mercredi 19 novembre 2014

Kriss, portrait sensible… un inventaire à la Prévert






















Il y a 5 ans Kriss quittait les ondes terrestres, sans doute pour rejoindre les ondes célestes. Le 2 juillet 2004, sur France Inter, Kriss fermait sa grande malle de "Portraits sensibles" (1) entrouverte quatre ans auparavant. Je retranscris ci-dessous sa désannonce de 3'30" qui mieux que tout, (même sans sa voix), résume Kriss dans toute sa plénitude…

"C'était quatre ans de portraits sensibles, sept-cent-soixante-neuf précisément et j'entends des voix qui s'emmêlent, se confondent et se superposent des voix de paysans et de facteurs de clavecins, de danseurs de claquettes et de patrons de bistrot, de dentellières et d'amazones, des voix timides, des voix trop fortes, des accents rugueux, des voix qui roucoulent, des bribes de phrases qui me nouent la gorge et d'autres qui me font rire, des généreux, des allumés, des courageux, des insupportables, des emberlitricotés (sic), des somptueux,

Je suis, je suis une baleine amoureuse qui nage la tête en bas disait l'un, quand je trace un sillon avant de semer, disait l'autre, j'essaye de faire en sorte qu'il soit beau, je sais je perds du temps mais j'aime ma terre, et tous racontaient comment c'était quand ils étaient petits, le bonheur ou la terreur et comment ils ont osé rêver, risquer et sortir des chemins tracés, ils se sont dessinés leur vie en dehors des modèles hypocrites d'un faux bonheur préfabriqué, 

Merci, merci à chacun d'eux, aux sept-cent-soixante-neuf de nous avoir un brin redoré l'image de marque de l'humanité, et puis merci à vous aussi parce que c'était pas gagné d'avance de faire une émission qui marche en faisant les portraits d'inconnus, il fallait pour qu'elle trouve sa place des gens curieux et bienveillants de l'autre côté du poste, alors pourquoi arrêter ? Ben parce que quatre ans c'est bien, mais se renouveler, tenter une nouvelle aventure c'est passionnant aussi, et puis à force d'entendre des gens me raconter comment ils avaient bifurqué dans la vie, osé changer, pris le temps de respirer, ah la contagion vous savez,

J'ai demandé une hebdo, je sais pas encore quelle heure j'aurais, ni combien de temps mais je la rêve bien dans cette énergie-là la prochaine émission. Pour l'instant elle s'appelle "Disponible, avec et sensible" mais elle peut changer de titre sans problème, pêchue, souriante, nomade dans le corps et dans la tête, envie de savoir ce qui se passe quand on se donne la disponibilité de répondre oui à l'inconnu, au futur, au hasard, aux utopies, alors on entend de la musique, on entre, c'est quoi là ? 

Envie de savoir ce que nous mijote l'avenir, parce que moi je rencontre plein de gens qui ont peur de l'avenir, mais quand je leur demande s'ils auraient préféré naître un siècle plus tôt, alors là pour rien au monde. À quoi rêvent les archis quand ils sont pas obligés d'obéir aux contraintes, avec quels robots vivrons-nous et comment faire pour les apprivoiser sans qu'ils nous mangent, quelles sont les utopies contemporaines ?

Mais le futur c'est aussi une femme enceinte, un papy qui plante de la coriandre et qui en savoure déjà le goût, un type qu'attend sa greffe du foie, tiens puis j'ai envie aussi de faire des farces, envie de faire confiance au hasard aussi et le cultiver un peu, on court après les Indes on découvre l'Amérique, on va rendre visite à "Chérie Marie chérie" on rate l'embranchement, on se trouve dans un champ avec un beau berger, hasard,

Oh oui je sais, tout ça ça fait un peu désordre mais la rentrée c'est dans deux mois, en ce moment l'important c'est de s'agiter les méninges avec tout ça en vrac et voir ce qui va sortir du shaker…

Et la Kriss vous embrasse."

Quand les bonnes ondes se croisent, celles de Kriss, de l'Ina et de Radio Fañch…
La désannonce de la dernière de " Portraits sensibles"…


(1) Du lundi au vendredi à 14h30. Pour la dernière Kriss recevait Gilbert Cotteau, aventurier social et fondateur de l'association Astrée.

11 commentaires:

  1. Merci Fañch pour ce beau souvenir. Je n'ai quasiment jamais loupé un "portrait sensible", et lorsque mon agenda m'en privait, ce manque était presque une douleur. A l'époque n'existait pas la réécoute, alors quand on loupait une émission, c'était définitif. Kriss c'était la frangine, l'amie, la voix qui consolait. Je pense souvent à elle. Il y a des manques que rien ne vient combler. Encore merci.

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  2. Bonjour Marie,
    Des milliers de personnes ont fait des acrobaties, des compromis, et autres gri-gri pour pouvoir chaque jour écouter Kriss. Après tout fonctionnait en réseau, échange de cassettes, duplication et tutti…
    C'est très émouvant que tu écrives "Kriss c'était la frangine, l'amie, la voix qui consolait". Faudrait qu'on fasse tous les ans une "convention" Kriss. On échangerait, cassettes, CD, souvenirs, témoignages. Ça serait comme un jubilé de football mais sans le football et ceux qui s'égosillent.
    Je sais pas : tu peux pas louer un champ près de chez toi, on fait ça au mois d'août par beau temps.
    Regarde mes billets sur Robert Arnaut de début aout 2014. On pourrait faire pareil pour Kriss.
    T'en es ?

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  3. Oui.
    La Kriss nous embrasse !
    Thézame Barrême
    Portrait sensible avril 2002

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    1. Bjr, vous avez une date précise svp ?

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    2. Oui c'est ça en avril 2002, deux jours consécutifs.
      Et tant de sagesses pour la route ! ;)

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    3. Je garde dans mes archives un portrait de Kriss que j'avais fait pour Courrier International. Une heure de papotage au fil de l'eau, au fil des mots. Gravé sur un ou deux CD.

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    4. Aïe je ne retrouve pas la date exacte. Désolée...

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    5. Et on pourrait entendre ce fil de l'eau ? ;-)

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  4. Oui.

    "et j'entends des voix qui s'emmêlent, se confondent et se superposent des voix de paysans et de facteurs de clavecins, de danseurs de claquettes et de patrons de bistrot, de dentellières et d'amazones, des voix timides, des voix trop fortes, des accents rugueux, des voix qui roucoulent, des bribes de phrases qui me nouent la gorge et d'autres qui me font rire, des généreux, des allumés, des courageux, des insupportables, des emberlitricotés (sic), des somptueux"

    La kriss a fait notre portrait. Et nous embrasse. Elle fait plus rien d'autre que nous embrasser. Tu nous manques Mademoiselle "pas la, pas loin".
    Laissez un message après le bip et je vous rappelle !

    T'embrasse aussi.
    Thézame
    XXX

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  5. Je suis évidemment POUR la convention Kriss !

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