vendredi 19 janvier 2018

67/68 : une autre révolution culturelle… Le temps d'une chanson (20/44)

En partenariat avec

Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Avec Coluche
Le 16 janvier 1968, Claude Chebel dans son émission "Faites comme chez vous" sur France Inter (1) reçoit Bruno Coquatrix ou plutôt se rend à l'Olympia pour que l'homme du music-hall se raconte et raconte la chanson française. M. Spectacle n'est pas avare en anecdotes et imagine l'avenir du music-hall avec beaucoup de lucidité et de perspicacité. À l'antenne les disques sont lancés avec un peu de désinvolture. Ce sont déjà les chansons qui "marchent" qui sont extraites des 33t des artistes et dont les airs sont déjà installés. Pas de découverte de chansons en face B.

J'ai titré "Le temps d'une chanson" car ce temps semble "à côté", alors que "dehors" on commence à sentir les premiers soubresauts de 68. Tout semble aller pour le mieux et Coquatrix de revendiquer plus de temps libre pour que chacun puisse prendre plus de temps pour se distraire. Coquatrix est loin de se douter que la jeunesse est mûre pour passer à l'acte et ne pas se contenter des états d'âme des Bécaud, Aznavour, Mathieu, Adamo et autres chanteurs à succès. Cette archive est intéressante pour dresser un état des lieux de la chanson et recueillir le témoignage du programmateur du "temple" qu'est l'Olympia.

En exclusivité et intégralité jusqu'au 31 janvier




(1) Du lundi au vendredi, 20h20-22h,

mardi 16 janvier 2018

Affaire Gallet : l'étau se resserre…














En 1984, Marguerite D. "sublime, forcément sublime" court jusque sur les bords de la Vologne (88) pour s’imprégner de l’affaire "Gregory Villemin". Plus modeste, ce lundi 15 janvier 2018, je file à Créteil où la Seine, elle, n’a pas daigné couler. Dans les différents transports en commun utilisés pour me rendre d’une banlieue à l’autre : Melun, Villeneuve Saint-Georges, Créteil Pompadour, j’ai un peu de mal à distinguer le caractère de chacune. Quant aux repères visuels pour me rendre au Tribunal de Grande Instance (TGI), à part les tours d’immeuble qui se ressemblent à quelques hauteurs près, il me plaît de héler le chaland qui passe pour trouver mon chemin.

Le bâtiment dans lequel je suis déjà venu m’est décrit comme très haut en forme de croix. De croix ? De Lorraine ? Cheminant entre quelques arbustes qui se demandent toujours ce qu’ils font là, maudissant l’urbaniste bétonneur qui en pleine euphorie des trente glorieuses les a saupoudrés par hasard, j'ai très vite peur de tourner en rond. Ce TGI qui ne ressemble pas à l’édifice de Colombey-les-deux-églises donne immédiatement envie de déjuger l’architecte qui a du hésiter entre la rigueur glaciale soviétique pré-Eltsine et l’emphase post-moderne d’une représentation rigide de la justice, froide et sentencieuse. Rez-de-chaussée recyclable opportunément en l’an 3000 en "Palais des glaces" ou en musée des désastres.

En ce lieu sordide, nous sommes quelques pèlerins venus écouter le délibéré concernant Mathieu Gallet, actuel Président de Radio France, pour une affaire de favoritisme quand il était Pdg de l’Ina. Le même qui, sur de son fait, a déclaré au Monde le 15 décembre dernier, "Mon mandat [à la tête de Radio France] court jusqu'en mai 2019 et je resterai pleinement investi jusque là" . Quelque assurance ! Quelle superbe ! Quelle morgue ! Dans l’éventualité d’une condamnation on peut compter sur le Président du CSA, Olivier Schrameck, pour continuer à mettre la tête dans le sable "le législateur n’ayant pas prévu ce cas de figure" (1).

On pouffe ! La mauvaise farce que joue Schrameck montre ce qu’est devenue la gestion (appelée aussi en langage technocrate gouvernance) des entreprises publiques, les carences de responsabilité de leurs dirigeants et de l'autorité censée les réguler. Mieux, que le dit-législateur n’ait pas prévu le cas de figure possible de condamnation des Pdg de l’audiovisuel public est visiblement une carence de l'État. Schrameck marche sur des œufs mais, tel l’ours pataud, finira bien par les écraser.

Nous voilà donc sur le banc du public attendant le verdict. Vers 13h50 il tombe "un an de prison avec sursis simple, 20 000 € d’amende, et 10 000 pour Anticor, partie civile." Verdict rendu en l’absence du prévenu qui, avec agilité (son mot préféré de l’année) a préféré aller voir ailleurs. Ce que je lis dans la presse dans les heures qui suivent m'atterre. Les journalistes constatent que le délai minima de l'appel, 12 mois, coïncidera avec l'époque du renouvellement du Pdg de Radio France où la poursuite du mandat de Mathieu Gallet si celui-ci était candidat à sa propre succession. Ben voyons !

Ce qui pourrait vouloir dire que dans le cas d'une condamnation il pourrait quand même être candidat ? Que big-bang établi il pourrait toujours être appelé à des responsabilités dans un nouvel audiovisuel public ? Mais pourquoi ne pas envisager que dans le cas d'une condamnation il ne pourrait plus exercer de fonctions dans l'audiovisuel public ? Pourquoi s'intéresser à sa succession quand le plus important concerne la poursuite de son mandat entaché d'une condamnation fut-elle renvoyée en appel ? Pourquoi ne pas s'intéresser à l'image de marque de Radio France affaiblie par une telle publicité ? Pourquoi ne pas interroger la dignité de l'homme qui vaille que vaille s'accroche à son poste sans analyser les conséquences désastreuses que cela peut avoir pour toute la Maison de la Radio et son personnel ? Pourquoi traiter ce jugement comme un épiphénomène dans une carrière qui pourrait vaciller ? 

Autant de questions que chaque citoyen est en droit de se poser et auxquelles le conseil d'administration de Radio France aujourd'hui et la plénière du CSA demain répondront peut-être. Et que fait ou que fera le Ministère de la Culture ? Sinon pas sûr que l'Élysée n'en profite pour trancher et y mette son grain de sel ou de poivre. C'est selon. "Superbe, forcément superbe"

Ajout de 10h15, 
Passés les enfilages de perles sur un 2ème mandat, le Monde révèle que pour la Ministre de la Culture "le maintien de Mathieu Gallet à la tête de Radio France n'est pas "acceptable""…

(1) Comme il l’a déclaré en décembre au micro de Nicolas Demorand dans la matinale de France Inter,

lundi 15 janvier 2018

68 : et si tout avait commencé avant… Les mutineries de 1917 (20/43)

En partenariat avec
Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


















20. Retour sur les mutineries de 1917
Avec un petit décalage temporel une grande émission "Les lundis de l'histoire" (1966-2014) animée ici par un grand historien, Jacques Le Goff, revient sur le cinquantenaire des mutineries de la Grande Guerre (1914-1918). Toujours intéressant d'entendre les analyses d'un événement historique à l'occasion de son cinquantenaire alors que dans quelques mois nous commémorerons son… centenaire.

Sans jingle, sans inserts musicaux, on entrait dans l'histoire et pas seulement l'historique. Très érudite l'émission a participé à l'image de marque et d'excellence de France Culture. Il ne s'agissait pas d'être dans le tam-tam et l'événement mais bien plutôt de donner à comprendre avec différents points de vue comment, contextualisé, un fait historique avait pu trouver ses origines et influencer son époque. Réentendre cette émission nous permet de réécouter le ton de Le Goff, paisible (et quelque fois chantant) et sa mesure pondérée. Et comme le dit Le Goff en introduction de cette émission "Chacun sait que l'histoire n'a pas révélé tous ses secrets…" Une bonne introduction à la réflexion sur un drame qui va bientôt faire beaucoup de bruit…

En exclusivité et intégralité jusque fin janvier

vendredi 12 janvier 2018

67/68 : une autre révolution culturelle… La femme et le monde moderne (19/44)

En partenariat avec

Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.


Dès le 12 janvier 1968, France Culture propose à ses auditeurs une longue série de trente-trois émissions hebdomadaires dont le seul titre nous interroge "La femme et le monde moderne". Pour cette première émission, Yvonne Pellé-Douël (1), maître-assistant de philosophie, intervient sur le titre de l'émission "Une approche ambiguë". D'entrée Pellé-Douël évoque la répartition des tâches domestiques au sein d'un foyer et précise "combien nous sommes tous, et concernés et conditionnés, dès que nous parlons de la situation de la femme… et chaque fois que nous rencontrerons l'étiquette "nature féminine" nous nous demanderons s'il ne s'agit pas plutôt d'un effet de culture et, entre autre, de l'éducation que nous avons reçue. Et nous verrons que derrière les comportements traditionnels se profilent souvent des privilèges

En l'interrogeant Pellé-Drouël affirme "En 1968, la femme est l'égale de l'homme. En voilà une question !" En nous révélant que cette série d'émissions est en préparation depuis un an, on voit mieux que le mouvement de société autour de la femme est engagé depuis le milieu des années 60 et, quelques mois avant la création du Mouvement de Libération des Femmes (MLF, 1970), va imposer aux hommes et aux femmes de reconsidérer leurs pensées, leurs attitudes vis à vis du "deuxième sexe" (2). 

La deuxième émission pose en préambule un principe déterminant "Je souhaiterai parvenir à tordre le cou à certaines évidences. C'est toujours, ou presque toujours, à partir d'évidences savamment exploitées et déformées, qu'ont été constituées au cours du temps ces images de la femme qui nous imprègnent aujourd'hui encore. Entendons par images ces pensées largement répandues qui concernent le rôle de la femme, sa vocation et sa personnalité profonde…" affirme Pellé-Drouël.

Voilà une excellente occasion de prendre le pouls de la société -machiste- de 1968 et de remettre en perspective les attentes et les espoirs des femmes à "changer la vie" (et le regard des hommes). Et de se poser ensuite la question "en 50 ans qu'est-ce qui a changé ?"… J'essayerai d'ici fin juin de publier d'autres épisodes de ctte longue série.

(1) "Ëtre femme", 1967, Le Seuil,
(2) "Le deuxième sexe", Simone de Beauvoir, Gallimard, 1949,

En exclusivité et intégralité jusque fin janvier

1ère émission : la femme et le monde moderne"



2ème émission : "Images de la femme : des mythes et des hommes"


lundi 8 janvier 2018

68 : et si tout avait commencé… En janvier, un certain Cohn-Bendit (19/43)

En partenariat avec
Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Le Livre blanc…





















19. Le ministre, la piscine et l'apprenti révolutionnaire…
Il y a cinquante ans, jour pour jour, le lundi 8 janvier 1968, le Ministre de la Jeunesse et des Sports du gouvernement de Georges Pompidou, François Missoffe, va "plonger dans la piscine" ou plutôt prendre un bain de jeunesse… sexuelle auquel visiblement il ne s'attendait pas. Son "Livre blanc de la jeunesse" publié depuis le mois précédent commencera par faire quelques vagues à Nanterre (92)…

Daniel Cohn-Bendit, étudiant (1) : "Monsieur le ministre, j’ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse. En trois cents pages, il n’y a pas un seul mot sur les problèmes sexuels des jeunes." Après quelques répliques assez sèches de part et d’autre, le ministre s’échauffe : "— Avec la tête que vous avez, vous connaissez sûrement des problèmes de cet ordre. Je ne saurais trop vous conseiller de plonger dans la piscine. — Voilà une réponse digne des Jeunesses hitlériennes " (2). Ce bref "dialogue" au bord d’une piscine est resté dans la mémoire collective comme un des signes annonciateurs de Mai 1968. Tout concourut, il est vrai, à assurer à l’épisode une certaine postérité : le cadre, l’université de Nanterre le 8 janvier 1968, l’un des protagonistes qui se nommait Daniel Cohn-Bendit et enfin le sujet de l’altercation, la sexualité juvénile, qui ne pouvait que rencontrer un certain succès alors que s’imposait l’idée que Mai 1968 avait d’abord été une révolution des mœurs. (3)

Le décor est planté. Extrait de l'introduction du Livre blanc. "Certes les conflits de générations ont toujours existé et se sont presque toujours résolus sans conduire à des situations révolutionnaires (sic), celles-ci étant plutôt le résultat de conflits économiques dans lesquels les partis antagonistes se recrutaient parmi toutes les générations. Mais les problèmes économiques et sociaux qui se posent à l'humanité en ce derniers tiers du XXème siècle peuvent précisément donner aux vieux conflits psychologique une teinte particulièrement dramatique et une force explosive (re-sic) (page 12). "Explosive", en effet ! L'auteur de l'introduction ne croyait sans doute pas si bien dire !



Si Cohn-Bendit pointe bien la très grosse faille de l'état des lieux de la jeunesse française, il est intéressant, avec cinquante ans de recul, de se replonger dans sa lecture. Comme si l'ensemble des contributions avait permis d'évaluer en creux l'aspect insurrectionnel qui ne tardera plus à se manifester dans les mois à venir. Un extrait de la conclusion "On conçoit que la contestation des jeunes porte sur les structures morales, sociales, culturelles, etc. qui semblent caractéristiques du monde des adultes, et que le désir de s'émanciper des tutelles se manifeste dans l'originalité des manières d'être ou des manières de penser, parfois même dans des projets de transformation de l'ordre établi (sic), perçu comme anachronique, et appelant, sur le plan social par exemple, la nécessité d'un progrès général. (page 280)" CQFD.

Par contre sur la radio d'État (ORTF), France Inter, pas un mot dans les journaux du 8 ou du 9. On prendra la peine d'écouter le journal ci-dessous qui décrit bien la collusion du pouvoir et de l'information par un média public !

Merci à Céline Loriou pour son aide et l'accès au "Livre Blanc de la jeunesse" qui m'aura permis de rédiger ce billet… en connaissance de cause !

En exclusivité et intégralité jusqu'au 31 janvier




1) Besse Laurent, "Un ministre et les jeunes : François Missoffe, 1966-1968", Histoire@Politique, vol. 4, no. 1, 2008, pp. 11-11., consultable sur cairn.info,
2) Le "dialogue" est rapporté dans Hervé Hamon, Patrick Rotman, Génération, Tome 1. Les années de rêve , Paris, Seuil, 1987, p. 401, cité in Besse Laurent, "Un ministre et les jeunes : François Missoffe...", op.cit. 
3) Besse Laurent, "Un ministre et les jeunes : François Missoffe...", op. cit.

vendredi 5 janvier 2018

67/68 : une autre révolution culturelle… Le cinéma (18/44)

En partenariat avec

Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.


Nous le verrons lundi prochain, à Nanterre la cocotte-minute commence à siffler du côté des étudiants. Sentant sans doute le vent se lever, Michel Polac consacre une demi-heure du "Masque et la plume" du 7 janvier 1968 à solliciter, sur place à Nanterre, les étudiants pour les faire réagir sur les sorties de film de la fin de l'année 1967. Lesdits-étudiants, des hommes, s'expriment mais ne dialoguent pas vraiment avec les professionnels de la critique - des hommes - qui sont dans l'entre-soi de leur univers cinématographique. Quelles ont pu être les intentions de Polac et le saura-t-on jamais ? Le débat est élitiste et favorise des jeunes d'un bon niveau culturel habitués à la prise de parole et à l'analyse.

La deuxième partie du Masque est intéressante car elle permet avec l'invité, l'écrivain Roger Boussinot (1), de dresser un état des lieux du cinéma français à la fin des années 70 alors que la "Nouvelle vague" n'est pas encore retombée. Si le cinéma populaire est évoqué on peut regretter l'absence de critiques professionnels pour défendre ce type de cinéma mais surtout pour en donner une définition, montrer son impact sur le public et en analyser sa fonction. 

(1) "Le Cinéma est mort. Vive le Cinéma !", 

En intégralité et en exclusivité jusque fin janvier


lundi 1 janvier 2018

68 : et si tout avait commencé avant… Les vœux du Président de la République (18/43)

En partenariat avec
Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.




18. Un Président visionnaire…
Le moins que l'on puisse dire c'est que dans ses vœux du 31 décembre 1967, De Gaulle manifeste une foi absolue en son destin, comme en celui de la France et des Français. Il passe en revue… ceux à qui il adresse ses vœux, sans oublier sa marotte "cas très émouvant, et qui nous est d'autant plus cher, ceux de la nation française au Canada". Jolie formule qui surfe avec son "Vive le Québec libre" prononcé six mois plus tôt à Montréal.

De Gaulle mouline : "Que sera 1968 ? L'avenir n'appartient pas aux hommes et je ne le prédis pas." L'avenir n'appartient pas aux hommes ? Mais à qui donc ? Ne peut-on pas dire que le 18 juin 1940 l'avenir lui a appartenu comme il lui appartiendra après le référendum du 28 septembre 1958 qui verra la création de la Vème République ? Cette rhétorique gaullienne m'échappe. Lyrique comme souvent, aucune ombre ne semble assombrir le tableau lumineux qu'il dresse de l'État. Et de citer Verlaine "Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, simple et tranquille". 

Son inventaire à la Prévert cache mal que pour certaines de ses visions il en appelle à la méthode Coué. "L'année 1968, je la salue avec sérénité". Les grèves du dernier trimestre 67, le rapport Missoffe sur la Jeunesse n'entament en rien son optimisme conquérant. Il n'en tombera que de plus haut dans les semaines à venir.

Comment ne pas trouver lénifiante ou convenue une telle cérémonie ? Qui De Gaulle veut-il convaincre ? Sa majorité ? Les brebis égarés ? Les Françaises et les Français qui ont pour lui les yeux de Chimène ? L'opposition ? Les jeunes ? Tous ceux-là et personne. L'exercice fait bien dans le décor de la Vème (République) et, fort de son ton bonhomme et rassurant, le Président veut encore faire croire à la France qu'il sera, qu'elle sera la France, à la hauteur de ses ambitions qui reposent pour la plupart d'entre elles sur l'expansion merveilleuse du progrès économique et social.



On notera sur la vidéo ci-dessus que le générique patine un peu dans la semoule, sans doute à l'image du pouvoir aveuglé par ses certitudes et son absence de vision sur une jeunesse qui bout d'en découdre avec le vieux monde…