jeudi 30 octobre 2014

Lire Modiano OK, mais l'écouter à la radio ?















Il semble bien qu'on fasse un procès d'intention littéraire à Madame Fleur Pellerin. Je me marre. Et la radio ? Ils l'écoutent la radio les ministres ? Je rêve de filer à l'Assemblée Nationale et d'interviewer une par une et un par un les représentants de… la représentation nationale. Pour juste voir comment ils écoutent la radio et quoi. On va bien se marrer, non ?

Passés les matinales et le très évident et indispensable "France Info", je doute fort qu'aucun député ne soit en mesure de nous parler d'une émission, d'un animateur et mieux d'une écoute régulière de la radio. Normal quand on connaît le temps que passent ces humains dans la "vraie vie" et… à la télévision. Pour autant ces gens très sérieux votent les budgets de l'audiovisuel, interpellent en commission les Pdg de Radio France et de France TV, et posent aussi, quelque fois, des questions pertinentes. Pour autant je ne crois pas une seconde que les députés écoutent la radio.

Entendons-nous bien, "écouter" la radio c'est être dedans. Pas juste un flash, la chronique géopol ou éco, une grande gueule ou l'humoriste du moment. Pour parler de la radio il faudrait l'écouter sur la durée au minimum chaque jour, voire 7j/7, ce qui n'est certainement pas le cas. Alors quant à lire des livres quand on est Ministre de la Culture ou regarder Michel Cymes quand on est Ministre de la Santé n'est pas plus pertinent que de nous laisser accroire que les députés écouteraient la radio (1).

Ceci étant, je vais rattraper une lacune et lire… Modiano

(1) Si Guy Birenbaum était dispo j'irai bien avec lui à la "Chambre des Députés" pour confirmer ou infirmer le point de vue exprimé ci-dessus…

Inauguration de la RTF, 1963. De Gaulle…

mercredi 29 octobre 2014

Lip… c'est (encore) possible

Affiche du film de Christian Rouault, 2007



















Lip, c'est possible que ça reste un symbole et au-delà une part de l'histoire ouvrière, une part de l'autogestion, une part des utopies post-68. Lip c'est la parole des femmes -Monique, Fatima- comme vous pourrez l'entendre ci-dessous. Lip c'est "on prenait du temps pour réfléchir" (1). Lip c'est aussi le début de la fin des glorieuses et la "fin" de l'autogestion. C'est aussi la morgue du pouvoir pompidolien et du capitalisme.

Le mouvement sauvage de Lip colle (encore) à l'époque. "Les archives inédites retrouvées des assemblées générales des ouvriers lors du conflit se dévoilent, des compositions électro-acoustiques s’immergent dans la vie de l’usine et laissent apparaitre de nouveaux horizons sonores, les voix narratives nous interpellent sur notre capacité à agir… aujourd’hui" (2)

""Le Dehors et le dedans" est un documentaire qui évoque ces luttes extérieures –visibles- et nos luttes intérieures –invisibles- et nous interroge. Comment passe-t-on de l’inaction à l’action ? Comment le collectif aide l’individu à s’émanciper ? Comment l’individu nourrit le collectif? Comment notre équilibre intérieur/extérieur, notre «dehors» et notre «dedans» nourrissent nos prises de décisions et de position ?" (2)

Aurélien Bertini réussit un documentaire sensible (3). Il remet en avant la mémoire ouvrière et plus que ça. Il nous interroge sur l'aujourd'hui des luttes, sur l'engagement, sur  "l'imagination au pouvoir" et sur la… fatalité inexorable qui s'est abattu sur nos sociétés "modernes".

Pour ce documentaire on aurait envie de se réunir, en cercle, et d'écouter ensemble. De vibrer ensemble et surtout de "remettre les pendules à l'heure".




(1) Comme le principe de "l'An 01" du dessinateur GéBé, et du film éponyme de Jacques Doillon (1973), 
(2) Présentation du documentaire d'Aurélien Bertini,
Diffusions FM prévues : Radio Campus Besançon / Radio Grenouille Marseille / Radio Campus Pau / Radio Campus Paris / RTBF La Première Bruxelles (Belgique) / RCF Besançon / Jet FM à Nantes / Von 88 à Berlin,
(3) Aurélien Bertini est journaliste depuis 2003. Il travaille en tant que reporter sur la vie des quartiers pour le Gip Epra jusqu’en 2013, pour Radio Sud Besançon puis pour Radio Campus Besançon à partir de 2008.

mardi 28 octobre 2014

Le Havre… de paix

Nicolas de Staël
















Filant vers Le Havre pour l'expo Nicolas de Staël je remets dans mes oreilles les 4 épisodes  de "Le Havre, chambre d'échos" de Charlotte Roux… and Co. Faites les deux vous aussi…


lundi 27 octobre 2014

Radio-Archives (suite)…

Le poste d'un amateur de radio… ©Philippe Lacorne

















Je continue de lire le n°3 de la revue "Ina Global" et l'article de Léo Scheer "inventeur de Canal Plus" m'a beaucoup intéressé. Au début des années 80 un grand groupe de communication s'intéresse à la télévision au point d'élaborer ce qui deviendra la quatrième chaîne cryptée et payante, avec la bonne part de succès que l'on sait. 

Passée l'euphorie de la libération des ondes radio en 1982 qui a vu se multiplier les radios… commerciales, qui a eu l'idée et le génie d'avoir un grand projet pour la radio ? Si depuis deux ans l'esprit du progrès souffle sur la radio filmée-augmentée-imagée, personne ne semble s'intéresser au patrimoine radiophonique constitué par ses archives dont la valorisation et la promotion mériteraient de tracer un nouveau cap. Notamment en les rendant accessibles à tous par la création d'une web-radio et/ou d'une plateforme dédiée à cet usage. 

Cette "radio-archives" qui mobiliserait Radio France et l'Institut National de l'Audiovisuel ne semble intéresser personne au point d'en faire une grande cause culturelle et patrimoniale. Le stock énorme des archives radiophoniques de l'Ina ne trouve à Radio France une part sensible de diffusion régulière et permanente que sur France Culture 7j/7 pendant les Nuits (1). Alors qu'une diffusion 24h/24 trouverait son, ses publics attachés à découvrir, redécouvrir les richesses produites par la radio publique ou privée.

Les chercheurs universitaires cherchent et trouvent des merveilles dont ils rendent compte au cours de colloques et autres journées d'étude. Après celle du 9 octobre aux Archives nationales (2), la journée d'étude du 28 novembre montrera comment sur le thème de la Grande Guerre (3) les archives permettent une autre mise en lumière, d'autres analyses et l'approfondissement original d'un sujet déjà si vaste.

On voit bien avec cette "éditorialisation" des archives comment celles-ci trouveraient toute leur place sur un support audio dédié. Au-delà des recherches en cours ou abouties c'est tout le patrimoine radiophonique qu'il conviendrait d'éditorialiser. Programme de Titan ? Sans doute. Il est urgent de se mobiliser pour cette cause mais qui le veut vraiment ? 

Histoire et souvenirs des débuts de la radio française



(1) De 1h à 6h du lundi à vendredi, de minuit à 6h les samedi et dimanche,
(2) "Les sources de l'audiovisuel", Archives Nationales, site de Pierrefitte/Seine, www.archives-nationales.culture.gouv.fr,
(3) "Les archives et la radio. Évolution de l'usage des sources : le cas de la Grande Guerre". Programme sur calenda.org. Entrée libre aux Archives nationales, site de Pierrefitte/Seine. 

vendredi 24 octobre 2014

Des brèves dont la radio… s'honore

"Ossessione" de Visconti


















Villerupt : ville italienne en France
Jean Lebrun aime les rapprochements. Quand il raconte l'Histoire il cherche toujours à lier ce qui pourrait sembler lointain. Alors que démarre LE festival du film italien à Villerupt en Lorraine, Lebrun recevait hier Mathias Sabourdin pour son dictionnaire du cinéma… italien (1). Sabourdin n'a jamais été à Villerupt, moi si, pour assister à la projection d'"Ossessione" (2) de Luchino Visconti. Qu'il était bon d'avoir les commentaires en "live" (et en italien) pendant la projection d'un film noir tellement…  réaliste.

J'en profite pour enfoncer le clou de la "radio augmentée". Écouter les extraits de films fait revenir en mémoire les images et les souvenirs périphériques qui vont avec. Si ces images étaient apparues sur l'écran de ma radio elles m'auraient empêché de titiller mes souvenirs. Et si je ne connaissais pas le film elles m'auraient empêché de me faire mon film. Je suis à la radio, j'écoute une histoire dont j'accepte de n'avoir aucune illustration si ce n'est celle du son.

Ceci complètera le dialogue engagé avec Christophe Payet. Le "risque" dans 20 ans, c'est que le producteur de "La nouvelle marche de l'histoire" n'aura d'autre choix que d'associer de l'image car ce sera devenue une pratique "obligée" et banale. L'imaginaire et la mémoire y perdront beaucoup. Et même si la vision est "facultative" elle ne sera plus qu'une façon marginale d'écouter la radio, un peu comme "les derniers des mohicans" qui n'ont jamais eu la télévision.



Radio Classique
Je ne pensais vraiment jamais vous parler de cette radio que je n'ai jamais écoutée ni même que je n'écouterai jamais. Mais voilà, ayant acheté "L'Obs" pour y voir sa nouvelle maquette (ratée) j'ai pu "profiter" du supplément TéléObs qui comme son nom l'indique ne parle que des écrans (3). Et là, surprise, trois pages sur Étienne Mougeotte qui n'est plus dans les écrans mais qui officie maintenant comme directeur de Radio Classique. Diantre, cela m'avait échappé. Et donc de découvrir qu'Alexandre Le Drollec qui interviewe Mougeotte lui pose deux questions sur la radio et douze sur l'ex-Mougeotte des autres médias qu'il a fréquentés.

Résumer Radio Classique à Guillaume Durand, Patrick Poivre d'Arvor et Claire Chazal montre bien à quoi peuvent servir ses stars qui viennent donner leur caution médiatique à LVMH (4). Étaient aussi passés par là Eve Ruggieri, Jean Luc Hees et d'autres dont je sais qu'Hervé Marchais (blog "le Transistor") me fournira la liste plus promptement que le dernier prompteur à la mode… radio.

Je me souviens de Mougeotte à Europe 1 à la fin des années 70, où le journaliste réactionnaire vantait à longueur de chroniques ou de partis-pris les charmes du giscardisme et du nucléaire. C'est sa chronique du nucléaire que j'avais entendue en me rasant qui m'avait fait ranger ce dévoué supporter du progrès au rang des journalistes rasoirs. À l'époque j'ai du retourner sur France Inter…

(1) Dictionnaire du cinéma italien : ses créateurs de 1943 à nos jours, Nouveau monde, 2014,
(2) "Les amants diaboliques",
(3) Formule maline qui permettra demain de parler des écrans radio, CQFD,
(4) Depuis 2007 Radio Classique fait partie du Groupe Les Echos, pôle médias de LVMH Louis Vuitton Moët Hennessy (Source Wikipédia),

mercredi 22 octobre 2014

Le voilà le scoop du siècle…

La petite pastille bleue en haut
à gauche indique "4 pages Télévisions"






















Le Monde (quotidien français) a changé récemment de formule. Maquette aérée, belle gestion des blancs, textes raccourcis excepté souvent une double page "narrative". Sur ce registre Le Monde sait faire. Tant qu'à faire, le supplément "Télévisions" qui paraissait le samedi a disparu. Pour ce qui est de la TV je ne sais pas mais pour la radio c'était Waterloo morne plaine et people à gogo sur… une page.

Samedi dernier 4 pages "Télévisions(sic) seront désormais consacrées à ce média et sans doute aussi à la radio. Un billet explique que les lecteurs se plaignent de n'avoir plus de grilles (1). Ça ne va pas durer ni la radio ni la TV ne vont tenir dans leur "cage grillagée" respective. Et puis voici que se rapproche le scoop. En page 22 "Une autre culture du matin". Ouh là on le voit le gros poisson-pilote qui ne va pas tarder à monter dans le filet du journaliste. En sous titre : "Animée par Marc Voinchet, la matinale de France Culture se distingue par son éclectisme et son tempo". Du miel. C'est pas ça le scoop. Je vous décortique in petto ce titre et sous-titre.

Le titre ressemble au coup de pied de l'âne du directeur de la chaîne qui a eu du mal à avaler que sa collègue de France Musique Marie-Pierre de Surville invente une matinale culturelle sur sa chaîne depuis la rentrée (2). Donc "Une autre culture du matin" va permettre de faire de la rhétorique sur le mot culture. Ça vient. Le sous-titre en citant l'éclectisme lorgne du côté du "nouveau" mot d'ordre de … France Inter. Vous disiez "Intérisée"  ? Quant au tempo c'est un bon mot qui ne veut rien dire (3).


Marc Voinchet












Le scoop des scoop (à inscrire au fronton de la maison de la radio)
Je ne sais si Joël Morio, le journaliste qui rédige l'article écoute la radio. Le tableau qu'il dresse ressemble à un inventaire sans âme et sans écoute fine de la matinale. Par exemple l'écoute-t-il depuis aussi longtemps que Voinchet l'anime ? On a bien une idée mais on va jouer le bénéfice du doute. Par contre avant d'écrire son papier Morio a du (re)lire ce qu'Hélène Delye avait écrit sur l'anchorman de la matinale, il y a pile un an dans Le Monde.

Et voilà le scoop. Préparez-vos mouchoirs ! "Un rentre-dedans [celui de Voinchet, ndlr] qui n'est pas sans rappeler celui de… Jean-Jacques Bourdin, le journaliste vedette de RMC. Les deux hommes se vouent d'ailleurs une admiration mutuelle". Ça y est vous êtes tombé de votre fauteuil. Avouez que c'est la révélation du siècle, non ? Morio, il écoute aussi Bourdin ? Il se garde bien de nous le dire. À ce niveau d'information, digne d'un futur Pulitzer, je pense qu'il faudrait demander à Monsieur Schrameck (4) d'organiser un show entre les deux journalistes à "l'admiration mutuelle". Qu'on en finisse et qu'ils changent de chaînes, on verra bien l'accueil que réserveront les chauffeurs de taxis-auditeurs à Marc Voinchet siglé RMC. Quant à Bourdin avec Caroline Fourest ça va donner !


Olivier Poivre d'Arvor


















Le coup de pied de l'âne (suite)
Donc Olivier Poivre d'Arvor, ci-devant directeur de France Culture, n'aime pas avaler les arêtes. Alors pour faire bonne mesure profitant du canal historique - de référence de "l'élite française" - il dit à Morio : "J'ai voulu une matinale géopolitique et de réflexion, ce qui n'exclut pas du tout le culturel. Un intellectuel, lorsqu'il se lève le matin, ne se dit pas “que vais-je acheter comme disque” ou “quelle expo vais-je aller voir”, mais “est-ce que le monde va bien ?”. Et il sait de quoi il parle d'Arvor puisqu'il est lui-même un intellectuel. CQFD.

Décryptage. Quand ça l'arrange le directeur cible les auditeurs de "sa" chaîne comme étant des intellectuels alors qu'ailleurs il revendique de plus en plus de jeunes, étudiants ou actifs (sic) qui se branchent sur la matinale. Faudrait savoir. Marie-Pierre de Surville n'a qu'à bien se tenir. Non mais des fois ! Sauf que l'argument est totalement bidon. Lundi matin, Geneviève Brisac, écrivaine, invitée de la "matinale culturelle" de Vincent Josse sur France Musique a déclaré apprécier et écouter cette "matinale douce" (5). M… voilà donc une intellectuelle qui s'égare dans la culture de France Musique. Risible d'Arvor. Aveu de faiblesse et arguments fallacieux. Rideau. (6)

Comme il est bon de le constater, Le Monde ne proposera, pas plus qu'avant, d'analyse de fond de la radio et encore moins d'analyse des émissions ou de ses animateurs. Pour autant le samedi, entre la poire et le fromage, quatre pages légères, ça peut distraire ou faire rire. À moins de mettre ce temps à profit pour… écouter la radio. 
À bon entendeur, salut !



(1) "Comme nous l'écrivions dans le journal du 7 octobre, "la façon dont nous regardons la télévision a considérablement évolué ces dernières années, le regard du Monde devait changer lui aussi". On notera que les journalistes du Monde regardent la TV mais n'écoutent pas la radio. CQFD,

(2) Marie-Pierre de Surville, dans le Monde daté 24/25 août déclare :"France Culture s'est "Interisée" et propose une matinale très riche en infos… Nous avons donc un beau créneau à occuper avec l'actualité culturelle."
(3) Tout ce qui est écrit est contestable : les durées de séquence, les assertions qui ressemblent plus à de la reprise de com'. Un article promotionnel qui n'est certainement pas basé sur l'écoute de longue durée,
(4) Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA),

(5) Et Philippe Caubère (mais ce n'est peut-être pas un intellectuel) vient de déclarer à Josse ce matin 22 octobre qu'il écoute France Musique toute la journée…  Et demain Roman Polanski, on se demande bien pourquoi Polanski pourrait intéresser les intellectuels (qui écoutent France Culture) ?

(6) Comme je ne suis pas un intellectuel, - j'ai choisi mon camp camarade -, j'écouterai Josse le matin.

mardi 21 octobre 2014

Radio poil à (re)gratter…






















Part tri
Voici donc la deuxième partie de mon billet. France Inter a montré la liberté qu'elle laisse à ses chroniqueurs pour que ces derniers s'autorisent, sans haine et sans crainte, à critiquer la "nouvelle radio" ou plutôt la nouvelle façon de faire de la radio… en la filmant. Le débat ne fait que commencer. Il aura lieu absolument ailleurs que dans un hebdomadaire opportuniste qui, après s'être auto-proclamé "de référence", pense être, par quelques avis postés sur son site, en mesure de prendre le pouls des tendances et des réalités de la radio… filmée. Grrrr… foutaise quand tu nous tiens ! 

Donc Rollin dégoupille, Payet regoupille et l'auditeur dans tout ça ? Il a le choix c'est vrai. Comme moi qui n'ai pas encore regardé une seule matinale d'Inter en vidéo. Pas besoin. Le son me suffit. Et je ne veux surtout pas voir Rebecca Manzoni. Je veux l'écouter, tendu et entendre les nuances de sa voix pas regarder sa frimousse ou ses habits. Pareil pour la Charline…

Quant à Rollin je me dis "et s'il s'était appelé Morel ?". François Morel même (1). Le même qui, vendredi après vendredi, nous touche, nous émeut, nous fait rire et interroge nos vies quotidiennes et banales. Alors si ce Saint-Morel,- c'est affectueux -, avait dégoupillé la radio filmée y'aurait-il eu le même fracas en interne et en externe ? Pas sûr. Je ne sais fichtre rien du point de vue de Morel sur le sujet. Morel, au théâtre et à la télévision, est servi depuis longtemps par l'image et la vidéo. Pour autant il a une place à part parmi les chroniqueurs d'Inter et ses "points de vue" sont très majoritairement appréciés, likés, retweetés, commentés, et tournent rond sur les plateformes web. On ne saura donc rien de son point de vue à moins que, de derrière les fagots un vendredi matin, au débotté…

Du poil à gratter oui, mais pas n'importe comment serait-on tenter de croire après la "fronde" contre Rollin ? C'est là que ça se corse ou que ça se gratte justement. Tant mieux que Rollin ait dégoupillé, tant mieux que Payet ait regoupillé et tant mieux que le débat s'instaure. Hervé Marchais (2) avec qui je cause souvent, (ben oui, c'est une confrérie les blogueurs radio) est assez dubitatif sur les arguments de Payet et cite avec gourmandise et pirouette la vanne de Chris Esquerre à Canal + : "De même qu'il y a maintenant la radio filmée, il faut qu'on ait la télé écoutée." (3)

Moi depuis tout petit j'ai adopté pour la TV le principe de Boris Vian : "J'avais la télé, mais ça m'ennuyait/Je l'ai r'tournée d' l'aut' côté c'est passionnant". Alors le jour où mon transistor aura un écran j'appliquerai la méthode Vian (4).

Mes chers auditeurs vos avis multiples et variés m'intéressent. Merci à Sylvain Ernault de m'avoir signalé "Est-ce le boulot de France Info de faire de la vidéo ?", soit la chronique du médiateur de Radio France, Jérôme Bouvier. 

Ajout du 24 octobre 2014 (extraits)
Daniel Psenny a publié dans Le Monde le 23 octobre (édition abonnés) "Les radios sous un nouvel éclairage" : "Depuis septembre, un petit écriteau a été posé sur les portes des nouveaux studios de France Inter. Il vise à avertir les invités des émissions qu’ils seront filmés pendant leurs interventions. Une simple précaution pour éviter un éventuel recours juridique concernant le droit à l’image de chaque individu. Mais, aussi, une manière de permettre aux invités désirant ne pas retrouver leur bobine en boucle sur les réseaux sociaux de refuser de participer à l’émission." et ceci :

"Pour souligner sa différence, la direction de France Culture prépare pour début 2015 une formule inédite de radio filmée, qui se déclinera sous la forme d’un journal télévisé hebdomadaire réalisé par un cinéaste de renom. Il y racontera, par un montage d’images, les « choses vues » tout au long de sa semaine dans les locaux de France Culture. « Il est important de pouvoir offrir à nos auditeurs un objet original de création, comme c’est déjà le cas avec la revue France Culture papiers », souligne Olivier Poivre d’Arvor."

(1) À 8h55 sur France Inter, le vendredi,
(2) Blog "Le Transistor",
(3) "Importantissime" (Canal+),
(4) Ce qui ne m'empêche pas de regarder des web-docs, des dossiers sur les sites des chaînes, …

Radio poil à gratter…

Rollin… homme sandwich












Bon ben la vie du blogueur fou et néanmoins solitaire n'est pas tous les jours rose. J'aurai dû faire un billet dimanche soir avec un "scoop" énaurme, j'ai remis au surlendemain (mardi). J'ai attrapé hier matin une réaction de Christophe Payet (1) suite au billet de François Rollin et ai décidé d'écrire sur le sujet. Le "scoop énaurme" attendra mercredi ou plus tard si le "feuilleton de la radio" nécessite un épisode… intermédiaire.

Préambule
François Rollin est chargé de faire une chronique hebdomadaire dans la matinale d'Inter. Mercredi dernier patatrac voilà t-y pas que l'humoriste s'engage sur le terrain visuel de la radio filmée. Bigre, diantre, saperlipopette ! Comment est-ce possible de critiquer un système que la chaîne qui vous emploie promeut depuis quelques jours ? L'humoriste s'arroge à raison le droit d'humorister au risque de chagriner et France Inter et toute la chaîne (sic) de ceux qui s'emploient à cette nouvelle façon.

Part ouane
Christophe Payet avale mal la couleuvre (2) et ça tourne raide sur l'oiseau bleu (Twitter). Les pros et les anti-filmage fourbissent leurs arguments. Jusqu'à hier matin où Payet publie sur son blog "Non, la radio ce n'est pas l'absence d'image". Avec ce postulat : "Les plus jeunes, autrement dit, les auditeurs de demain et d’après-demain, ont de nouvelles pratiques, de nouveaux usages et qu’il faut aller les chercher sur ce terrain [du numérique et du web, ndlr]. C’est l’un des enjeux de la radio visuelle : être présente et attractive sur les nouveaux supports numériques, qui se trouvent être, M’sieur Rollin, des écrans et non des transistors."

Et Olivier Bénis (journaliste) d'enfoncer le clou (3) : "Un dispositif novateur appelé "paupières" permet de continuer à écouter la radio sans voir aucune image"…

Part tou
Ayant eu l'occasion de rencontrer Christophe Payet il y a un peu plus d'un an pour sa série d'émissions "Au shaker, pas à la cuillère" (4), je lui ai proposé de l'interviewer plus avant sur le sujet.

Radio Fañch : Le billet de Rollin vous a énervé ?
Christophe Payet : Il m'a d'abord amusé. Il est dans sa posture parfaite de chroniqueur-humoriste. C'est bien écrit.Après sur le fond je ne suis pas d'accord, même si je comprends que l'arrivée de la vidéo interroge. Quand il évoque les "lumières blafardes", c'est juste les moyens qu'on met dans la vidéo. Qu'il interroge le sens et l'avenir c'est bien, qu'il se braque vis à vis de la vidéo c'est dommage. Quant à "l'identité détériorée" qu'il évoque cela voudrait dire que l'essence même de la radio reposerait uniquement sur l'absence d'image ? C'est faux.

R. F. : Pourquoi ?
C. Payet : Aujourd'hui la radio est un média qui doit se repenser par rapport au web. La radio publique propose déjà les sites web de ses chaînes ainsi que des web-docs. Pourquoi ne pas prolonger sa présence en enrichissant le flux de certaines émissions. La nécessaire absence d'image ne peut pas caractériser la radio, en revanche, une des grandes différences qui restera toujours avec la TV, c'est la non-obligation de produire de l'illustration, ce qui est extrêmement différent. La radio pourra toujours exister et être écoutée sans image. L'adn même de la radio c'est la légèreté des moyens (micro/enregistreur). La radio ne doit pas se caler se les dispositifs très lourds de la TV qui en plus sont en train de mourir.

R.F. : C'est quoi l'enjeu alors ?
C.P. : C'est de réinventer de nouvelles esthétiques radiophoniques et aussi de nouveaux modes d'interactivité avec le public. Mais surtout il faut considérer que pour la vidéo, l'image il n'y a pas d'obligation [à regarder, ndlr]. C'est un choix supplémentaire offert à l'auditeur mais rien d'imposé. L'enrichissement proposé ne doit pas modifier le flux radio. Nous voulons faire une radio enrichie plus qu'une radio filmée, et continuer dans la veine d'une radio qui est le premier média social.

Voir aussi le point de vue Yann Guegan.


La suite de mon billet dans quelques minutes sur une autre page…

(1) Editeur vidéo sur le 7/9 de France Inter. Payet précise dans son billet de blog qu'il écrit à titre personnel,
(2) Sur son compte Twitter : "Ces auditeurs qui regardent, likent, partagent, commentent la vidéo anti-radio filmée de Rollin sur @franceinter #hum http://www.dailymotion.com/video/x27w1k0_le-billet-de-francois-rollin-la-radio-c-est-la-radio_news?start=0 …"
(3) Twitter, 14 octobre,
(4) Co-produite avec Tanguy Blum sur France Inter, grille d'été 2013, 

lundi 20 octobre 2014

Label pop… je craque, je croque

Mélody Prochet de Melody's Echo Chamber



















La journée a été rude. J'ai pris en plein cœur la disparition de Françoise Séloron. J'ai interviewé un éditeur vidéo (voir billet demain) et pour me détendre j'ai mis "Label pop" (1). Vache, il commence bien le Vincent. "Shirim" de "Melody's Echo Chamber" et me voilà à l'affût d'acheter cash ce morceau à la pêche pop. Rien sur iTunes. Quant aux sites de zique leur SoundCloud du morceau a été mis out pour des questions de droit. C'te blague ! Faudrait voir à voir ! Basta le tout gratuit ! Non mais !

Bon Théval il est capable de vous refaire l'été en 1h30 d'automne. Donc on est bien. Mais là à écouter sa première désannonce de la soirée, j'ai eu un choc. Une attaque, une façon d'appuyer le titre. Hey man on dirait… Bon là je vais devoir mettre Guillaume Hamon (auditeur émérite) et Patrice Blanc Francard ex-comparse, sur le coup. Là j'ai presque entendu Bernard Lenoir. Pas tout à fait mais y'avait quelque chose. Je posterai les réponses de Hamon et PBF. On verra bien.

"Bon maintenant Madame Marie-Pierre de Surville, je vous écris (2). Pas vraiment une lettre ouverte pour faire genre, mais plutôt un "p'tit mot" d'encouragement. J'ai déjà écrit tout le bien que je pensais de la matinale de Vincent Josse. Geneviève Brisac l'a ce matin qualifiée comme je l'avais fait il y a quelques jours de "matinale douce". Donc félicitations pour ce choix. La douceur, en pleine fureur matutinale partout ailleurs, c'est à prendre et pas qu'à l'essai.

Là je voudrai vous dire que le Vincent Théval et sa très belle pop enchantent nos lundi soir. Et ce soir particulièrement. C'était frais, cool et enthousiasmant. Il est léger le garçon, il n' en fait pas des montagnes. Il a l'art de vous embarquer pour la Californie sans en avoir l'air (mais il a la chanson bien sûr). Il vous cite du Philippe Garnier que ça vous en file des frissons. Qui parle de Garnier aujourd'hui depuis que Frédéric Bonnaud est parti aux Inrocks ? Tout ça pour vous dire Madame de Surville qu'à un moment donné ça serait bien de lui trouver une case quotidienne à ce p'tit gars d'la pop.

Bon vous allez pas refaire votre grille tout de suite bien sûr, mais pour la prochaine saison hein ? Le soir notre petite dose de pop ça pourrait pas nous faire de mal. Et puis même vous pourriez le "tester" cet été et faire que son "Instant Pop" passe de 5' à 30' par exemple. Juste avant un Easy Tempo d'une heure. Et là l'audience vous verrez sera assurée. On en parle de vive voix quand vous voulez."

Voilà, j'irai bien me coucher. Merci Vincent Théval pour cette belle soirée et ces inédits à (re)découvrir en réécoutant tout ça en streaming ou en podcast. C'était vraiment très très Shirim

(1) Vincent Théval, France Musique, tous les lundis, 22h30-minuit. Mais où avais-je la tête depuis la rentrée ? Théval a mis en surimpression de son indicatif Patrice Blanc Francard, historique producteur à Radio France, reconnaissable à vie,
(2) Marie-Pierre de Surville est directrice de France Musique depuis juin 2014.

Le cri du cochon… for ever

©Guy Mandory- Radio France
















Quelque fois peut-être on ne sait plus lire, on ne veut plus lire. À peine Irène Omélianenko venait-elle de nous faire savoir qu'elle publiait un blog sur son genre préféré, le documentaire, que je ne voulais pas croire que son introduction pourrait signifier que la productrice/documentariste, Françoise Séloron, venait de disparaître :
"Se sont ils rencontrés Françoise Séloron & Claude Ollier ? Aujourd'hui où tous deux reposent dans un ailleurs leurs amis se font des signes, se rappellent, pleurent, sourient, s'attendrissent puis fusent en colère. C'est Laurence Bloch (1) qui fut la messagère pour Françoise Séloron et Christian Rosset pour Claude Ollier."

Le titre de ce billet est sûrement l'évocation pour des milliers d'auditeurs d'un époustouflant et chaleureux "Changement de décor" dans la Sarthe le 19 novembre 1998. "Le Pays d'Ici" avait volé en éclats (2) et ce changement-là pourrait-il étancher notre soif de documentaires qu'un précédent directeur, Jean-Marie Borzeix (3), avait portés au plus haut… et au plus profond de la France. Françoise Séloron était magnétique. Sa voix, son charme pour dire et raconter, sa présence touchaient ses auditeurs au cœur. Ses "docs" s'inscrivaient vite dans la mémoire comme un moment unique à prolonger par la réécoute et/ou le souvenir.

Grâce à la rediff' de son doc sur Joinville-le-Pont nous avions correspondu par mail. J'avais très envie de la rencontrer mais je n'avais pas osé à l'époque m'avancer jusque là. Comme l'évoque Irène Omélianenko je pense bien sûr à Marion Thiba, autre productrice de cœur de la chaîne (4). Jeudi 23 octobre (5), Sur les Docks, nous pourrons prendre toute la mesure de l'art de Françoise. C'est aussi la magie de la radio de perpétuer ses voix et les belles images que nous nous en faisons.

Salut Françoise et merci pour tout…



(1) Productrice/Coordinatrice du "Pays d'Ici" France Culture, 1984-1997. Aujourd'hui directrice de France Inter,
(2) Sous la direction de Patrice Gélinet, 1997-1999,
(3) 1984-1997,
(4) Son hommage à Françoise ici,
(5) 17h, France Culture, "La cantine d’Igor, Lily et les autres".

Globalement… in (ah!)



























Pour leur troisième numéro on dirait qu'Ina Global (1) a trouvé son tempo. Ce n'est pas juste parce que la radio est présente (2). Ce qui est très bien. C'est sans doute parce qu'"on" n'a pas envie de le feuilleter mais de le lire (en s'obligeant furieusement à ne pas aller d'abord page 163). Mais ce plaisir de lire sur du papier j'aurais tendance à dire que je ne peux me l'octroyer que le samedi, le dimanche ou tard le soir. Et ce petit canard (par son format) m'a donné envie de le lire tout à la suite, plutôt qu'au bout de quelques jours l'abandonner sur "la table du salon".

Sont gonflés à l'Ina, ils écrivent sur du papier un dossier "La crise ! Quelle crise ?" (3) consacré aux supports papier et aux extensions de sites web. Il y a forcément en filigrane des "choses" qui concernent la radio : "L'une des leçons à tirer du douloureux exemple de la presse écrite est que, pour s'adapter aux nouvelles technologies et aux attentes du public qui en découlent, il ne s'agit pas de réaménager les salles de rédaction ou d'adopter le slogan "priorité au numérique". Il faut repenser en profondeur les processus, la production et même les objectifs. En d'autres termes, il va falloir sacrifier quelques vaches sacrées… Renoncez aux vieilles méthodes de production et concentrez-vous sur les besoins des consommateurs, car ces besoins n'ont plus rien à voir avec les contraintes d'un horaire fixe, d'un studio ou de liaisons satellite. Les chaînes traditionnelles vont être éclipsées par les plateformes numériques." (4)

Cet extrait concerne le sujet précis des chaines d'info télévisuelles en continu. Pour autant il y a des choses qu'un Mathieu Gallet, Pdg de Radio France, ne serait pas loin de partager voire de dire… autrement.

Il faut repenser en profondeur les processus, la production et même les objectifs
Cela ressemble furieusement à ce qu'un (des ?) audit est en train de scruter au sein de Radio France. Mouvements à prévoir sur l'échelle sismique des "savoirs-faire" et de l'histoire même de la radio. 

Il va falloir sacrifier quelques vaches sacrées
Aie ! Aie ! Aie ! Qui (quoi ?) va donc se voir attribuer ce "label" ? De "dinosaures" à "vaches sacrées" ce sont quelques "étapes" de la création qui risquent d'être balayées sur l'autel du progrès, qui s'appelle dorénavant une "plateforme". Espérons que la dite "plate forme" gardera quelques reliefs du cycle précédent.

Ces besoins n'ont plus rien à voir avec les contraintes d'un horaire fixe, (d'un studio ou de liaisons satellite)
C'est que j'évoquais récemment avec Frédéric Schlesinger. "Se faire" sa radio en flux à partir des programmes mis à disposition par Radio France et ou les chaînes privées.

… Et page 163
La cerise sur le gâteau. La p'tite madeleine de la TSF. Le sucre d'orge des goûters des années radio (fin 60' à début 90'). Le ci-devant Chancel (Jacques) fait la Radioscopie d'un sacré dinosaure de l'histoire télévisuelle le sémillant Pierre Sabbagh "un enfant de la balle" (5). De quoi se régaler les yeux et les escouades (ci-dessous).

Puis page 93
"La télévision est faite pour ceux qui, n'ayant rien à dire, tiennent absolument à le faire savoir." Pierre Dac. (6)

Pourvu que ça ne donne pas "La radio visuelle est faite pour ceux qui, n'ayant rien à dire, tiennent absolument à le faire voir."  

(1) En kiosque dès jeudi 23 octobre,
(2) "Propagande nazie et techniques d'archivage", Muriel Favre,
(3) Sous-titre : "Ces sites et journaux qui innovent et réussissent", pages 31 à 93,
(4) "Réinventer les chaînes d'info en continu", Richard Sambrook et Sean McGuire, InaGlobal n°3,
(5) Homme de télévision, et créateur du premier journal télévisé, 1918-1994,
(6) Et les passionnés de création à la télévision s'intéresseront au texte de Léo Scheer (inventeur de Canal +) "Dans le dos des socialistes" page 138. 

Radioscopie 6 avril 1971, en écoute intégrale et en exclusivité, jusqu'au 10 novembre

vendredi 17 octobre 2014

Mathieu Gallet : les défis de la radio

Depuis le Kébec (et Radio Canada), Mathieu Gallet, Pdg de Radio France donne sa vision de la radio…



En "creux" on entend bien que des changements de structure, d'organisation vont bouleverser la radio publique parce que le Pdg est sûr que l'avenir de ce média doit s'accompagner de réformes vitales (1). Mathieu Gallet réaffirme l'enjeu de marketing que représente la radio demain et la concurrence dans laquelle doit s'inscrire Radio France. Bien au-delà des programmes il n'est pas besoin d'être grand clerc pour affirmer que la (r)évolution est en marche et, qu'après la mue du bâtiment de la Maison de la Radio, c'est bien la mue de toutes ses cellules vitales (producteurs, journalistes, équipes de réalisation) qui va devoir s'engager.

(1) Bonne nouvelle France Culture aurait moins besoin de radio visuelle.

jeudi 16 octobre 2014

Petits signes (de fidélité) entre amis…

Léa Salamé














À force d'écouter la radio certains auditeurs ont développé des facultés sensorielles exceptionnelles de l'ouïe. Je ne sais pas si je fais partie de ce sociotype (sic) d'auditeurs mais voici quelques exemples. 

Inter 7h50
Léa Salamé recevait hier matin Kouchner. J'écoute pas. Les enfileurs de perles ou charmeurs de serpent m'empêchent de penser. Mais comme "j'ai mis la radio" pour écouter Charline Vanhoenacker, je laisse filer le "fond sonore". Quand j'entends Salamé dire "Belle journée à vous", j'entends surtout le "micro micro-blanc" que Cohen a laissé "passer". Ce micro-blanc je l'interprète de la façon suivante : ce doit être frustrant de compresser un entretien politique et de n'avoir pas le temps suffisant pour que l'invité aille "plus loin". D'autant que Cohen va immédiatement passer à autre chose et annoncer "Charline" (1)…



Léa Salamé pense t-elle qu'en quelques secondes son entretien va être "écrasé" par Charline ? Charline elle-même pouvant imaginer que la météo plombera ses quelques traits d'humour. Sauf qu'un moment incisif de rire ou de sourire peut se fixer dans la mémoire quelques heures quand la mécanique de la parole d'un politique ne donner lieu qu'à reprendre la petite phrase qui ne sert que la société médiatique du spectacle. J'ai trouvé Léa Salamé un peu "dépitée". Y'a de quoi ! À peine diffusé l'entretien appartient déjà au passé. 

Le principe même d'une matinale c'est d'être toujours en avance sur la "séquence" d'après. Sur le fil (du rasoir) de l'horloge électronique implacable. C'est ça qui a changé dans les matinales. Pour les rendre toniques on les a rendues mécaniques et froides (même si Cohen semble rire de bon cœur des facéties oratoires de Charline). 

Le répondeur ("Si t'écoutes, j'annule tout")
Dans l'émission de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek à 17h sur Inter, il y a un répondeur à la disposition des auditeurs. Un répondeur ça vous rappelle quelque chose ? "Va voir Là-bas si j'y suis" (2), qu'on me dit dans l'oreillette. Rien à voir (sic). Le ton de l'émission incite les auditeurs à être dans le même registre d'humour et/ou de dérision. Ici le répondeur est une ponctuation, une diversion pour impliquer l'auditeur. Ça fonctionne. C'est bref, incisif et… on passe à autre chose.

Les nuits d'Inter
Des nuits faites des émissions du jour pendant les quatre heures de nuit où le direct a disparu (3). Même en cas d'insomnie je n'aurai jamais le réflexe Inter. Si chacune des émissions rediffusées avait lieu la nuit, "on" peut bien imaginer que ce ne serait pas le même ton, pas le même débit, pas la même couleur musicale. Les producteurs s'adresseraient aux insomniaques, aux travailleurs de nuit, aux SDF et "ça changerait tout". Signe ultime des temps "le mélange des genres", le mélange des temps. 

Dhordain (4) avait inventé la radio 24h/24, permis à tant de producteurs de se révéler et aux auditeurs d'installer un lien durable avec leur radio. La nuit pas de média-métrique, alors tant pis. Tant pis pour la création, tant pis pour le lien affectif et/ou émotionnel institué avec des générations d'auditeurs. Tant pis pour la nuit maquillée… en jour.
(À suivre)

Et si la nuit commence comme ça sur Inter pourquoi ne se poursuivrait-elle pas jusqu'à l'aube ?



(1) "Le billet de Charline", 7h55 du lundi au vendredi,
(2) Émission "historique" de France Inter, 1989-2014, produite par Daniel Mermet,
(3) de 1h à 5h,
(4) Roland Dhordain, ex-directeur d'Inter et "inventeur" de sa forme moderne dès 1963.

mercredi 15 octobre 2014

T'as r'gardé quoi à la radio hier (soir)…

L'écran est caché derrière ?

















Heureusement que parmi la cohorte des journalistes qui font de la radio il reste quelques saltimbanques qui savent encore manier le poil à gratter. Ce fût le cas de François Rollin hier matin dans la matinale de Patrick Cohen sur France Inter. CQFD. Vous constatez que pour réécouter cette chronique je vous propose le player audio pas le player vidéo.



Pour Marc Fernandez d'Ina Global, "Les oreilles ont des yeux". Ce très bon papier résume bien les situations de l'offre des différentes radios qui ont franchi le Rubicon. Pour autant je n'ai encore jamais rencontré de "radiospectateurs". Je ne sais même pas comment on fait pour regarder la radio en flux ! En différé pourquoi pas ? Mais où ? Dans les transports en commun ?

J'ai développé un système d'écoute de la radio qui me permet de me concentrer et de pouvoir faire au moins deux choses à la fois. Je n'ai pas envie de n'en faire plus qu'une seule, donc je ne suis pas prêt de regarder la radio. CQFD. Mais je vais traquer les auditeurs qui sont devenus "radiospectateurs" pour savoir comment ils font et ce que ça leur apporte. Vous même, mes chers auditeurs, faites-nous part de vos expériences en la matière.

lundi 13 octobre 2014

Tentative radio…





















Ce matin j'ai jeté l'encre et, dans les profondeurs abyssales des ondes radio j'ai tenté d'attraper "au vol" ce qui pourrait ressembler à "Partition pour matin d'automne quand le soleil n'est plus très loin et qu'il est temps de dépasser les brumes qui plombent les matinales" (1). D'un index léger, subtil, aérien j'ai lancé "Wasting my young years" (2) en m'imposant de ne pas le faire tourner en boucle et en supprimant le commentaire pathétique d'un Manoukian sous acide. "De la musique avant toute chose" disait Verlaine.

Bel intro pour glisser vers la Rebecca. Rebecca elle a, elle a… mis ce matin Elvis dans son cabas, Joy Division et Bashung. De quoi filer à Beauvais à dos d'oiseau au risque de croiser en vol supersonique une Stratocaster en orbite autour de la planète Fender.



Là le choc est renversant et salvateur. "Retour pour Monterey" c'est vivre au présent le soleil pop de juin 67. L'actualité musicale n'est-elle pas de l'actualité ? Et les ponctuations musicales de Vincent Josse (3) valent toutes les chroniques des chroniqueurs patentés et rasoirs.


Julia Sarr et son "Daraludul Yow" fait plus ce matin sur France Musique pour la géopolitique de l'humanité que le disque rayé du géopolitologue gonflé d'orgueil et de suffisance. Et si Salomé Leclerc nous fait changer de continent, si elle bouleverse l'aurore  vingt-sept fois et plus (5), j'aimerais prendre au passage la Stratocaster pour être ce soir à l'Olympia en première partie de Bertrand Cantat et son groupe Détroit.

Le monde s'envisage autrement quand au matin on prend dans le cœur et dans les tripes autre chose que la boucle sordide d'un monde finissant et pourrissant sur pied. Tout change ! Tout arrive (6). Détournons l'ancien slogan de France Culture "Le monde appartient à ceux qui l'écoutent" en "Le monde appartient à ceux qui l'écoutent… en musique". 

Big up à France Musique !



(1) Titre déposé aux auteurs,
(2) London Grammar,
(3) "La matinale culturelle" France Musique 
(4) Son nouvel album
(5) "27 fois l'aurore", Tôt ou Tard, 2014, 
(6) Petit coucou à Marc Voinchet, (anchorman de la matinale de France Culture) et à Claude Guibal (journaliste à France Culture) qui auraient pu être en Bolivie ce matin…


"En dedans" de Salomé Leclerc | Le live de la... par francemusique