samedi 31 décembre 2011

Haute-Fidélité…

Vincent Théval, sprinter-musique de la Maison ronde de la radio, butine d'Inter à Musique en passant par Culture et, voue une haute fidélité à ces trois chaînes ! Il en cause à l'oiseau bleu qui le répète à qui veut bien l'entendre. Haute&Fidélité voilà deux mots qui au-delà de la hi-fi donnent du sens à la radio. Du son aussi me direz-vous ? C'est pas faux ! (1)

… et la Haute-Fidélité !
La haute-fidélité rend celui qui l'écoute exigeant, attentif, critique et… fidèle. Pour autant faudrait-il que sons et sens restent d'un bon niveau pour ne pas dire d'un très bon niveau ? Or quelquefois le niveau baisse et la fidélité en prend immédiatement un coup aux oreilles et au cœur. Ces trois chaînes de radio du service public s'enferment dans une mécanique bien huilée et en oublient juste le supplément d'âme. Cette mécanique bien huilée vient de plusieurs syndromes :
le syndrome Médiamétrie qui oblige à des pirouettes, des couleuvres à avaler, des faux-semblants qui renvoient les chaînes de service public vers les pires moments racoleurs des chaînes publicitaires (2),
le syndrome NRB (Ne Rien Bousculer) ou FS (Faire Semblant), Machin quitte le service public file à la concurrence on le remplace par Machine qui plombe l'affaire mais on fait comme si c'était pareil au lieu d'IN-VEN-TER,
le syndrome Vedette (3), on en rajoute et on en superpose sur les grilles de programme. Pour quoi faire ? De l'audience ? De l'image de marque ? Pourquoi telle "vedette" de la télé, des médias, de l'édition saurait-elle "à priori" faire de la radio ? Juste sur sa renommée et une "qualité" reconnue dans un autre domaine qui seraient duplicables sur n'importe quel média ?
le syndrome ADT (Air Du Temps), on agite dans un shaker les grosses ficelles tendance du moment, et on noie le mélange un peu partout dans la grille (fausse décontraction, fausse impertinence, fausse convivialité, fausse ambiance)
le syndrome Étiquette, on a gardé le nom du produit mais sur l'étiquette on ne dit pas que les ingrédients ont changé, et on croit que ça va avoir un effet d'entraînement suffisant pour fidéliser à l'écoute durable de la chaîne ?

Pendant ce temps-là le Mouv' "la petite chaîne qui monte" (4) installe ses équipes et ses animatrices/animateurs qui ont quelque chose entre les oreilles (5). Reconnaissons à Jean-Luc Hees, Pdg de Radio-France d'être allé rechercher Frédéric Bonnaud (6), Éric Lange (7) qui animent chacun une quotidienne sur le Mouv' et Patrice Blanc-Francard pour diriger la station. Pas facile de reconstruire sur des "décombres", mais ça donne des ailes, l'ambition de faire de la qualité et, d'oser IN-VEN-TER ce que les autres ne font plus !

Alors à la fidélité aux trois chaînes que propose Vincent Théval j'ajouterai Le Mouv' (8). En son temps France Inter a du faire face aux périphériques RTL, Europe 1 et RMC ! Roland Dhordain (9) en donnant un "coup de pied dans la fourmilière" a permis à Inter de conquérir sa renommée. Laissez traîner vos oreilles sur le Mouv'. Leur démarche pour la haute-fidélité est engagée. Qu'on se l'écoute et qu'on se le dise… (10)

Au titre de la fidélité merci à vous, mes chers auditeurs, d'avoir par votre "écoute" assidue et quotidienne installé ce blog dans la comète des ondes radio.

(1) Excellente restitution des sons. S'utilise notamment pour les appareils diffusant de la musique. Abréviation : hi-fi,
(2) ce nom pertinent est repris par Maurice Siegel, 40 ans ça suffit ! Dans les coulisses d'Europe 1, Plon, 1974,
(3) "mérite votre confiance" disait l'amer Denis !
(4) en estime et pas encore assez en auditeurs,
(5) ex-slogan d'Inter bien recyclé ici !
(6) La bande à Bonnaud, France Inter,16h30/18h, 2006/2007,
(7) Allo la Planète, France Inter, France Inter, 23h15/1h, 2006/2010,
(8) où c'est évident Théval aurait toute sa place,
(9) directeur d'Inter et inventeur du nom de la station en 1963,
(10) et dans quelques jours Bernard Lenoir sort du bois pour venir faire "on the Mouv'" quelques Black Sessions… couleur d'orange.

vendredi 30 décembre 2011

Studio 125… Final

cinquiéme épisode
La tension diminue en régie, l'après midi touche à sa fin dans le studio 125. L'Oreille en coin (1) va s'éclipser avant qu'entre en scène Le masque et la plume. Jim Wild Carson (2) est sur la platine, Thomas Sertilanges "Attention une oreille peut en cacher une autre" rassemble ses notes et réajuste son nœud papillon. 

P.Jacques, M.O.Monchicourt, Kriss, A.Gribes, E.Den, K. David
Cet après-midi ce sont aussi Emmanuel Den, Paula Jacques et Agnès Gribes qui ont flatté notre oreille. Aujourd'hui c'est cette dernière qui fait la désannonce de l'après-midi. C'est ça l'idée géniale de Garetto et Codou à 14h on ouvre l'antenne avec l'indicatif et on la referme avec. Au milieu chaque émission a son propre indicatif et l'une ou l'autre des animatrices qui a sa propre émission fait à tour de rôle pour l'après-midi entière le lien entre chacune. Le tout est fluide. On sent l'équipe, on sent l'unité dans la diversité et surtout on peut se demander "mais que font donc Garretto & Codou qu'on cite au début et à la fin de chaque annonce, puisqu'ils n'interviennent jamais au micro ?". Ils sont les seuls sur France Inter à faire ainsi. Ils sont bien les producteurs et coordonnateurs de l'émission mais ce sont les "autres" qu'ils valorisent et mettent en avant au micro ! (3)

Garretto, Codou, Camprasse l'ingénieur du son quittent le studio suivis par deux autres personnes. Je ne bouge pas ! Pourvu qu'on ne m'enferme pas à double tour ou qu'une nouvelle équipe ne fasse son apparition dans quelques instants. J'attends 5mn puis à pas de loup quitte le studio, trouve la sortie de la Maison de la radio, scrute les alentours… Un petit groupe marche en faisant des gestes et riant très fort. Seraient-ce les Oreilles en coin ? Vont-ils s'arrêter au troquet ? Vont-ils aller chez l'un chez l'autre ? Sont-ils déjà en train de préparer l'Oreille de la semaine prochaine ? 

Je viens de passer un moment merveilleux. J'ai vu se faire la radio mais rien vu de la fabrique, du reportage, du montage, du collage et peut-être aussi du bidouillage. C'est le mystère qui participe de cette magie de l'art radiophonique. Et l'Oreille en coin était particulièrement à son affaire pour cette magie-là !
(Fin du feuilleton… des vacances)

(1) France Inter, 1968-1990, le samedi après-midi, et toute la journée du dimanche,
(2) créateur de l'indicatif de l'émission, 
(3) voir Thomas Baumgartner, L'oreille en coin, Une radio dans la radio, Nouveau Monde Èditions, 2007

jeudi 29 décembre 2011

Studio 125… Mermet Daniel

quatrième épisode
Heureusement que les producteurs de l'Oreille en coin (1), Codou & Garretto, que leur ingénieur du son Edouard Camprasse ne se retournent jamais, concentrés sur leurs consoles et sur celui ou celle qui est au micro. "Invisible" en régie du studio 125 je peux donc à ma guise être "dedans". Dedans l'émission, dans la fabrique de l'histoire, la petite, celle d'une équipe à la "Pilote" (2) qui chaque fin de semaine sait réinventer et réenchanter la radio de création.

Le rouge est mis. Musique de piano d'Elton John, Mermet est derrière le micro, casque sur les oreilles :
"14 heures 10, elle avait dit 14 heures, elle va arriver,…" Et tout de suite des sons, un train qui passe à grande vitesse, une annonce qui résonne dans un hall de gare, une ambiance pour installer une histoire. Une autre musique qui semble venir de très loin marque un autre tempo (3). "14 heures 10… et quelques secondes… Don't cry my baby come with me at the driving movie. La grande aventure et la petite vérole. J'entends une voiture c'est elle. [Train qui passe à grande vitesse - rire joyeux et strident de femme]. 14 heures 11, il y aura des boucles qui retomberont sur sa nuque, j'regard'rai sa nuque, j'lui donn'rai une glycine et j'lui dirai tiens c'est pour toi [Chanteur américain presque lyrique, bruits de gare, paroles chuchotées]. Si vous écoutez bien dans le lointain vous entendrez le cri des palétuviers… J'vais pas danser toute ma vie entre mon ombre et mon nombril [Train qui passe à grande vitesse] C'est le printemps et c'est l'été il est grand temps de déserter [Très loin une musique de violoncelle puis très devant du piano]…

Et à cet instant après deux minutes et cinquante quatre secondes Mermet annonce le titre de son émission…

Dans la ville de Paramaribo il y a une rue qui monte et qui ne descend jamais… 
[Musique classique, violons et piano devant] 14 heures 13 minutes et presque dix secondes, elle avait dit 14 heures elle se fait attendre, c'est normal elle fait semblant d'être en retard, [Piano intro] je suis sûre qu'elle est en avance mais elle doit attendre quelque part elle joue sur mon impatience mais j'ai tout calculé les petits fours les canapés elle m'a dit j'arrive elle m'a dit c'est promis j'ai tout calculé elle m'a dit à deux heures c'est promis elle m'a dit c'est promis à deux heures il est 14 heures presque 13 elle m'a dit…  [Carole Laure chante "Croque la lune"]

14 heures 16 et 8 secondes elle avait dit 14 heures j'ai tout préparé [Piano frappé] depuis ce matin 8 heures ça va j'ai tout calculé les petits fours sont dans le four et le four je sais l'allumer il faut pas avoir l'air d'attendre quand elle arrive je dirai ah te voilà enfin le mec qui attend mais juste comme ça entre autre attends j'arrive voilà hé tu reconnais ce disque ça te rappelle rien je suis à toi tout de suite écoute [Musique bien classieuse voix en arrière plan sirop] c'est pas possible c'est pas possible cette musique on se dirait au supermarché rayon guimauves c'est pas possible ça me rappelle les diapositives de mon beau-frère c'est pas possible qu'elle aime ce genre de musique elle a voulu se foutre de moi c'est au moins le vingtième disque que j'essaye de mettre pour quand elle va arriver ça fait vraiment la garçonnière du ringard tu vois lumières tamisées filet de pêche non il faut quelque chose de plus de moins enfin de plus je sais pas moi oh j'entends sa voiture c'est elle vite qu'est-ce que je vais mettre je vais mettre ça non la voiture repart non ça va pas bon je vais essayer ça voilà supposons elle entre… [blues déchirant] dis-je dit-elle Come on baby Oh my true love don't cry come with me at the driving movie J'enlève les santiags enlève tes ballerines Come on baby et c'est parti [R&B]

14 heures 21 minutes et bientôt 45 secondes 14h22 elle avait dit 14 heures elle va bientôt arriver en tout cas dès qu'elle arrive [Musique années folles] on ira se balader dans la campagne je dirai bonjour aux gens ça les étonnera un peu un peu plus loin ils se retourneront et diront entre eux en voilà un qui s'emmerde pas et ils auront raison j'ai vu qu'il y a de la glycine devant chez le docteur sur le mur le mur est pas très haut je prendrai mon élan et avec un peu de pot je cueillerai de la glycine et je lui dirai tiens voilà c'est pour toi je lui f'rai le plan écolo la campagne et les p'tits oiseaux et la jungle des villes et comment ici c'est une ville et toute la différence qu'il peut y avoir entre une betterave et un poireau elle me dira que ça ressemble à la Normandie en plus petit et je f'rai comme si on me l'avait jamais dit tout sera vert et en couleur sauf les vaches ici elles sont en noir et blanc et puis je l'emmènerai dans le petit bois des lièvres et quand on ressortira elle aura plus de rouge à lèvres [Montand chante Dans ma maison, paroles de Prévert]…

Seize minutes seize secondes viennent de s'écouler depuis le début de l'émission, il en reste trente deux et cinquante secondes pour clore l'épisode du jour. Mermet formidable conteur alterne entre son récit et les inserts de musique et/ou de chansons qui collent au cheminement de son histoire onirique. Un peu moins naïve que Jacques qui attendait Madeleine qui ne viendra pas. Mermet joue avec sa voix, la fait grave, de simple conversation, murmure ou interroge et "oblige" son auditeur à tendre l'oreille… en coin. Rien de superflu dans son récit, l'essentiel se tisse jusqu'au point de tension extrème où l'histoire trouvera un dénouement ou n'en trouvera pas. Mermet prend un malin plaisir à faire d'une anecdote un "fait divers" captivant matiné d'une balade surréaliste. C'est là dans ces exercices de style que Mermet et Claude Dominique se rapprochent ou se croisent. 

Mermet a encore dans son sac à conter plusieurs épisodes de… Dans la ville de Paramaribo il y une rue qui monte et qui ne descend jamais… 

(demain suite et fin du feuilleton des vacances)

(1) Hebdomadaire de bande dessinée, créé par René Goscinny en 1959
(2) France Inter, samedi après-midi, dimanche matin et après-midi, 1968-1990,
(3) "I comme beauté" Jacques Higelin,

mercredi 28 décembre 2011

Studio 125… Claude Dominique (2)

troisième épisode,
Comme un fantôme dans la régie du studio 125, je continue d'écouter Claude Dominique qui pour l'Oreille en coin cisèle son roman-chanson.

"Tenez par exemple restons dans les chiffres, "À nous deux" c'est le titre du dernier film de Claude Lelouch, si vous avez vu ce film vous avez entendu cette musique (1) et si vous avez entendu cette musique ça vous a peut-être évoqué une autre musique de film… "La comtesse de Hong-Kong" de Charlie Chaplin, musique qui à l'époque a donné une célèbre chanson… (2)". Claude Dominique superpose les deux thèmes qui apparaissent très proches et coupe d' une formule tranchée : "La comtesse de Hong-Kong, à nous deux, les bons comptes font les bonnes comtesses c'est bien connu!" assène sans rire notre conteuse.

" Coïncidence, coïncidence, de la même façon, il y a quelques temps à la télé on a redonné le film "La veuve Couderc" avant ce film il y a eu comme toujours les bandes publicitaires  dont l'une très connue vante des dessous féminins (3)… et quand le film a commencé, mon dieu, on pouvait se demander si les bas noirs que portaient la veuve Couderc ne faisaient pas partie également de… la publicité [Dim]." Sarcasme appuyé à la publicité intempestive que Claude Dominique voyait de façon prémonitoire "remplacer" les œuvres cinématographiques.

" Coïncidence, coïncidence, n'y aurait-il pas également un air de famille entre cette chanson du très vieux film "Hans Christian Andersen" (4) chantée par Dany Kaye et la musique du film récent "La guerre des étoiles" ? "Tu ressemblas", "tu as l'air de", conclusion ne soyons pas trop sévère avec ce Zéro,Zéro (5) lui au moins est unique en son genre ! Et puis après tout il y a peut-être sous ce compte à rebours [qui conclue Zéro,Zéro] un sens profondément ésotérique.Vous vous souvenez peut-être de cette très curieuse histoire (6). Le scientifique entend une voix plus forte que le tonnerre qui ébranle la pièce et le renverse par terre : "Bravo tu m'as trouvé, à toi de te cacher maintenant, je compte jusqu'à … 100 milliards ".

On aurait envie de dire "Rideau", d'applaudir à tout rompre pour une si belle chute en queue de poisson mais, voilà que Fernand Raynaud compte ses millions et jongle avec la fortune d'un Pdg et la petite augmentation de salaire sollicitée par un modeste employé… Claude Dominique elle aussi jongle avec les chiffres comme elle l'avait annoncé au début de son histoire. Les chiffres qui donnent le vertige comme les chiffres de "rien du tout" les "Zéro zéro", "69, année érotique", ou le 22 à Asnières. Claude Dominique connaît la chanson et les musiques populaires et elle sait comme personne les utiliser au service de ses propres contes de douce folie. En 18' 13" elle a tourné une idée, détourner quelques sens et retourner la situation à l'avantage de sa poésie. C'est du très grand art et une comète dans la galaxie des ondes radiophoniques.

(demain on file dans la ville de Paramaribo…")

(1) "À nous deux" Fabienne Thibeault, paroles de Pierre Barouh, musique de Francis Lai,
(2) " This is my song" interprétée par Petula Clark,
(3) Publicité pour les collants Dim, musique de Lalo Schifrin composée pour la BO du film  "The Fox » de Mark Rydell 1967,
(4) film américain réalisé par Charles Vidor, sorti en 1953,
(5) voir billet d'hier Studio 125…
(6) celle d'un scientifique qui après 20 ans de labeur acharné à rassemblé toutes les données scientifiques de l'Univers et a mis la somme de toutes les connaissances humaines en équation et maintenant qu'il sait qu'il arrive au résultat final et qu'il n'a pas la moindre chance de s'être trompé il inscrit sur son papier la formule de "Dieu".

mardi 27 décembre 2011

Studio 125… Claude Dominique

2ème épisode,
Je ferme les yeux… Pas pour dormir, pour écouter avec les retours studio la voix de Claude Dominique au micro de l'Oreille en coin (voir billet d'hier). Je n'ai pas besoin de la voir. Juste être proche de sa voix comme si elle ne racontait son histoire que pour moi. Personne dans la régie ne m'a encore vu, je ne bouge pas. J'écoute.

"L'amour-1er chapitre",
avec son ton si particulier Claude Dominique commence par nous asséner quelques bonnes vérités frappées au coin du bon sens  : "La clarté du verbe, la parole nette et lumineuse, la langue distincte c'était l'homme du XIXème siècle" tel que le concevait Michelet à l'époque où, de son côté Balzac écrivait "tout bonheur matériel repose sur des chiffres". Le propre du génie est de donner des idées. Un siècle plus tard, l'homme du XXème siècle semble avoir parfaitement assimilé la leçon des grands maîtres."

Quelle intro ? Comment ne pas accrocher (ou décrocher) en plein milieu d'après-midi avec, sans avoir l'air d'y toucher, un tel "lyrisme", un décalage subtil du verbe, à une époque où  le vocabulaire commence déjà à "mettre les bouts" ? On a à peine le temps de "digérer" ces bonnes paroles que Claude Dominique installe son roman-chanson, - comme on dirait d'un roman-photo -. Et ce, dès ses premiers mots et les premières notes d'une chanson décalée et inconnue (1). Sa gouaille, sa culture, son allant et son humour "Toporien" (2) nous mettent immédiatement en condition de tendre l'oreille et de ne plus rien faire d'autre. Et surtout ne rien faire d'autre si l'on veut prendre toute la mesure de son art de l'incise et de la citation à juste propos.

Sa ritournelle-clin-d'-œil-à-l'-auditeur "Je suis pas amère, je suis pas aigrie mais ça me fout en rogne…" est le vrai point de départ de sa chronique qui va lui permettre de tricoter et détricoter avec les mots des autres et les siens, un conte abracadabrantesque ! Alors qu'on entend cette chanson un peu absurde (1) qui consiste à décliner en plusieurs langues les chiffres de 1 à 5, Claude Dominique poursuit : "Ça me fout en rogne de ne pas pouvoir saisir la pensée profonde qui a animé les deux auteurs de ce compte musical intitulé "Zéro, zéro" ! Ya sûrement un message mais lequel ? Ce n'est pas la première fois qu'on utilise des chiffres dans la chanson mais chaque fois c'était dans un sens bien précis. Il y a eu des comptes pudiques (3), il y a eu des numéros célèbres (4), des énumérations qui ont eu une portée indéniable (5), il y a eu des dénombrements pour calculateurs de tête (6), des calculs britanniquement répétitifs (7), des recherches numériques par tâtonnements (8), et même des tentatives de vulgarisation mathémathéretique (sic) (9) !!!". Voilà une langue maniée, troussée, sublimée qui me ravit tellement que les quelques notes que j'ai réussi à prendre se résument sur mon carnet à d'illisibles gribouillis. Je n'arrive pas à suivre une pensée aussi fertile, décapante et vibrionnante.

"Tous ces énoncés numériques étaient lourds de sens, mais avec "Zéro zéro" le mystère reste absolu ! À quoi peut bien rimer ce décompte "Zéro zéro" ? Au nombre éventuel d'acheteurs de ce disque, pourquoi pas ? À notre époque où l'on essaye par tous les moyens à trouver du nouveau… il s'agit peut-être là d'une manifestation de la nouvelle chanson, la chanson sans auditeur, la chanson que personne n'écoute et qui procure à son auteur le sentiment d'avoir éliminé l'impur profiteur de son œuvre,… les mouches ne viennent plus sur son miel… " Quelle plus belle démonstration de l'absurde ? Quel brio ! Quelle maestria ! Quel art de la concision éblouissante ! Je voudrai me lever, applaudir et même lui sauter au cou !

" Enfin quoi qu'il en soit cette chanson a au moins un avantage, elle est profondément originale et elle ne ressemble à rien, c'est un point qui mérite d'être signalé en ces temps où l'on peut souvent constater dans les domaines musicaux la présence d'une certaine interpénétration (sic)… " Je ne suis pas sûr de bien comprendre l'interpénétration, mais vous-même demain y comprendrez-vous peut-être quelque chose en suivant la démonstration de Claude Dominique, qui poursuivra sa petite "chanson" avec le cinéma… ?

(à suivre demain, donc)

(1) "Zéro zéro " auteurs non cités,
(2) voir le billet du 4 novembre,
(3) "Petit bikini" Dalida, "69, année érotique" Jane Birkin,
(4) "Le 22 à Asnières" Fernand Raynaud,
(5) " Sur deux notes" de Charles Trenet, ici par Joséphine Baker,
(6) "Ya qu'un ch'veu sur la tête à Mathieu" Michel Polnareff,
(7) "One, two, threee…", ??
(8) "J'ai deux mains, j'ai deux pieds" Sylvie Vartan,
(9) " La vénus mathématique" Guy Béart.

lundi 26 décembre 2011

À voix nue, Pierre Dumayet





France-Culture rediffuse à partir de ce soir (1) les 5 émissions de mars 2001 :
1) Le soliloque est un mimosa très modeste
2) Du catalogue et de la métaphysique
3) La fiction est-elle soluble dans les larmes ? 
4) Des diables et des bons dieux
5) La couleur sensible des mots et de la vie  

(1) 20h/20h30 , de lundi à vendredi 

Studio 125… Kriss

1er épisode
Je suis dans la régie du studio 125 pour "L'Oreille en coin" (1), et je n'ai aucun moyen d'en situer l'époque. Je suis dans la pénombre des veilleuses blafardes du studio. À la pendule électronique il est 13h45. Entrent trois hommes décontractés, Garretto, Coudou, les deux producteurs, Camprasse l'ingénieur du son, visiblement ils ne m'ont pas vu. J'y suis j'y reste ! Je suis là pour en prendre plein l'oreille, mais je suis d'abord là pour Kriss, pour mettre un visage sur une voix, pour voir ses sourires, ses grimaces, ses yeux espiègles. Je suis là pour voir faire et essayer de comprendre la petite mécanique des ondes, les bonnes. D'habitude j'écoute, là je regarde.

14h02, indicatif : Jim Wild Carson, trompettes, tension en régie, fumée opaque, le rouge est mis ! Kriss : "… Et moi aussi j'ai été jeune dans le temps et comme c'est la mode je fais dans la nostalgie… C'était la première surprise partie de mon frangin, je devais avoir 9 ans environ." Avec son air de ne pas y toucher Kriss installe le décor, son enfance, sa cachette sous la table du salon pour voir les grands danser et écouter les slows qui tuent…

Et ça démarre avec "Only you…" Kriss ondule et fredonne avec les Platters… Vaut mieux que je sois planqué en régie qu'on ne fasse pas attention à moi car si j'avais été avec elle à cette surboum, je n'en aurai pas mené large, les mains moites et le cœur à 180… Pareil maintenant à l'antenne Kriss quand tu chantes en forçant ta voix suave et aguicheuse. Codou, Garretto, Camprasse vigilants à tout sourient. "Je vais craquer" annonce Kriss, sur ce slow qui n'en finit pas de chambouler la raison. "Slow fatal, combien d'erreurs en ton nom ont elles été commises ?…"  Mais Kriss n'en est pas encore là, en attente d'avoir l'âge des surpat' (2), elle danse aux Jeannettes (3) "Le quadrille des lanciers" très en décalage avec "Jolie petite Sheila" (4).

Elle raconte : "… Le temps passe, je vieillis et j'ai enfin mes surprises-party à moi… et [Quelques années plus tard] sur cette Jolie petite Sheila chacun a un truc à raconter". Lucky Blondo roucoule "Isabelle". "Je me prenais pour Isabelle, pour m'avoir il fallait d'abord faire le parcours du combattant de la danse, fallait d'abord se taper tous les rocks, tous les twists, tous les bops pour avoir une petite chance de me prendre la main."
Lucky Blondo insiste : "le disque tourne et tu n'es pas là c'est comme un jour de pluie…". Kriss ajoute : " je coupe [Blondo], j'ai trouvé un truc, si vous avez mon âge, y a aucune chance pour que vous soyez passés entre les gouttes, un beau truc quand on l'entendait.(5) Ouaah, des larmes plein les yeux tout de suite comme ça pour rien, pour le principe. Faut qu'en même imaginer le nombre de baisers qui se sont donnés là dessus… C'est presque dégoûtant… Mais… Faut quand même savoir que des disques on les mettait et pan on se retrouvait fiancée avec un mec qu'on aurait même pas regardé avant… S'il n'y avait pas eu "J'entends siffler le train" dans ma vie et dans celles de ma génération il y aurait eu beaucoup moins de drames sentimentaux puisqu'il y aurait eu beaucoup moins de grands sentiments. Les slows c'est comme les musiques de films… dans un film tu plonges… On essaye de continuer "à blanc" ce qu'on avait commencé en musique et ça c'est du domaine de l'impossible." Kriss déroule tout ça "le plus naturellement du monde", elle y croit, elle est dedans et derrière l'émotion des souvenirs une lucidité totale.

"Moi j'avais découvert les slows autant dire que j'avais découvert l'amour. Et ma mère avait découvert la permission de minuit." Kriss enchaîne et raconte comment à 14,15 ans avant minuit pile elle aurait "fait n'importe quoi pour allonger le disque, car inévitablement sur les accords de fin de "J'entends siffler le train" je craquais. C'était le premier coup de minuit, je plantais mon danseur sans lui donner d'explication pour n'avoir qu'un petit retard pardonnable. Avec des années de recul je crois que ma mère m'aurait pardonné un quart d'heure ou une demie heure de retard mais je ne le savais pas." 

"Moi les ruptures, je mettais un point d'honneur à me tenir bien droite, à pas pleurer, à pas faire d'histoire, et j'étais très aidée par Aznavour à chaque fois qu'on me plaquait." (6) Kriss est mutine, Kriss joue sa fierté d'être femme non soumise et efface ses ruptures d'une pirouette : "… "Il faut savoir", chanson à texte !". Tout Kriss est derrière ça, dire l'intime et laisser un voile de pudeur. "Ça m'a fait tellement plaisir de réécouter ces disques qu'il n'y a pas de raison de ne pas [à votre tour] vous raconter les vôtres." Et de sa voix grave elle ajoute "il faut savoir"… Pour ne pas rester sur une note de blues Kriss enchaîne avec Schmoll twistant (7) ! "Qu'est ce que j'ai pu être amoureuse de Schmoll, dingue ! J'étais tellement amoureuse de lui que je le trouvais même beau, lui, c'est dingue non quand même ! " Et puis au détour d'une phrase presque anodine, Kriss évoque son amie Chantal Pelletier (9) qui à l’évocation de Schmoll trépignera de plaisir et confirmera leur complicité musicale, point de passage obligé à leur complicité tout court.

Personne ne me voit, personne ne m'a vu, j'ai assisté à la petite musique de Kriss, une petite musique légère, gaie, triste, espiègle, et totalement humaine.

(à suivre demain, un autre morceau d'Oreille)

(1) France Inter, 1968-1990, le samedi après-midi, et toute la journée du dimanche,
(2) Surprise partie, surboom, surpat' puis boom quatre noms différent pour faire la même chose : se rapprocher mutuellement filles et garçons,
(3) Méthode scoute adaptée aux filles,
(4) Lucky Blondo,
(5) "Et j'entends siffler le train", Richard Anthony
(6) "Il faut savoir" quitter,
(7) Eddy Mitchell,
(8) sûrement Chantal Pelletier, voir billet du 21 août 2011.

dimanche 25 décembre 2011

Biblio radio…














Quelques-uns des livres cités au cours de ce feuilleton quotidien :

Vingt ans ça suffit, Dans les coulisses d'Europe n°1,
Maurice Siegel, Plon, 1975,

Le roman de la radio, de la T.S.F. aux radios libres,
Roland Dhordain, La table ronde, 1983,

Longtemps je me suis levé de bonne heure, Philippe Caloni,
Belfond, 1987,

Les années radio,
Jean-François Remonté, L'arpenteur, 1989

La radio, Rendez-vous sur les ondes,
Pierre Sabbagh, Découvertes Gallimard, 1995,

Le débat, n°95, "France Culture : une singularité française"
Gallimard, mai-août 1997,

Paroles de Rêveur, 40 ans de radio, Claude Villers
Le pré aux clercs, 2004,

La sagesse d'une femme de radio, Kriss
L'œil neuf éditions, 2005,

Radioactif, Pierre Bouteiller,
Robert Laffont, 2006,

L'oreille en coin, une radio dans la radio, Thomas Baumgartner,
Nouveau monde Éditions, 2007,
séparément 4 CD de l'émission, Nouveau Monde Éditions,

Au plaisir des autres, José Artur,
Michel Lafon, 2009,

Yann Paranthoën, "L'art de la radio", 
sous la direction de Christian Rosset, 
Phonurgia nova éditions, 2009,

Radio sauvage, Alain Veinstein,
Le Seuil, 2010,

À cœur et à Kriss, Chantal Pelletier,
Édition des Busclats, 2010,

•  Le bonheur est pour demain", Pierre Bellemare,
Flammarion, 2011,

Ceci n'est pas une autobiographie", Daniel Filipacchi,
Bernard Fixot, 2012,

• In the baba", Pierre Lescure,
Grasset, 2012,

• Spécial "Les radios régionales"

• BECCARELLI Marine, préface José Artur. Les nuits du bout des ondes : Introduction à l'histoire de la radio nocturne en France, 1945-2013. Paris : INA, 2014
• BERG Jerome S. The Early Shortwave Stations : a broadcasting history through 1945. McFarland, 
• BRETON Philippe. L'utopie de la communication. Paris : La Découverte/Poche, 1997
• CAVELIER Patrice et Olivier MOREL-MAROGER. La Radio. Paris : PUF, 2008. Que sais-je ?
• COLLIN Claude. Radios locales et culture régionale : la grande désillusion. Mediapouvoirs. 1986, n°3, pages 34-48
• DELPORTE Christian. Histoire des médias en France, de la Grande Guerre à nos jours. Paris : Flammarion, 2003
• Documentation française, Cour des comptes. Radio France, Les raisons d'une crise, les pistes d'une réforme - 2015
• Fédération nationale de radiodiffusion. Annuaire de la Radiodiffusion Nationale, 1933 et 1934
• JEANNENEY Jean-Noël. Echec à Panurge. Paris : Seuil, 1986
• JEANNENEY Jean-Noël. Concordances des temps. Paris : Seuil, 1987JEANNENEY Jean-Noël. Une histoire des médias, des origines à nos jours. Paris : Seuil, 2001
• JEANNENEY Jean-Noël (dir.) et 27 autres historiens. L’Echo du siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France. Paris : Hachette Littératures, 1999-2001
• MIQUEL Pierre. Histoire de la radio et de la télévision. Librairie Académique Perrin, 1991
• SCHAEFFER Pierre. Machines à communiquer, 1 Genèse des simulacres. Paris : Seul, 1970
• SCHAEFFER Pierre, Machines à communiquer, 2 Pouvoir et communication. Paris : Seuil, 1972

• VEITL Philippe. L'invention d'une région : les Alpes françaises. Préface Renaud PAYRE, Grenoble : PUG, 2013

samedi 24 décembre 2011

Radio Cinéma Nova…

© MAX ROSEREAU " LA VOIX DU NORD "


Incroyable voilà qu'un article du Supplément Télévision du Monde qui paraît aujourd'hui m'a donné envie d'écouter une nouvelle émission de radio ! Je n'y croyais plus. Pour évoquer une série de cinq émissions sur Radio Nova réalisées par Nicolas Saada (1), la journaliste n'a fait aucune comparaison hasardeuse avec Le Masque et la Plume (Inter) ou avec Projection privée (Culture) ou je ne sais quelles émissions des radios "périphériques" qui parlent de cinéma. Hélène Delye, la journaliste, par ces questions permet à Saada de présenter son projet (2), de revenir sur les années où il produisait sur la même chaîne "Nova fait son cinéma" et son propre parcours cinématographique. Et "pour une fois" on nous parle d'émissions qui vont avoir lieu et que la journaliste semble avoir écoutées. Donc la semaine prochaine avant le feuilleton de France Culture Chiens noirs des seventies, je me ferai mon cinéma…

(1) du 26 décembre au 30 décembre, 20h/21h,
(2) "La radio est une forme d'expression, pas simplement un outil de transmission. D'ailleurs, Isabelle Gornet, la réalisatrice avec qui je travaille depuis toujours sur " Nova fait son cinéma ", définit son travail en parlant de mise en ondes. Et j'y vois une sorte de parallèle avec la mise en scène... Je voulais appliquer à la radio et à l'émission une sorte de dramaturgie cinématographique, avec des climats. Au fur et à mesure, on a vraiment réalisé ces émissions comme des petits films."

vendredi 23 décembre 2011

Radio Lorraine cœur d'acier…

Je n'ai jamais pu écouter cette radio "perdue" si loin de ma Bretagne mais j'ai lu le livre de Marcel Donati (1), été à Villerupt pour le festival du film italien et lu Baru en long en large et en travers. Cette histoire de radio est sensible, comme d'autres, mais celle-ci me touche plus. J'attends de pouvoir me rendre au Centre de l'histoire sociale à Paris pour consulter la thèse d'Ingrid Hayes soutenue le mardi 15 novembre 2011 : Radio Lorraine Cœur d’Acier Longwy, 1979-1980. Les voix de la crise : émancipations et dominations en milieu ouvrier.

(1) En 1994 chez Payot, Marcel Donati publie Cœur d’acier, souvenirs d’un sidérurgiste de Lorraine. Il consacre un chapitre à une expérience unique, une radio créé par la CGT avant l’ère des radios libres, Lorraine Cœur d’Acier (LCA). Son témoignage est très émouvant car il montre comment cette radio le transforma profondément. Au départ, le militant avait une vision étroite (ou utilitariste) de la lutte donc il dénonce cette radio ouverte à tout vent où des citoyens venaient faire même de la poésie, toute chose bien peu favorable au développement de la lutte syndicale. Il devient ensuite un défenseur acharné de cette radio car il découvre une réalité jusque là insoupçonnée pour lui : ses compagnons de travail ne pensaient pas qu’au travail. Cette radio émancipatrice qui donnait tout autant qu’aux adultes, la parole aux enfants, devient une radio de référence. Les habitants s’y attachent. Quand Marcel est poussé par ses camarades à aller parler des revendications sur LCA, il hésite, puis il accepte et là, Marcel Trillat, un des deux journalistes professionnels à animer la radio, le retient, pour, après la parole officielle, l’inviter à évoquer un peu de sa vie. (source)

Immortel… Chancel


À l'Académie de la radio Chancel serait Immortel, ce serait même son secrétaire perpétuel, mais last but not least, c'est après la télé que l'académicien court de plateaux télés en micros radio, avec la santé d'un coureur de fond. Après Radio Taddeï (1), gageons qu'Emmanuel Laurentin (2) n'a pas manqué de lui demander pourquoi il n'avait pas écrit 'Le dictionnaire amoureux de la radio" (3). Je lui ai demandé à l'issue de son show à la librairie Dialogues à Brest et il m'a répondu la même chose que sur Radio Twizz (belge) hier : "Quand on a fait la télé on ne peut pas faire la radio, on aurait l'impression de radoter !". Hum… j'insiste : "Mais pourquoi n'avoir pas commencé par la radio ?"… Chancel ne s'en défendra pas, mais malgré toutes ses créations à la télé, il est peut-être d'abord dans "la mémoire collective des français", un homme de radio ?

Même si, c'est clair, le co-créateur d'Antenne2 - avec Marcel Julian le 21 décembre 1963 - a fait son miel de la télé (4), et qui, tel un ours des Pyrénées en a fait sa gourmandise essentielle.

(1) Tête à tête, France Culture, 27 novembre 2011, 20h,
(2) rencontre en public, Petit Théâtre du Quartz, Festival Longueur d'Ondes, Brest, 4 décembre 2011, qui devrait pouvoir être écoutable sur leur site en janvier 2012,
(3) Dictionnaire amoureux de la télévision, Plon, octobre 2011
(4) il est aujourd'hui conseiller du Président de Canal+, Bertrand Méheut.
_____

Trêve des confiseurs et des blogueurs, la semaine prochaine un feuilleton dans le feuilleton, mêmes jours, même heure.

jeudi 22 décembre 2011

Arte Radio change de peau…

Ce soir entre chien et loup a paru le nouveau site d'Arte Radio "vierge et intimidant comme une page blanche. Cliquez pour entendre une femme crier dans Un beau début. Noël oblige, Silvain Gire a écrit une fiction rythmée par les bruits de l'I.R.M., c'est son côté Charlotte Gainsbourg. 12 minutes de monologue dans la machine, avec la vois de Clémentine Verdier et une réalisatrice efficace de Charlie Marcelet. Mais le tube des fêtes à écouter en rond autour de l'ordi, c'est La bouillabaisse infernale, une histoire vraie recueillie par François Beaune qui épicera les repas de famille. Arte Radio est une boîte de chocolats à déguster librement. Choisissez dans les rubriques des courts métrages sonores à écouter ou télécharger :  tout est inédit, fabriqué pour et avec nous par des auteurs rémunérés. Chaque semaine, trois nouveautés à podcaster ou iPhoner. Écouter pour mieux voir." (1) Ça donne envie, non ?

(1) Édito du nouveau site.

RF j'en vœux…


Vraiment sympa !

Cliquez ci-dessous :
Deux mille douze

De l'art ou du cochon…

Ici, sur ce blog, je vous parle de radio, quand d'autres savent présenter et analyser l'art radiophonique. Parmi eux Syntone. Vous trouverez sur leur site, outre la définition ci-dessous, de quoi vous convaincre de la chose et/ou vous désespérer que cet art ne soit pas plus présent sur les ondes. Quant au cochon c'est une façon un peu triviale de dire qu'en radio on est quelque fois descendu bien bas… Bien sûr entre les deux il y a la radio de qualité…

Vers une définition de l'art radiophonique (1)

1. L'art radiophonique est l'usage de la radio en tant que médium pour l'art.

2. La radio existe à l'endroit où on l'entend, et non dans le studio de production.

3. La qualité sonore est secondaire par rapport à l'originalité conceptuelle.

4. La radio est quasiment toujours entendue mélangée à d'autres sons : sons domestiques, trafic, télévision, téléphone, jeux d'enfants, etc.

5. L'art radiophonique n'est pas de l'art sonore – ni de la musique. L'art radiophonique est de la radio.

6. L'art sonore et la musique ne sont pas de l'art radiophonique, simplement parce qu'ils sont diffusés à la radio.

7. L'espace radiophonique est partout où l'on entend la radio.

8. L'art radiophonique est composé d'objets sonores éprouvés dans l'espace radiophonique.

9. Le poste de radio de l'auditeur détermine la qualité sonore de l'œuvre radiophonique.

10. Chaque auditeur entend sa propre version finale de l'œuvre radiophonique mélangée à l'ambiance sonore de son propre espace.

11. L'artiste radiophonique sait qu'il n'y a aucun moyen de contrôler l'expérience de l'œuvre radiophonique.

12. L'art radiophonique n'est pas une combinaison de radio et d'art. L'art radiophonique est de la radio faite par des artistes.

(1) Texte original intitulé Toward a definition of radio art, écrit par Robert Adrian en septembre 1998 et mis en ligne sur le site de Kunstradio. Traduit pour Syntone par Etienne Noiseau en avril 2011.

mercredi 21 décembre 2011

Led Zep + François = Bon feuilleton



Sans mauvais jeu de mot, voilà du bon du très bon feuilleton, pour finir l'année en pente douce avec un formidable conteur qui donne à entendre une autre vision des mythes modernes (Stones, Dylan,…) et ici "la légende sombre de Led Zeppelin". Bon, fouille sa recherche et ne se contente ni des évidences, ni des simplifications, ni d'en rajouter une couche en idolâtrie. On est dans un road-movie où les images et les sons affluent. Au-delà des musiques et des mots on prend en feedback un boomerang en pleine gueule. Son récit n'est pas linéaire, ses bifurcations, déviations et autres tribulations collent avec la vie des artistes ou des groupes qu'il met en scène. Sa narration surtout, dans le principe même du feuilleton donne envie d'y retourner chaque jour et laisse comme un manque les samedis et dimanches… "Une chanson désespérée".

Chiens noirs des seventies
depuis lundi et jusqu'au 6 janvier 2012 (Rediffusion de Novembre 2004).

La sortie française de la biographie de Led Zeppelin par Stephen Davis, Hammer of The Gods, vient de paraître aux éditions Le mot et le reste.

mardi 20 décembre 2011

Ina… tendu

Des mots…

J'aurais aimé vous parler dès samedi de l'émission de Pivot "La radio, la télévision et le pouvoir" (1) mais encore eut-il fallu qu'ayant acheté la vidéo vendredi soir je puisse la lire en suivant mon achat. Ce fût impossible. Mon compte bancaire fût bien débité mais quant à ce que le téléchargement arrive jusque sur mon "bureau" ce fût une autre paire de manche. Après une heure et demie de bidouillage j'ai abandonné et dû attendre hier après-midi pour qu'une opératrice de l'Ina me donne la marche à suivre. On croit rêver ! Il faut ajouter un "clic droit" en cliquant sur l'onglet "Télécharger" ! Ben voyons, mais c'est écrit où cette manip' ? Vivement qu'iTunes prenne en charge la vente en ligne des archives de l'Ina ! Quel désastre ! Quel médiocrité ! L'Ina n'est donc pas foutu capable de programmer un site marchand et de lui donner une configuration simple, efficace et performante ? Plutôt que de mettre des "boutons" partout, des images et des accroches marketing, l'Ina pourrait peut-être aller voir du côté de la sobriété et de l'opérationnalité ? Et donner envie d'accéder simplement aux archives qu'il est censé vendre à la mode Internet pas à celle des camelots de foire !

Donc j'ai visionné hier soir l'émission consacré à l'audiovisuel. Un bijou d'anthologie ! Les cadors qui interviennent - Siegel, Sallebert, Salinger - se confrontent à un apparatchik communiste, l'écrivaine Edmonde Charles-Roux et le ministre de l'information André Rossi (2). Ces deux derniers invités "particuliers" venant aussi débattre qui, de la garantie que le pouvoir n'intervient plus dans l'audiovisuel (3) l'autre préfigurant une Haute Autorité chargée de "surveiller" les équilibres politiques à la Télévision (4).

Comme souvent avec Pivot on parle "autour des livres" et ce qu'a dit Siegel est formidable pour comprendre la radio privée au début du septennat de Giscard, là en ce qui concerne Europe 1, tenue en laisse par la Sofirad (5) qui a mis un "brin" d'État dans une société d'information privée. Je lis le livre de Siegel et vous en reparle. Quant à vous conseiller d'acheter la vidéo…

(1) Apostrophe, octobre 1974
(2) Porte parole du gouvernement,
(3) éclatement de l'Ortf et création de Radio France,
(4) initié par les socialistes et François Mitterand,
(5) Société Financière de Radiodiffusion, cette holding permet à l'État de participer au capital (et de contrôler capitalistiquement) les principales stations périphériques : RMC, Europe 1 (en 1949), Sud Radio et Radio Andorre (en 1961) (source Wikipédia).

lundi 19 décembre 2011

Des sonals pour Musique…


Le site de Télérama nous apprend, sous la plume de Laurence Le Saux, qu'à partir du 2 janvier France Musique met de nouveaux habits de musique pour rythmer la journée et installer une identification supplémentaire de la chaîne. Les extraits proposés sont subtils et "frais" (1). Je les ai écoutés plusieurs fois pour le plaisir de l'oreille. Et j'ai déjà très envie d'entendre ce qui succédera à ces sonals, en souhaitant que la matinée s'ouvre à la chanson en un "feuilleton" comme celui qui court depuis plusieurs années sur la chaîne : "Chansons d'été".

(1) mes chers auditeurs pardonneront mon incapacité à mieux qualifier ces habillages musicaux.

Avis de tempête… sur la voix

 
Un clin d'œil furtif qui passe presque inaperçu ! Dans "Le père Noël est une ordure" de Jean-Marie Poiré, Christian Clavier fait remarquer à Thierry Lhermitte qu'un physique ne correspond pas toujours à la voix qui y est associée. Pour preuve Christian Clavier qui venant de faire connaissance avec Albert Simon constate que son physique n'a rien à voir avec "la voix chevrotante restée dans la mémoire collective des Français." (1)

Mais aujourd'hui qui se souvient de cette voix qui égrenait la météo d'Europe1 dans les années 70 ? Cette "réplique" de Clavier m'avait jusqu'alors échappé ! Et j'ai eu envie de réécouter Albert Simon (2). Et ce fut un plaisir ! Une voix caractéristique, un peu éraillée - on a envie de tousser à sa place - qui  ponctue plusieurs fois par jour une séquence très prisée des auditeurs : la météo. Cette voix (comme d'autres) participe de la caractérisation d'une station qui rapidement doit pouvoir être identifiée et… toujours se différencier de la concurrence.

Plaisir de la navigation au long cours sur le web, j'ai aussi trouvé ça  ! Voilà une occasion de se plonger dans quelques souvenirs de la station de la rue François 1er à Paris, dite Europe 1, en attendant de lire les souvenirs de Maurice Siegel auxquels j'ai fait allusion dans un récent billet.

(1) Wikipédia, … des français nés avant 1975 !!!!
(2) Vous cherchez dans la liste : Flash d'info de Gilles Schneider… + météo d'Albert Simon.

dimanche 18 décembre 2011

Radio Mindelo (featuring Cesaria Evora)

Vous avez été nombreux hier sur ce blog à (re)lire Saudade radio mon court billet du 1er octobre et peut-être avez-vous (ré)écouter le reportage d'Arte radio qui y était proposé. C'est en rentrant tard hier soir que j'ai appris la mort de Cesaria Evora et c'est sur ce site que j'ai eu envie de fureter. Radio Mindelo c'est un disque de Cesaria dont "… les enregistrements font voyager dans le temps, jusqu'au début des années 60 quand la jeune capverdienne enregistrait quelques chansons au micro de la radio Barlavento et radio Clube…". La radio à Mindelo au Cap Vert ou d'un continent à un autre, a été pour de nombreux musiciens le début de la reconnaissance ou la consécration, et Cesaria n'y a pas échappé si l'on en croit Mermet (1) qui a été celui qui l'a fait découvrir en France. La radio, une autre façon de vivre la musique "live" quand on ne peut pas être présent au concert…

Hier soir je suis passé sur Le pont des artistes, sur France Inter, pour écouter l'hommage que lui a rendu Isabelle Dhordain pendant deux heures. Bien loin du Cap vert, au Michigan ou au Montana, Jim Harrison doit être très malheureux lui qui a toujours été bouleversé par le spleen de Césaria. Ce spleen si particulier du Cap vert appelé Saudade. 

Saudade Césaria… et plus encore.
2 janvier 2012, Arte propose de revoir un documentaire de 1996
22 janvier 2012 : L'afrique enchantée, France Inter,
27 septembre 2012 : Next Libération,

(1) Producteur de "Là-bas si j'y suis" sur France Inter, du lundi au vendredi, 15 h.

samedi 17 décembre 2011

Pivot à la radio… MDR


Renaud Revel sur son blog- et c'est une première - a réuni pour une interview croisée, Frédéric Taddeï et Bernard Pivot. Vous pourriez immédiatement m'objecter "mais en quoi cela concerne t-il la radio ?". Au détour de la conversation Pivot nous apprendra qu'à l'initiative de Maurice Siegel (1) il a tenu pendant quatre ans une "chronique humoristique", sans doute au début des années 70. 

Pivot avait eu l'occasion de l'évoquer au cours d'une interview à Lire en 2005 : "Il y en eut, des protestations! Des engueulades ! (Dont une, mémorable, avec Georges Pompidou, alors président de la République.)". Ne cherchez pas à l'Ina ou sur le site d'Europe1, les archives des radios privées ne sont pas conservées par l'Ina (à quelques exceptions près), et à E1 elles sont en pleine numérisation. Mais leurs archives ne seront sans doute jamais accessibles au public. Mais bon je lance une bouteille à la mer, j'aimerai beaucoup entendre Pivot le facétieux chroniquer le quotidien…
(à suivre)

Vous pourrez retrouver Pivot qui, pour le vingt-sixième n° d'Apostrophes, interviewe Siegel à propos de son livre "Vingt ans ça suffit" qui narre son histoire au sein de la radio privée.

(1) Directeur d'Europe 1.

vendredi 16 décembre 2011

La radio du FBI…

 

Des fois, en manque total d'information sur la radio, vous passez faire un tour au kiosque de Telerama.fr. Là vous êtes sûr d'y trouver l'information indispensable qui vous manque (1) ou le conseil avisé pour ne rien manquer d'un rendez-vous exceptionnel avec… un certain pipole. Oui, car vous l'avez déjà constaté depuis lurette sur LA page radio de Télérama papier, chaque semaine est présenté une femme ou un homme de radio (plutôt assez connu), mais des miettes sur les émissions, les documentaires, les feuilletons (France Culture) qui sont relégués dans un petit (pré) carré sur chacune des pages des grilles radio. Autant dire pas grand chose. Les grandes heures de la critique radio de cet hebdo sont passées à la trappe pour être remplacées par la personnalisation et la pipolisation à outrance. Pareil donc sur le oueb ! C'est sûr "Taddeï tâte… sur France Cul" ça claque un peu plus qu' "À voix nue de Julos Beaucarne " ! Fermez le ban !

Hier sous l'onglet radio du site nous pouvions découvrir le titre suivant : Sting sur France Inter c'est encore mieux l'après-midi (2). Avec un argument massue pour inciter à écouter la chaîne à 17h : " Décidément François Busnel ajoute des noms « prestige » à son carnet de bal : après Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, et Archie Shepp, saxophoniste de légende, fin novembre, l'intervieweur des après-midis de France Inter s'apprête à recevoir Sting…". On croit rêver en lisant "des noms de prestige". La journaliste qui était au Festival Longueur d'Ondes à Brest début décembre, a bien du entendre Chancel évoquer ses 6000 Radioscopies. Chancel qui, si elle le lui avait demandé, lui aurait soufflé qu'il a du recevoir trois ou quatre fois… Elie Wiesel, sans pour autant en faire des tonnes pour rajouter à son  prestige !

Mais le point de vue de la journaliste ne s'arrête pas là ! " Et François Busnel parvient à attirer à 17 heures de plus en plus d'invités internationaux. Bel effet d'affichage – d'autant que les entretiens y sont de très bonne tenue." "D'invités internationaux" mais on rêve ! En quoi ce serait ces invités internationaux qui feraient la qualité d'une émission ? Par contre l'affirmation de la journaliste avec son "Bel effet d'affichage" montre que ce qui serait important à la radio ce serait l'affichage ! "Au secours fuyons" (3) !!!! Si pour Télérama la radio c'est de l'affichage, que ses rédacteurs retournent donc à leurs écrans de télé et ils pourront mesurer l'affichage en long en large et en travers !

Cette journaliste a t-elle seulement écouté les "invités internationaux" que reçoit Bonnaud dans son Plan B depuis deux ans (4) : des écrivains, cinéastes, musiciens, journalistes, et autres créateurs culturels en tout genre ? Télérama ferait bien de l'afficher un peu plus ce Plan B, il le mérite non ? Et à 18h sur France Musique, Alex Dutilh dans Open Jazz il ne reçoit que les "Petits chanteurs à la croix de bois" ? Et à 17h sur France Culture les invités de "Sur les Docks" sont-ils trop "communs" ou "sans effet" d'affichage. C'est quoi ce charabia de marketing ? Que France Inter invite les journalistes à pré-écouter une émission, tant mieux si cela permet aux journalistes d’inciter les auditeurs à ne pas manquer telle ou telle émission. Mais que les noms de Sting, de Wiesel, du Dalaï-lama impliquent que l'émission dans laquelle ils s'expriment soit synonyme de qualité, c'est franchir un pas que je ne franchirais pas. Que Busnel ou ses commanditaires aient décidé de dupliquer à l'infini l'entretien en tête à tête n'est en rien un gage de qualité mais confirme bien comment l'époque, qui sublime l'effet d'annonce, tue en même temps l'analyse des pratiques et des contenus. 

Je me dois maintenant une explication quant au titre de ce billet. FBI veut dire François Busnel International, et vous en conviendrez, il y a de gros risques à ce que ses émissions soient Policées, que ce soit ou non Sting l'invité.

(1) Le 11 septembre, un facétieux secrétaire de rédaction ou un titreur ose : " Taddeï tâte du tête à tête sur France Cul (sic)",
(2) Le facétieux est joueur "c'est encore mieux l'après-midi" était le titre d'une émission télé de Dechavanne sur Antenne 2,
(3) référence cinématographique,
(4) Le Mouv', du lundi au vendredi, 17h,

jeudi 15 décembre 2011

Plus belle la radio…



Vous vous doutez bien, mes chers auditeurs, qu'avec un titre pareil je vais vous parler de… télé. Hier matin, à peine remis d'avoir écouté les souvenirs d'un ex-Carbone 14 (1), qui répondait aux questions d'Amaelle Guiton sur le Mouv' - une Amaelle presque "horrifiée" des turpitudes des apprentis animateurs de radio libre - je m'apprêtais à vaquer à mes occupations professionnelles quand mon oiseau bleu, en deux minuscules piou-piou m'avertit qu'il allait se passer quelque chose à la télé. Je décidais alors, confiant, de suivre son conseil, de prendre une pause et m’installais aussitôt devant la "chaîne" de… l'Assemblée nationale

Dès 9h30, Monsieur Jean-Luc Hess, ci-devant Pdg de Radio France, planchait devant la Commission des Affaires culturelles et la Commission des Finances, pour répondre au contrat d'objectif (2010-2014) que l'État lui avait confié. Si vous aimez les belles histoires avec des techniques et de la finance, les questions pointues, les réponses engagées et la vie d'une grande Maison de (la) radio, vous prendrez un certain plaisir à passer 1h15 devant votre poste (ou votre ordinateur). Rien à voir ici avec les questions au Gouvernement : machin qui ronfle, truc qui lit son journal, X qui tweet, Y qui lève les yeux au ciel. Ici les questions sont d'actualité et, en un 'feu très nourri", brossent un panorama qui va des travaux de rénovation des bâtiments au nouvel auditorium, en passant par RFi, la convention collective et la RNT (2). Le Pdg à l'aise et concentré n'aura eu de cesse pendant toute sa prestation de répondre précisemment aux interrogations des parlementaires, de faire souvent effort de pédagogie, de mettre en avant un Groupe, et adroitement montrer qu'à son poste il entend bien défendre la radio, et mieux, la soutenir et l'encourager dans son développement, même si l'objectif qu'il lui a été assigné est de "tenir" l'affaire à moyens constants.

Jean-Lus Hess aime la radio c'est génétiquement professionnel, défend chacune des chaînes et soutient celles, telles France Musique et le Mouv', qui n'ont pas encore trouvé l'auditoire suffisant en regard des investissements engagés (3). Pour Le Mouv' le Président est loquace. Il ne s'enferme pas dans la tyrannie des chiffres Médiamétrie ! En nommant un nouveau directeur, Patrice Blanc-Francard, et en lui donnant des moyens financiers supplémentaires, Hess encourage la participation des politiques, des artistes, des créateurs aux nouvelles émissions (4) pour venir témoigner, échanger en direction d'un public jeune, même si des vieux crabes comme ma pomme prennent du plaisir à s'y promener à plusieurs reprises au cours de la journée. Le must de cet engagement pour le Mouv' aura été la très belle passe qu'il aura faite en direction de la matinale, en incitant les parlementaires à l'écouter régulièrement. J'imagine bien Amaelle Guiton, journaliste animatrice de cette matinale rosir de bonheur derrière son écran à peine remise des élucubrations de feu Carbone 14.

Quant à France Musique, qu'il est bon d'entendre dire par le Pdg qu'il a demandé aux producteurs, non seulement d'aimer la musique, mais aussi D'AIMER LA RADIO. Ce point de vue tellement frappé au coin du bon sens avait du échapper à quelques directeurs passés qui, s'ils pouvaient compter sur les qualités musicales des producteurs ne pouvaient sans doute pas s'appuyer sur des femmes et des hommes qui n'avaient pas pleinement pris conscience qu'ils s'adressaient à des auditeurs, pour faire plus que d'annoncer et présenter des œuvres musicales. Hess n'échappera pas aux questions concernant RFI, dont l'auditeur lambda que je suis se demande encore comment cette radio internationale pourrait quitter le giron de Radio France ? De la même façon Hess n'a en rien éludé des questions sur la RNT ni des enjeux des Nouveaux Médias qui, on le sait, lui tiennent très à cœur (5). 

Si cet épisode inédit de Plus belle la radio, n'est pas un vrai moment de radio, il est un temps important pour comprendre comment le Pdg et ses équipes dirigent et mitonnent le quotidien que des millions d'auditeurs exigeants grapillent 7/7 sur les 7 chaînes du service public. Quant à ces parlementaires au fait des questions radio j'aurais bien aimé leur poser quelques questions :
- " Quand écoutez-vous la radio et sur quelles chaînes ? "
Je ne désespère pas un jour aller les leur poser directement, ce fera l'objet d'un nouvel épisode de "Plus belle la radio" !

(1) Jean-François Galotte alias "David Grossexe", acteur et animateur de la radio pirate Carbone 14 dans les années 80,
(2) " la diffusion de l'analogique aujourd'hui (FM) c'est 80 millions d'euros en RNT la facture serait divisée par 2, sachant que pendant 5,10, 15 ans les deux systèmes de diffusion devraient cohabiter" précise Jean-Luc Hees,
(3) et du renouvellement de leur grille,
(4) le 7/9, La République du Mouv',…
(5) Cellule de prospective au sein de Radio France pour intégrer la radio aux nouveaux médias/nouveaux supports de communication. Elle est animée par Joël Ronez, présent à cette audition à l'Assemblée nationale. 

mercredi 14 décembre 2011

Radio roots…


Si tant est que la Normandie soit à l'ouest de la Belgique, même si elle n'est pas western. Si tant est qu'une fille veuille faire le chemin à l'envers de ses grands-parents, immigrés flamands entre les deux guerres, en basse-Normandie. Si tant est qu'elle tourne autour de ses racines, de celles des autres, de celles qui entraîneront son père à (re)venir en Belgique… Sonia Ringoot dans un documentaire sensible et touchant l'a… tenté. Elle vient de remporter le prix Schaeffer 2011 (1) pour "En quête de terre". Il mériterait d'être diffusé à la radio (2). Mais dans quelle émission ?

Là-bas si j'y suis (3) ? Il faudrait pour ça que Mermet fasse preuve d'abnégation pour ne pas interposer sa voix par dessus le documentaire et qu'il oublie 50mn tout ce qui "plombe" son émission. Il faudrait que Sonia Kronlund (4) ne le découpe pas en deux épisodes. Que "Sur les docks" ou mieux "L'atelier de création" (5) lui réservent une émission. Mais il faudrait surtout que ce documentaire soit précédé et succédé par du silence. Du "silence radio", soit quelque chose comme quelques sons tout juste émis, pour nous permettre de sortir doucement du sujet. Ici on ne peut pas être dans l'enfilage de perles. Évoquer la "mise en ondes" d'un documentaire nous fait toucher du doigt que la mode d'un sur-habillage d'antenne empêche définitivement les temps de "respiration".

Le sur-habillage d'antenne ce sont les intempestifs rappels en cours d'émission du nom de la chaîne et de l'émission en cours, c'est l'auto-promo en fin et début d'émission à laquelle il faut ajouter l'auto-promo des sept chaînes de Radio France et je ne parle pas des "parrainages" (sur Inter) qui en rajoutent pour détourner la pensée, ou stimuler l'"à côté". De ce qu'il fallait faire avec subtilité, les habilleurs en ont fait la "charge de la brigade légère" permanente en copiant les radios "périphériques" et surtout la télé. Pour garder l'auditeur on l'attrape comme une mouche avec du miel… dur.

Pour "En quête de terre" il faudrait nous laisser dans le train qui mène en Belgique ou ailleurs. Il faudrait nous laisser dans les paysages sonores qui défilent devant nos yeux et dans nos oreilles. Il faudrait nous laisser doucement revenir sur… terre !

(1) œuvre primée au festival Phonurgia Nova, des 10 et 11 décembre 2011,
(2) je ne traite ici que des radios publiques mais il a forcément sa place sur les indépendantes : Campus, Grenouille, Jet,
(3) France Inter, du lundi au vendredi, 15h
(4) France Culture, Les Pieds sur terre, du lundi au vendredi, 13h30
(5) France Culture, le mardi et le jeudi, 23h.

mardi 13 décembre 2011

Radio cryptée VS radio en clair…

À la différence des journalistes qui, à la rentrée des nouvelles grilles radio, parlent une fois d'une émission qu'ils n'ont écouté qu'une fois (ou vu puisqu'ils se déplacent pour regarder la radio !), j'aime bien suivre une émission sur la durée. Il en va ainsi de "Pas la peine de crier" (1) que j'écoute 3 ou 4 fois par semaine. Je l'ai dit dès septembre, Marie Richeux a ciselé son émission avec poésie, musiques, textes littéraires, et quelques boudoirs pour agrémenter la tea party. Mais hier, patatrac ! L'invité de Richeux doit être sous hypnose ou sous Prozac car son débit de langage et l'hermétisme de ses propos nous font un instant regretter d'avoir allumé la radio. On cherche en vain le décodeur ! On comprend rien à ce que grommele Gilles Amalvi, mais strictement rien. L'entretien avec l'écrivain est censé évoquer la danse et son Musée de Rennes ! Pourquoi un musée de la danse devrait-il s'évoquer par la parole ? Pourquoi pas ? Mais pourquoi être aussi abscons ou torturé pour en parler ? C'est l'heure du thé pas de l'insomnie fébrile ! J'enrage ! Ce n'est plus un dialogue mais une spirale de mots collés les uns aux autres qui se noient dans les abysses les plus profondes de la pensée hermétique ! Rideau !

Hier toujours, à 17h, Plan B, limpide ! (2) Bonnaud reçoit Tristane Banon. Elle s'explique et on mesure la douleur et l'infamie. Bonnaud n'en fait pas une conversation d'actualité, mais une affaire de société. Société qui va dans le mur, mais société quand même ! 

À 21h, Fip est à la Manœuvre ! Le rock-critic nous fait partager ses must et quelques aperçus de sa discothèque : "Après le succès du 1er tome de sa Discothèque rock idéale en 2005, Philippe Manœuvre poursuit sa sélection passionnée et ouvertement subjective. Un 2ème tome au sous-titre "101 disques à écouter avant la fin du monde". Il y célèbre l'art des pochettes de 33t, nous conte quelques anecdotes décalées, rend hommage à tous ces groupes de rock, de soul ou de jazz qu'il avait ignoré dans le précédent volume."

Voilà donc deux exemples de radio de qualité, décryptée, intelligible qui parle à ses auditeurs et qui partage. Pas besoin de décodeur ni d'aspirine. On est dedans ! Passée la terreur de Tristane Banon dont il fallait rendre compte avec tact comme Bonnaud sait le faire, Manœuvre "l'encyclopédie" nous a brossé, en deux heures, 50 ans de Rock n' Roll avec des anecdotes impayables et une énergie d'ado. Manœuvre peut rev'nir tous les soirs à la radio, on s'couchera pas d'si tôt (bon slogan). Vive la radio !

Et l'anecdote qui tue : en pleine écriture de son livre en janvier, Manœuvre assiste aux 40 ans de Fip ! Après le discours de Jean-Luc Hees (3), un morceau de musique s'intercale "I heard it through the grapevine" de Marvin Gaye, repris par Creedence Clearwater Revival. Et Manœuvre de clôturer sa soirée par ce morceau mythique, à plus d'un titre !

(1) France Culture, 16h, lundi au vendredi,
(2) Le Mouv', 17h, lundi au vendredi,
(3) Pdg de Radio France.