lundi 20 novembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Mac Luhan, village global (12/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Marshall Mc Luhan ©the Estate of Yousuf Karsh

12. Mc Luhan/Le village global : prophétie réalisée…
"Marshall McLuhan (1911-1980), canadien, théoricien de la communication, a joui d'un succès considérable dans les années 1960. Il faisait la couverture des magazines et était recherché comme conférencier. Son livre "The medium is the massage" (1967) s'est vendu à un million d'exemplaires" (1). Son concept de "village global" défini dans ce livre a été au moins aussi "agité" que celui de "La société du spectacle" (2). Dès 1971, France Culture, dans la tranche "Les matinées de France Culture" consacre 40' au sujet (3).

Pour Dominique Wolton (4), "L’idée centrale est que les faibles coûts et temps de transmission de l’information permis par les nouvelles technologies tendent à favoriser l’apparition d’une culture unique et partagée à l’échelle de la planète. À l’ère d’Internet, ce concept a été réinterprété comme un objectif utopique de compréhension mutuelle entre toutes les sociétés, que le « réseau des réseaux » contribuerait à atteindre."

En exclusivité et en intégralité
Le sujet Mc Luhan est évoqué à 1h20' (80'). Pour ceux que ça intéresse une analyse sur l'état de la presse en 1971 démarre à 54'…




(1) Source Wikipédia,
(2) Une émission d'Europe 1 qui ne parle presque que de TV et de people a choisi ce titre dans la nouvelle grille de ses programmes de rentrée,
(3) "Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l'homme", Marshall McLuhan, Jean Paré, Paris, Seuil, 1968. En collection Points, 2015,
(4) Sociologue français. Directeur de recherche au CNRS en sciences de la communication, spécialiste des médias. 

dimanche 19 novembre 2017

Un dimanche par hasard… Kriss



Y'a pas de hasard. Il y a quelques jours on parle de toi avec Michèle Bedos*. Toi ? Toi Kriss. La Kriss. Alors… Alors ce dimanche on est avec toi. Avec ta joie en bandoulière. Tes sourires au coin de l'oreille. Ta poésie en roue libre. Ton cœur qui palpite pour la toute petite fourmi qui traverse le studio ou cette dame qui dit des mots tendres en regardant la pluie tomber. On est avec toi pour ta flamboyance. Pour ta douceur. Ta joie de vivre. Tes délires. Et tes quelques chagrins…

On est en ondes. Sur les ondes. De la sérénité. De la douceur. Du temps qui prend son temps. D'un dimanche de croissants, de gâteaux et de friandises. De petite pluie dans le cou ou de soleil éclatant dans les mirettes. Dans tes mirettes. Petit soleil vibrant. Farfadet, elfe, écureuil, fourmi. C'est toi la fourmi aujourd'hui. Laborieuse, solidaire, entêté à toujours remettre sur le métier. La fourmi d'un p'tit coin d'paradis ou d'un chat qui ronronne au coin de la cheminée. Tu es chat aussi. Gris, roux ou noir quand vient le soir. Car même si la nuit tous les chats sont gris tu as décidé d'être noir, nom d'un petit tamanoir.

On est avec toi. Sur un petit nuage. Sur ton petit nuage. Et ça tangue, et ça swingue, et ça joue tout contre. Tout contre ut. Et, sur un air de fandango, tu en appelles tout de go à Belzébuth pour trouver une jolie chute. On chante, on rit, on chahute. On palabre. On taquine. On en rajoute. On te regarde. Pas de doute. Tu es là. Au coin du bois et quelquefois là où on ne t'attend pas. Rappelle-toi Kriss. Rappelle-toi…

Un dimanche par hasard. Avec Maryse. Maryse Friboulet* et plein de gourmandises. Mais voilà que tu files. Tu sautes sur le mur. Tu mets ton doigt sur tes lèvres et murmure "Je vous embrasse, c'est dimanche, c'est permis"Nous aussi on t'embrasse Kriss. 

For ever…

* Pour ses émissions de France Inter, Michèle Bedos et Maryse Friboulet ont été deux des réalisatrices de Kriss (1948-2009)…

Retrouvez l'émission que Chantal Pelletier et moi lui avons consacrée cette année au festival Longueur d'Ondes… 

vendredi 17 novembre 2017

Quelle audience ! Mais quelle audience ?

Qu'on ne s'y trompe pas. La roucoule médiamétrique avec voix de fausset et majorettes ne trouvera pas ici d'écho ! Qu'à intervalles réguliers toutes les radios s'esbaudissent, s'auto-congratulent et remercient leurs auditeurs, voici un exercice tellement convenu qu'il en devient pathétique. Que Demorand lave plus blanc que Cohen c'est du gavage. Et que le quart d'heure moyen de 8H30 s'effondre sur Inter ce n'est pas ça qui changera la misère du monde. Mais alors, de quelle audience s'agit-il donc ?

La farce de Mâitre Pathelin














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À quelques encablures du Tout-Paris médiatique, dans un genre de théâtre sinistre, se jouait hier 16 novembre, une pièce tragique. Au tribunal de Créteil, on pouvait écouter l'audience de Mathieu Gallet, actuel Pdg de Radio France, pour des faits le concernant quand il était Pdg de l'Ina (2010- 2014). Accusé de favoritisme pour la passation de marchés sans appel d'offres. 

Pour être resté assis près de dix heures sur les bancs du public, je peux vous dire qu'on était très, très loin du "Tribunal des flagrants délires" (1). Le délire était d'entendre tant de tergiversations autour d'une pratique pour laquelle Gallet se défendait bien mal : "Avant mon arrivée à l’INA, je n’avais jamais été confronté à ces questions de marché publicC’était quelque chose qui m’était totalement inconnu."  Le citoyen lambda reste pantois. Comment peut-on confier les rênes d'une entreprise publique à quelqu'un qui ne connaîtrait pas les bases formelles de la gestion de ces mêmes entreprises ? C'est une farce ! Une gaudriole ! Une forfaiture ! Pincez-moi je rêve ! (2)

La procureure de la République de Créteil, Amélie Cladière a requis dix-huit mois de prison avec sursis et 40 000 euros d’amende. Délibéré le 15 janvier 2018. À quelques jours près, tomberont les nouvelles audiences radio Médiamétrie pour la période novembre/janvier. Les audiences se suivent… On peut, sans se tromper, imaginer que la décision du Tribunal fera, elle, beaucoup d'audience.

(1) Émission parodique de Claude Villers, Pierre Desproges et Luis Rego, France Inter, (1980-1981/1982-1983)… 
(2) Vous lirez dans vos gazettes le compte-rendu de cette "séance" qui débutée à 13h30 a presque fini à 1 heure du matin (j'ai tenu jusqu'à 23h). Et Les vaillants de Télérama sont restés sur le pont presque jusqu'au bout....

67/68 : une autre révolution culturelle… Vendredi ou Michel Tournier (11/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Michel Tournier et son "Vendredi…"



11. Michel Tournier et Pierre Schoendoerffer
Avec son premier roman (mars 1967) "Vendredi…" qui débute ainsi "Une vague déferla, courut sur la grève humide et lécha les pieds de Robinson qui gisait face contre sable", Michel Tournier revisite le mythe de Robinson Crusoé. Quelques mois plus tard il obtient pour ce roman le Grand Prix de l’Académie française (16 novembre). L'épopée de Vendredi se téléscope avec la guerre du Vietnam dont Pierre Schoendoerffer vient de tirer le film "La Section Anderson" (1967) du nom du lieutenant qui dirigeait la section…

Presque trente ans plus tard (1995) Tournier livre dans "À voix nue" (France Culture) cinq entretiens qui brossent son parcours littéraire (1). Schoendoerffer quant à lui, racontera à Chancel dans "Radisocopie" (1969) son engagement dans l'armée, son départ pour l'Indochine dans le service cinéma des armées et quelques avis sur mai 68. 

(1) Tournier avant d'être écrivain a travaillé à la radio publique (RTF) et à Europe n°1.

En exclusivité et intégralité jusque fin novembre
Tournier (Premier entretien, 27 février 1995)




Pierre Schoendoerffer (à gauche)
et le photographe Daniel Camus 













Schoendoerffer (30 septembre 1969)



lundi 13 novembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Good morning Viêtnam (11/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Photo extraite du film

11. Schoendoerffer : témoin au Viêtnam
De Gaulle, le 31 décembre 1966, pour ses vœux aux Français n'a pas encore commis sa bévue diplomatique au Québec. Mais, comme toujours, droit dans ses bottes, il ne va pas manquer de donner une leçon d'humanité aux Américains embourbés dans la guerre au Viêtnam. Le militaire De Gaulle aurait oublié la guerre d'Indochine (1946-1954) ? Diplomatiquement et stratégiquement il ne peut certainement pas faire moins. Civilement ça peut paraitre cynique. 500 000 morts (source Wikipédia) aurait du inciter le Général a plus de réserve… 



Schoendoerffer, romancier, réalisateur, scénariste et documentariste français, se fait connaître dès 1965 avec "317ème section". Son film qui évoque la dernière marche de la section qui, lors de la bataille de Dien Bien Phu (20 novembre 1953-7 mai 1954) reçoit son ordre de repli. Fasciné par la chose militaire (1), il retourne au Vietnam voir comment les Américains et la "Section Anderson" opèrent. "Le recrutement de cette section ce sont des gens qui font leur service militaire, commandés par un lieutenant noir sorti de West Point" raconte Schoendoerffer qui voulait aussi comprendre l'évolution des questions raciales (2). 

En intégralité et exclusivité jusque fin novembre,
Une archive de l'Office De Coopération Radiophonique (OCORA), 1er mars 1967. Chaîne non déterminée,



Bien après "Apocalypse now" de Francis Ford Coppola (1979), Barry Levinson réalise "Good morning Vietnam" (1987). Robin Williams y joue magistralement le rôle d'Adrian Cronauer, nouveau D.J., foutraque et farfelu, qui vient d'arriver à Saïgon pour y animer cette radio militaire (on est en 1965). C'est pour le rôle joué par la radio que j'ajoute ce paragraphe qui, si vous aimez la radio - et Williams - devrait vous donner envie d'en remettre une couche.



(1) Je publierai vendredi sa Radioscopie,
(2) Quand éclateront les émeutes de Detroit le 23 juillet 1967, réprimées par le Président Johnson lui-même qui y fit envoyer l'armée, comme il intensifia l'engagement militaire des États-Unis dans ce conflit "perdu d'avance" qui participa à sa façon à la fin du "rêve américain"…

samedi 11 novembre 2017

La société du spectacle… 50 ans et toutes ses dents !

Guy Debord dans un photomontage de The Toast


















"Le propre de la société du spectacle c'est de capter nos désirs, de nous rendre étrangers à nos propres désirs…" . Vous avez quatre heures. Enfin, une heure surtout pour que le documentaire de David Christoffel remette les pendules à l'heure (1), cinquante ans après la publication d'un essai critique de Guy Debord "La société du spectacle". Voilà encore quelques germes qui ne seront pas sans influencer le "mouvement 68" ou les mouvements synchronisés et désynchronisés du printemps 1968.

"Pour la première fois dans l'histoire voilà les agents économiques hautement spécialisés qui en dehors de leur travail doivent faire tout eux-mêmes. Ils conduisent eux-mêmes leurs voitures et commencent à pomper eux-mêmes leur essence, ils font eux-mêmes leurs achats ou ce qu'ils appellent de la cuisine, ils se servent eux-mêmes dans les supermarchés comme dans ce qui a remplacé les wagons-restaurants…" Cette citation de Debord reprise dans le documentaire de Christofel me fait penser au cinéma de Jacques Tati. Debord pointe les travers, Tati en stigmatise le grotesque.

"Debord est un critique de la société des loisirs c'est à dire le fait que le capitalisme progressivement s'est emparé de l'intégralité du temps vécu". Rien que ça ! Youpie, the dream is over comme dirait l'autre (2). "L'aliénation du travailleur chez Marx concernait surtout la sphère de la production mais Debord dit que le propre du capitalisme contemporain c'est d'avoir étendu l'aliénation, son contrôle jusque dans la vie quotidienne et jusque dans les loisirs."

On ne pourra qu'être gré à Christofel de nous avoir remis "au goût du jour" un Debord souvent cité mais "peu lu". Ce documentaire nous donne des clefs. Il nous prépare surtout à nous prémunir des effets spectaculaires de la déferlante "68" qui, dès janvier, va envahir tous les médias avec (peut-être) la bénédiction "Ubi et orbi" de Macron lui-même (3).

 

(1) "Une vie, une œuvre", ce samedi France Culture, 15h,
(2) John Lennon himself !
(3) On guettera les porte-clefs Cohn-Bendit, les pin's Grimaud (préfet de police), les hand-spinners ORTF, les pendentifs en matraque de CRS, les bracelets "Ce n'est qu'un début" et les colliers "Continuons le combat", les tatouages/stickers "Il est interdit d'interdire", une appli "Sous les pavés la plage" et Obispo/Barbelivien une comédie musicale "Cours camarade (le vieux monde est derrière toi)"…

vendredi 10 novembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Week-end de Godard (10/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Sur le tournage, Godard saute du talus… Photo de Gilles Caron
(un des photographes de "68")



10. Le mot  "Week-end" ou la tyrannie d'une posture
Avant d'évoquer le film de Godard, je voulais vous parler de ces deux mots anglais qui, depuis la fin des années 50 en France, ont submergé le langage et imposé mode de vie, revendication sociale, idolâtrie et comportements sociaux. Dans un magazine féminin du début des années 60 j'avais lu l'expression "semaine anglaise" qui signifie la mise en place progressive d'une période de travail de cinq jours consécutifs, suivie des samedi et dimanche que les anglais appellent "week end"  (1). Fin de semaine faisait beaucoup moins rêver. "Week end" c'était l'assurance de l'évasion et d'une rupture nette avec le travail ! C'était parti pour un système imprescriptible qui allait rythmer les semaines des français et révéler un goût prononcé pour ce "ouikène" auquel s'ajoutent, dès que possible, ponts, aqueducs et autres occasions de flirter avec la semaine de trois jours !

L'archive du "Masque et la plume" (sans les ténors Charensol et Bory) dissèque le "Week-End" de Godard (1967) (2). Succulent Armand Lanoux qui est persuadé que le w.e. a été inventé "pour que les gens des villes essayent de retrouver un contact avec la nature !". Bigre, encore faudrait-il que les dits-gens des villes disposent des moyens de locomotion suffisants pour parvenir jusqu'en campagne ? Les critiques du Masque ont vu dans Week-End des hippies, une suggestion de la guerre du Vietnam, mais surtout une caricature acerbe de la bagnole. La bagnole américaine, celle du prolo, la décapotable, la populaire deudeuche ou la fringante 4L. Des bagnoles embouties, dans le fossé, sur le toit, incendiées, empilées les unes sur les autres. La bagnole responsable des hécatombes mortelles du week-end et d'embouteillages invraisemblables.

Godard préfigure bien et la société de consommation, les trente glorieuses et la vénération absolue pour la voiture toute puissante (4). Jean Yanne qui joue le rôle principal aux côtés de Mireille Darc a peut-être été inspiré par cet autre personnage central du film, la voiture, pour créer dix ans plus tard le feuilleton radiophonique "L'apocalypse est pour demain" (3). Godard se fait le porte-voix de messages politiques et s'en donne à cœur joie pour (faire) proclamer quelques "slogans" d'extrême gauche, d'autres tiers-mondiste, avec un soupçon de guérilla castriste et une pincée de 1789… Ce "fouillis" politique est à l'image de ce qui agitera dans quelques mois la société française.

"Le masque et la plume", 28 janvier 1968, 
en exclusivité et intégralité jusque fin novembre,



(1) À cette époque, en conformité avec le code du travail, de nombreuses entreprises accordaient à leurs employés un jour et demi de repos consécutif, la plupart du temps du samedi midi au dimanche soir,
(2) À 13'40", vous entendrez une critique de Playtime de Jacques Tati, 
(3) France Inter, 1977,

(4) Au micro, un des critiques fustige le film : " La situation de WE est celle d'une caricature de la société de consommation ne fait qu'ajouter un nouveau gadget encore plus incompréhensible aux gadgets qu'elle veut dénoncer".

Anne Wiazemski sur le tournage