruité d'Europe 1 de proposer en milieu de matinée des histoires et/ou des faits divers, alors qu'il n'y a pas forcément le public captif à cette heure, n'a plus aucune importance (2). Le podcast de l'émission fait "fureur" (sic) et Europe 1 de comptabiliser les auditeurs de flux + les abonnés au podcast. Qu' Hondelatte se gausse des résultats "podcasts" fait sourire. Ni lui, ni personne pour l'instant, ne sauront combien de personnes écoutent. On est bien dans l'air du temps, l'apparence prévaut sur tout. 

Allez tiens je vais réécouter "Chroniques sauvages" de Robert Arnaut. 

(1) Cette course au podcast a réussi á pousser l'absurde jusqu'à ce que certaines émissions soient découpées en deux, comme "Une histoire particulière" diffusée le dimanche à 15h sur France Culture,
(2) "Hondelatte raconte", du lundi au vendredi, 10h30-11h30,

dimanche 23 octobre 2016

Manège d'été à France Musique... (8/35)




Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo.

Vendredi 15 juillet 2016. Lendemain tragique de l'attentat de Nice. Laurent Valero choisit l'apaisement. Blossom Dearie chante, au tempo d'un piano jazzy, "The good Life" de Sacha Distel. Il n'est même pas encore 18h15 et Dearie, tout en douceur, comme s'il faisait déjà nuit, nous laisse imaginer que ce pourrait être l'été et fredonne "(I'm) In Love Again". Nice á plombé le soleil, la joie, les vacances et surtout l'insouciance. Celle de Jesse Belvin, "What News" comme celle de Johnny Mathis "It might as well be spring". La musique adoucit les mœurs. On voudrait y croire.

Valero a le tact suffisant et la culture musicale étendue. Il peut au pied levé bouleverser sa programmation et doucement tenter sortir du cadre affreux de la terreur. Il nous faut bien Gloria Lynne pour partir ailleurs et fermer les yeux pour savourer "I'm glad there is you". Pareil pour June Christy "A hundred years from today". On change d'ère. On se téléporte à Vegas (Sinatra ne va pas tarder) ou dans n'importe quel club de la côte est. On claque des doigts. Le swing revient. Le temps suspend son vol. La thérapie de Valero est magique. On n'aura pas trop d'une heure supplémentaire pour, "Love for sale" (Toni Harper), tenter revenir au monde.

mardi 18 octobre 2016

Radio spontanée... et + si affinités






















Ina global a publié récemment un long article "Quand la radio se révolte". Ce dernier a au moins deux mérites :
- nous secouer les méninges,
- nous rappeler amèrement que la radio est définitivement entrée dans une mécanique imparable, sans aucun espace de souffle ou de silence, sans aucun espace d'inattendu. 
Le postulat de l'auteur : "un instrument de renouvellement des moyens d’expression des luttes sociales et nullement comme une fin en soi".

Des conducteurs au millimètre
Tout doit être pré-programmé dans une émission de radio. Les inserts de musique, les rires imposés (1), les chroniques, les dialogues avec l'invité, l'auto-promo, le parrainage, la pub. Au cordeau. Rien ne doit dépasser. Le temps horaire. L'heure juste. Disparue la fantaisie de l'équilibriste qui jouait avec ses 60' d'antenne. Personne ne doit plus être inquiet de l'inattendu : l'ingé-son, le technicien en cabine, le réal. Il ne faut laisser aucune chance à l'imprévu. Optimiser les risques de dérapage, quitte à ce que la spontanéité déserte les ondes. Quitte à ce qu'un ultra-calibrage empêche la parole de circuler librement. 

Circuler librement. Voilà bien de quoi il s'agit : la liberté. Moteur turbo des radios libres, sauvages, libertaires, éphémères, anarchistes et plus si affinités. L'exact contraire des modèles institués par des chaînes (de radio) qui pilotent des grilles (de programme), font travailler des équipes de réalisation dans des cellules (de montage). Chaînes, grilles, cellules voilà les trois mots que Philippe Caloni (1) aimait nommer pour fustiger le "système carcéral" de la radio.

















À contrario les radios de "révolte" se créent dans l'urgence. "On" a quelque chose à dire, "On" a envie de faire circuler la parole de ceux qui sont dans l'histoire, le conflit, la lutte. Ceux à qui on ne donne jamais la parole. C'est souvent d'une idée spontanée que germe le projet d'émettre. C'est l'urgence de dire et de faire dire. C'est à la fois un sentiment de "puissance" et d'excitation d'être entendu plus large que le propre cercle de ses soutiens.. C'est aussi la jouissance d'être dans la désobéissance et la révolte. C'est la conviction d'agir la liberté et la démocratie. C'est surtout s'affranchir des médias dominants, institués et serviles à l'égard des pouvoirs en place.

Et c'est bien le tâtonnement expérimental cher au pédagogue Célestin Freinet qui crée l'empathie et/ou stimule la participation des auditeurs-citoyens. "Tout est possible" ensemble. Ce fut le cas pour deux radios que je connais mieux : Radio Lorraine Cœur d'Acier (LCA) et Radio Debout au printemps dernier. Dans les deux cas des professionnels (de la profession) se sont engagés dans la création de ces radios et ont entraînés avec eux et formés des "apprentis". En agissant, à Radio Debout, le principe de ne pas spécialiser une fonction et de faire s'essayer chacun aux différents métiers concernés par la mise en ondes.

Ce "brouillon" (2), cet état de fabrique artisanale permanent, est la bonne soupape aux rons-rons des médias enfermés dans leurs tours d'ivoire qui, exceptés les émissions de libre antenne, ont mis en place des émissions cadenassées pour donner la parole aux auditeurs... (3) Pendant que les radios éphémères redonnent sa place aux rêves les plus fous, aux utopies et quelquefois aux réalités de demain.

(1) Vous rirez à moins 5 ou à moins 10, pas avant, pas après,
(2) "Brouillon d'un rêve" dirait la Scam,
(3) "Les auditeurs ont la parole" RTL, "Le téléphone sonne" France Inter, "Inter activ" France Inter...

lundi 17 octobre 2016

L'info à chaud, tarte à la crème des matinales radio...

















Hollande l'a échappé belle ! Le Nobel de littérature attribué à Bob Dylan jeudi dernier a relégué les "racontars" présidentiels, invraisemblables et pathétiques, aux fins fonds de l'info pipole. Pour la presse, la radio, la TV une véritable aubaine. On convoque les gloseurs et on sort du cadre étroit d'une France enkystée dans la politique, les primaires et autres primates du XXème siècle incapables de faire autre chose que de se régénérer en boucle.

Donc, vendredi matin, les radios s'en donnaient à cœur joie pour se poser la question existentielle du siècle "Bob Dylan, ses protests-song et autres ritournelles folk-rock est-ce bien de la littérature ?" Comme si au pied levé, le moindre anchorman de matinale pouvait, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, répondre, finger in the nose, à la dite question. La démonstration d'hystérie collective lors de la mort de Bowie au début de l'année n'avait pas suffi à convaincre les omniscients qu'ils étaient illégitimes à gloser vaille que vaille, de tout sur tout.

La nouvelle chaîne d'info du service public, France Culture Infos, ne pouvait faire l'impasse sur un tel sujet... culturel. "Erner et l'équipe des Matins" (1), le big band journalistique du moment, convoquait illico Antoine Compagnon pour éclairer notre lanterne des fois que, pauvres radoteurs de chansons, nous soyons désemparés de savoir si ce Nobel est bien mérité !


















Erner et l'équipe des Matins, poseront les questions les plus plates de la terre, dont l'évidente "Qu'est-ce que la littérature ?", pour laquelle Jean-Paul Sartre avait produit un essai en 1948. Le philosophe eût été légitime à s'interroger sur Dylan, Erner et l'équipe des Matins beaucoup moins. Pour les journalistes, Dylan est un sujet comme tant d'autres. Ça ou peindre la girafe c'est pareil. Mais il faut à tout prix que la troisième chaîne infos de Radio France (2), réagisse à chaud. Comme si ce sujet n'avait pas pu attendre quelques jours pour être développé sur la chaîne ?


J'ai écouté Compagnon en streaming après avoir lu un journal papier, en l'occurrence Libération. Je n'ai aucun avis sur la "légitimité" de Dylan à être Nobelisé. Je continuerai à chanter ses chansons et á être convaincu que "The Times they are changing". Par contre j'ai écouté le Banzzaï de Nathalie Piolé sur France Musique, montrant entre autres, une part de l'étendue et la reprise du répertoire de l'ex-hobo de Greenwich Village. Et ne raterai (j'écris ce billet samedi) pour rien au monde les deux heures d'EasyTempo que Laurent Valero et Thierry Jousse consacreront dimanche à 18h sur France Musique au folksinger (3).

Dans ces deux derniers cas, une vraie recherche autour du répertoire dylanien, l'exact contraire de la pastille effervescente que Mathieu Conquet glissa à l'issue des Matins vendredi dernier sur France Culture. Une illustration en forme de pléonasme pour laquelle  Conquet a prétendu, sans rire : "Bob Dylan n’est pas un écrivain mais quelque chose qu’on ne traduit pas en français, un songwriter". Conquet devrait postuler au jury du Nobel ! 

(1) L'anchorman de la matinale est affublé d'une équipe pour le cas où l'on imaginerait qu'il fait tout tout seul. Façon pour la rédaction de la chaîne de suridentifier le territoire immense qu'elle occupe dans les programmes. 
(2) Après France Inter et franceinfo,



Antoine Compagnon


Mathieu Conquet


Nathalie Piolé

dimanche 16 octobre 2016

Manège d'été à France Musique... (7/35)



Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo.

Le 14 juillet 1993, Léo Ferré faisait un ultime bras d'honneur à la Marseillaise en cassant sa pipe sous le ciel d'Italie. Ce 14 juillet 2016, Laurent Valero ouvre le bal avec "La Marseillaise" de Ferré et enchaîne avec "Les poètes" interprété par Gian Maria Testa. Pour digérer le folklore républicain "has been", il fallait bien nous rappeler le poète, le musicien et le libertaire Ferré pour sortir des commémos insupportables.

Sans être le moins du monde cocardier, Valero nous donne à entendre des interprétations de chansons de Barbara et de Brassens. Ces deux-là ne devant pas non plus
être au garde-à-vous devant les défilés militaristes. Ça swingue et ça revisite le patrimoine de la chanson française sans qu'il ne soit jamais besoin de sortir tambours et trompettes. On est bien, loin des clichés, des flonflons et des artifices.

Les Gainsbourg, Trenet, Nougaro et Brel qui s'en suivent complètent une féérie française qui donne envie de ne jamais fermer ce petit bal que Valero a su mener de main de maître.


Et retrouvez les compères today á 18h
sur France Musique pour Easy tempo


dimanche 9 octobre 2016

D'aquarelles en grèves : Louis-Marie Faudacq peintre-douanier...

Femmes arrachant le goémon
Crédits : Collection particulière J. Porée.




















Si la radio publique se déplace en Bretagne, je tends l'oreille. Si c'est un dimanche, s'il y a la promesse d'une histoire j'interrompts toute activité. Au siècle précédent, Kriss, sur France Inter, nous emmenait le "Dimanche en roue libre". Geneviève Ladouès, elle, sur France Culture, nous racontait "Un jour au singulier". Ces deux femmes de radio ont enchanté le septième jour de la semaine. Et tous ces dimanches qui savaient prendre la mesure d'un autre tempo que celui de l'actu. 

Dimanche dernier (1), Nedjma Bouakra et François Teste, sont partis sur les traces de Louis-Marie Faudacq (1840- 1916), douanier et peintre de la vie ordinaire du littoral, celui à l'époque des mal-nommées Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes d'Armor. J'écoute et tends d'autant mieux l'oreille que le sujet de la peinture et du littoral réunissent deux passions (2). De fait, si pour présenter Faudacq, l'expression "Chroniqueur de la côte nord" a du sens en Bretagne, c'est plus difficile pour l'auditeur qui situerait le Nord... à Dunkerque.

Pour ma premiére écoute, en flux et en direct, je me suis laissé porter par l'histoire, visualisant parfaitement les situations et les paysages évoqués, voire même les figures typiques de ceux qui ont témoigné. "Mon" littoral est à quelques kilométres plus à l'ouest, à l'extrême pointe nord-ouest du Finistère, même. J'ai moi-même arpenté dunes et grèves, ports et quais, roches et îles pour comprendre et partager les métiers et savoir-faire de ceux qui vivaient de la mer et de ses ressources. 


Scène de régate  Collection particulière J. Porée.
















Lors de la deuxième écoute, je me suis demandé comment des auditeurs qui n'habitent pas ou ne connaissent pas la Bretagne, peuvent situer non seulement le "pays" concerné, mais surtout l'époque évoquée, quand il aurait été bon de la situer, dés le début du documentaire, entre la naissance et la mort de Faudacq. Avant d'écrire ce billet, je me suis entretenu avec Nedjma Bouakra. Cette productrice connaît bien le littoral du Trégor-Goélo (3), elle est "dedans". Sans doute en phase avec son sujet a-t-elle quelquefois omis de préciser quelques "évidences" pour ses auditeurs de Die, de Carcassonne ou de Givet dans les Ardennes, lieu de naissance du peintre-douanier ?

Mais j'ai été assez surpris que Guy Prigent, ethnologue du littoral, parle d'évidence en ce qui concerne les algues et les métiers s'y rapportant. D'abord quand il dit le mot "goémon" il aurait dû préciser que c'était le nom générique que l'on donne à toutes les algues en Bretagne (4), et mieux encore traduire le nom vernaculaire d'une espèce pour que l'auditeur "lointain" puisse comprendre de quoi il retourne. Ce n'est pas parce qu'il ne s'agit pas d'une émission scientifique qu'il n'y a pas lieu de faire œuvre de pédagogie et de donner à l'auditeur les clefs minimales pour imaginer.

Dans un précédent billet, j'évoquais que cette émission puisse s'approcher de "La matinée des autres" qui, sur France Culture, permettait de vulgariser l'ethnologie. Dimanche dernier, si j'ai pris plaisir à arpenter de l'oreille, grèves et estrans, j'ai surtout eu beaucoup de satisfaction à découvrir Louis-Marie Faudacq, ce peintre qui m'était totalement inconnu. Nedjma Bouakra, m'a donné envie d'aller y voir... de plus prés. Mais ce documentaire nous a fait surtout sortir de la nasse de l'évènement, de l'éphéméride, du saucial à toutes les sauces. Bref, le temps d'une heure, un dimanche, nous avons pu prendre le large et voguer sur presque 180 ans de vie maritime et rurale. Et ça, pour l'histoire, ça n'a pas de prix.




(1) "Une histoire particuliére", le dimanche à 15h,
(2) Mon métier d'aujourd'hui me donne l'occasion de peindre et de dessiner. Un métier précédent m'a conduit à travailler pour la filiére algues marines sur l'ensemble du littoral français,
(3) Petite "région" des Côtes d'Armor,
(4) En Normandie on dit "varech",

(5) Parler d'un matelas de lichen peut induire en erreur l'auditeur. Le "lichen" est communément un champignon que l'on trouve sur les arbres et sur les rochers non recouverts par la mer. Ici le lichen est le nom donné par les récoltants à une petite algue rouge, très recherchée pour ces qualités gélifiantes et qui, sur tout le littoral, de la Normandie à la Vendée porte plusieurs appellations.

Manège d'été à France Musique... (6/35)



Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo".

Ce mercredi 13 juillet, Laurent Valero prend les eaux entre jazz et chansons. Et voilà qu'approche Boris Vian "J'en ai marre de l'amour" version française de "I' am trough with love" interprétée par DianeTell. Quelle classe ! Qui d'autre que Valero (et Jousse) peut balancer du Diane Tell à France Musique un après-midi d'été qui, langoureusement s'étire grâce au charme et à la délicatesse d'un Vian beaucoup trop vite disparu. Qui ? Personne !

Et de poursuivre en majesté : "Le déserteur" (Boris Vian) avec au piano, Giovanni Mirabassi qui prolonge d'autant une désertion pour tout ce qui claque, brille, consomme, jette et oublie. Je crois bien le dire ici chaque semaine,  c'est la magie de la programmation, des enchaînements et des histoires qui font de ces #RetourdePlage le moment savoureux des fins de journée (souvent plombées par les épisodes tragiques de la fin du monde). Pour redire aussi qu'à la deuxième écoute on est tout aussi séduit.

Autant de découvertes "Machins Choses" (Serge Gainsbourg, ici par Christiane Canave) qui quelquefois vous laissent pantois. Et même si Aznavour vient s'y frotter on roucoule, on siffle et on sirote deux bonnes heures de musique indispensables à nos dimanches d'automne pour se croire encore un peu en été. 


Et retrouvez les compères today á 18h 

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lundi 3 octobre 2016

La défaite des saltimbanques...

Jean-Louis Foulquier, saltimbanque,
animateur de "Saltimbanque", France Inter, 1977



La radio (publique et privée) en pleine effervescence de compassion depuis les attentats de Charlie en janvier 2015 a radoté à satiété qu'il était temps de revivre "Ensemble" et de renforcer les liens de la famille, des amis, des voisins. La main sur le cœur, à l'unisson, les patrons de chaîne ont exorté les citoyens français à retrouver le sens des valeurs simples et fraternelles. Et le dimanche ne serait-il pas le meilleur jour pour cela ? Sans doute mais ce serait compter sans le laminoir implacable de l'actu et de l'info. Actu qui a besoin d'exister au risque de subir un silence mortel qui interromprait fatalement le réflexe conditionné des auditeurs pour tourner le bouton de la radio. Auditeurs à qui l'on a fait croire que biberonner l'info est indispensable et vital. Jusqu'à l'addiction, au point d'avoir engendré un TOC moderne et civilisationnel. 

Les matinales d'infos de toutes les chaînes de radio permettent à Médiamétrie de justifier ses études et aux patrons des dites chaînes de ne pas lâcher la proie pour l'ombre. Les pics d'audiences du matin (6/9) et du soir (18/20) périodes au cours desquelles l'info est reine, cachent la forét des programmes. Entre les deux il "suffit" de "divertir" et quelquefois même de "divertir par l'info". Cette "pollution" des ondes par une agit-prop (agitation-propagande) new-look s'est installée progressivement au risque de revendiquer devenir le mètre-étalon du programme de radio "moderne". 

En 1986, France Culture diffusait en 6 séquences distinctes 59' d'infos par jour. Trente ans plus tard c'est un long tunnel interminable qui squatte les ondes de la radio culturelle ! Avec, à la clef, des émissions qui, sur la base d'infos et d'actualité, en rajoutent dans le processus. La saturation est proche de l'overdose. Les gourous et autres "malades de l'info" qui ont laissé se dévoyer la chaîne culturelle risquent de "tomber de l'armoire" quand la "représentation nationale" (mots si chers à Mathieu Gallet, Pdg de Radio France) taillera, à la serpe les doublons, triplons et autres quarterons de rédactions qui se superposent à celles de France Inter et de franceinfo !

Plutôt que de prendre des risques avec les saltimbanques, comme a su le faire la radio publique depuis 1963, la frilosité et l'absence de "prise de risque", depuis 2000, sont devenus la norme. Le dimanche, Laurence Bloch, directrice d'Inter, peut donc clamer haut et fort que les Français aiment la politique pour imposer deux heures d'infopol, animées le dimanche midi par Nicolas Demorand. Sympas les repas de famille : avaler les couleuvres que débitent sans relâche des "requins de plateaux", indigestes et usés jusqu'à la corde. 

Cette dévotion indécente à l'actualité produit et produira les effets contraires de ce qui est recherché : le décryptage de la politique. Celui-ci n'est, une fois de plus, que la sempiternelle resucée de "Cartes sur table", "L'heure de vérité" ou autres 7/7 dominicaux. Les politiques sont indécents et le miroir, aux alouettes, que leur tendent radios et TV, pour assurer leurs propres audiences, finira bien par se briser. Il sera alors bien trop tard pour se rendre compte que la radio a tué la poule aux œufs d'or et a fini par marginaliser et exclure les saltimbanques qui, eux, ont fait les belles heures d'une radio qui croyait en la création radiophonique tout azimut. O tempora o mores..



Georges Lourier animait les "matinales" de France Inter (Le réveil en fanfare) avant que les journalistes s'imposent et imposent des sessions d'infos en continu. Ici sa rencontre avec les auditeurs le samedi matin "Samedi chez vous"....

dimanche 2 octobre 2016

Manège d'été à France Musique... (5/35)



Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo"…

Ce lundi 11 juillet, Valero rimera avec Nougaro. Le tempo est donné, on file dans une ferme du Poitou, oú un coq aimait une pendule. Un coq Maurice Vander ? Un coq qui a composé la musique de cette très jolie fable bucolique et même un tout petit peu lyrique. Puis Nougaro, au superlatif de son amour, nous conte "Sa majesté le jazz". Pour ce morceau oú Bernard Lubat est à la batterie, ce dernier raconte : "Nougaro c'est ce que j'appelle de la "moésique" à équidistance de la poésie et de la musique". Le tableau est dressé, Valero va pouvoir enrouler son ode au poète, au musicien et au jazz qui lui coulait dans les veines.

Et retrouvez les compères today á 18h 
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