mardi 22 janvier 2013

Les petits bouts et… le geste

Derniers collants dans le master… M. Guérin










Les "Ateliers de la nuit" nous proposent ce soir "Le geste magnétique" (1) ou l'histoire de l'enregistrement analogique, des bandes magnétiques et du/des gestes qui accompagnaient un travail d'artisan, "d'ébéniste" dirait Claude Giovannetti (2) et peut-être de ciseleur si le son peut être ciselé. Mais je suis surpris d'entendre la voix de quelqu'un qui ne parlait pas à la radio. Ce n'est pas banal, d'entendre quelqu'un qui a passé sa vie à écouter et à entendre, sans que jamais on ne connaisse sa voix. Et puisque que c'est Claude Giovannetti qui "ouvre le bal" l'attention (la tension aussi) est extrême, car c'est si rare que la radio prenne le temps de parler de la radio et des métiers de ceux qui la faisaient.

"Il fallait accepter que la bande se termine", voilà une remarque frappée au coin du bon sens et d'une réalité technique et professionnelle. Une contrainte bien sûr mais avec laquelle les professionnels ont su jouer et s'affranchir. Elle faisait partie de la création. "Et le geste physique (du montage) avait un lien avec la réflexion" (2). Parler de l'odeur, du toucher des bandes magnétiques nous rapproche de l'Atelier d'artisan en prise avec le palpable et l'atmosphère. Et si certaines de ces bandes "fuyaient entre les doigts" c'est bien qu'il y avait à apprivoiser des supports tangibles "rebelles ou sauvages".  Et très vite l'absence de "toucher", de "sensualité", fera basculer le son "d'un monde à l'autre" (3).

Claude Giovannetti cite Jean Genet, "…Tout homme aura peut-être éprouvé cette sorte de chagrin, sinon la terreur de voir comme le monde et son histoire semblent pris dans un inéluctable mouvement qui s'amplifie toujours plus et qui ne paraît devoir modifier, pour des fins toujours plus grossières, que les manifestations visibles du monde. Mais après tout, c'est peut-être à, cette inhumaine condition, à cette inéluctable agencement que nous devons la nostalgie d'une civilisation qui tâcherait de s'aventurer ailleurs que dans le mensurable." La chose est dite et comment ! C'est un boomerang qui finira sans doute par revenir à la face de ce monde en démesure.

"… Avec le numérique, on a perdu le risque" (2). À méditer les nuits d'insomnie !

(1) France Culture, 23h, Marie Guérin, Alain Joubert, Gilles Davidas,
(2) Réalisatrice à France Culture, aujourd'hui en retraite,
(3) De l'analogique au numérique,


 

4 commentaires:

  1. Très intéressantes remarques. Avec l'analogique, on n'aurait pas, sauf contraintes de composition très fortes, ces actuels montages très serrés de propos de diverses personnes entendues comme une seule et même voix sans respiration.

    Je pense à des documentaires de France Culture que le numérique rend très pénibles à écouter, car la technique est utilisée comme un gadget, comme un jeu ou bien pour réduire ces fichus temps "morts", parfois pourtant très vivants et parlants, qui prennent du temps sur le temps, dit utile, de parole ou d'information.

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  2. J'ai eu l'occasion ( et ce sera encore le cas dans les heures prochaines ) d'assister au travail de montage et de mixage en studio à la maison ronde et très franchement j'ai éprouvé un sentiment contraire à votre remarque. J'ai eu précisément le sentiment que l'aspect technique restait au service de la création et non l'inverse.Je ne connais pas tout le monde dans la sphère des techniciens mais en tous cas celles et ceux que je fréquente ne sont pas des gens qui s'amusent avec la technique. Ils l'exploitent comme il se doit et ne sont pas en extase devant le spectre sonore qui défile. En fait, ils/elles ont des oreilles, c'est aussi simple que ça!
    En revanche, vous pouvez tenir pour avéré que les amateurs de mon espèce ont la rétine collée dans les oreilles à la place des tympans....mutation génétique oblige...:-)

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  3. Vous dites "J'ai eu précisément le sentiment que l'aspect technique restait au service de la création et non l'inverse". J'en suis persuadé moi aussi. De plus je fais des montages numériques que je n'aurais jamais pu faire avec de l'analogique.

    Ma remarque concernait certaine émission de France Culture, "Une vie une oeuvre", pour ne pas la nommer, où le collage de voix différentes veut donner l'impression d'une seule et même phrase constituée de bouts dits par différentes personnes. Le résultat est mauvais.

    La plupart du temps, le numérique permet un travail bien plus riche qu'avant. Je ne regrette pas la bande magnétique !

    Jolie image et très forte que celle de vos deux dernières lignes.

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  4. Christian Rosset24 janvier 2013 à 11:25

    Pour info : quand j'ai commencé à l'ACR de France Culture (à l'époque "héroïque" avec l'ami Yann), je me suis amusé à retirer au ciseaux toutes les respirations ! C'était pour marquer mon désaccord absolu avec une approche réaliste et purement documentaire, et mon accord avec un approche "picturale" (ce bon Yann m'approuvait sans réserve) : on joue avec les couleurs, les formes et on emmerde la "réalité" et surtout on s'en fout de communiquer de l'info (on fait passer des sensations, point barre : l'info vient avec, en supplément). Je crois qu'utilisant le numérique depuis dix ans, je n'ai pas changé. J'ajoute (à propos de cette émission que je ne le trouve pas nostalgique, et c'est bien ainsi) que je suis heureux d'entendre Claude Giovannetti, Philippe Bredin, Pierre Minne, Christian Zanesi ou Michel Chion... Dommage qu'un gros relou - qui use de sa voix comme un commerçant : je vous en mets un peu plus ma bonne dame ? - gâche un peu le parcours. Avec le numérique, seuls les faibles créateurs ont perdu le risque !

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